Situation en République Centrafricaine [es]

1- Déclaration de M. François Hollande, président de la République, à l’issue de son entretien avec le président de la République centrafricaine (Paris, 20 avril 2016)

Mesdames, Messieurs,
J’ai accueilli le président de la République centrafricaine, M. Touadera. C’était pour nous l’occasion, une fois encore, de le féliciter pour l’élection présidentielle dont il est sorti victorieux, qui a été une élection transparente, incontestable et qui a permis de montrer qu’en Afrique, il est possible, même après une période particulièrement tumultueuse, de réussir à organiser un scrutin qui ne crée pas de troubles et, au contraire, permet de rassembler.
Ce scrutin-là est un exemple parce que la Centrafrique, je le rappelle était dans une situation proche du chaos en décembre 2013. Il y avait des massacres, il y avait des crimes, il y avait des conflits interreligieux. Il a fallu que la France prenne ses responsabilités, c’est ce que j’avais décidé, avec nos amis africains, avec le soutien des Nations unies, pour que nous puissions mettre un terme à ces combats fratricides, à ces bandes armées qui se livraient aux pires exactions et pour qu’il puisse y avoir une transition.
Je veux d’ailleurs remercier la présidente Samba-Panza, parce qu’elle a assumé cette responsabilité pendant toute cette période.
Il a fallu beaucoup de courage pour que nos forces armées, dans le cadre de SANGARIS, pour que la Mission des Nations unies, la MINUSCA, pour que les Centrafricains eux-mêmes puissent se délivrer de ces tourments qui les divisaient et pour que nous puissions assurer un retour progressif vers la sécurité.
Je constate qu’un peu plus de deux ans après, il a été possible d’organiser une élection présidentielle et des élections législatives, avec tous les critères qui sont ceux d’une démocratie.
Deux ans et un peu plus, c’est un temps finalement court, quand on songe à ce qu’était la situation de la Centrafrique, quand on songe à ce qu’il y avait comme devoir de protection à assurer à la population, quand on songe à ce qu’était l’état de l’économie, c’est-à-dire finalement une Centrafrique qui ne parvenait plus à satisfaire les besoins de sa population.
Je rappelle qu’il y a eu des milliers de déplacés, 800.000, et 450.000 réfugiés, dont beaucoup sont encore dans les pays voisins, au Tchad, en RDC, au Cameroun.
Quand il y a une opération et qu’elle connait ce succès-là, je pense qu’il faut à la fois féliciter celles et ceux qui l’ont mise en œuvre. Je pense à notre armée. Je pense aussi à tout ce que nous avons pu faire au titre de la coopération civile, à cette relation que nous avons pu établir avec les autorités de transition. Il faut aussi en comprendre les raisons. C’est parce qu’il y a eu une mobilisation de la communauté internationale exceptionnelle, qui s’est traduite par la présence de la MINUSCA, mais qui s’est traduite aussi par la force européenne qui a été engagée. Parce que les Centrafricains eux-mêmes ont été capables de dépasser ce qui les opposait.
Il y a eu aussi des gestes symboliques, ceux que vous avez accomplis, Monsieur le Président. La visite du Pape, qui a également contribué à apaiser la situation au moment des élections.
Et puis, il y a les Centrafricains qui ont exprimé une volonté, à travers votre élection, qui est de vivre en paix et de pouvoir engager un processus de réconciliation.
Par rapport à tous ceux qui s’interrogent toujours face aux interventions extérieures, notamment en Afrique, particulièrement en Centrafrique, nous avons montré que celle-là était différente de toutes les autres. Elle a permis d’avoir les résultats que je viens de saluer.
Néanmoins, il reste beaucoup à faire encore - c’est ce que le président Touadera m’a dit - beaucoup à faire pour la sécurité, pour le désarmement d’un certain nombre de groupes, de tous les groupes d’ailleurs qui doivent être désarmés. C’est pourquoi SANGARIS n’a plus de raison d’être au niveau que l’on a pu connaitre au début de l’opération. Je rappelle qu’il y a eu 2.000 soldats qui ont été à un moment présents en Centrafrique. SANGARIS demeurera en Centrafrique, je vous l’assure. Nous ferons en sorte qu’il y ait, pour aider les forces centrafricaines, le soutien indispensable et la présence de nos militaires, au sein d’une mission européenne, pour vous accompagner dans la tâche d’encadrement et de formation de l’armée centrafricaine, qui est essentielle pour assurer la sécurité.
Et puis, il y a le développement économique. Là encore, la France sera présente à vos côtés, avec son aide budgétaire, avec les projets de l’Agence française de développement et avec l’Europe. Je veux saluer l’Europe, là aussi, on ne souligne pas suffisamment son rôle. L’Europe est capable, lorsqu’il y a des sujets graves, de montrer sa mobilisation. Les pays européens se sont engagés comme les institutions européennes. La force européenne devra jouer son rôle. D’ailleurs, l’opération Sangaris, d’une certaine façon, se prolongera à travers la force européenne.
Et puis, l’Europe doit également se mobiliser pour le développement économique. Il y aura dans les prochains mois - il faut prendre son temps, mais il faut être sûr que nous pourrons avoir un haut niveau de participation - une table-ronde à Bruxelles pour assurer l’aide indispensable et le soutien au développement économique de la Centrafrique, pour atteindre les objectifs qui ont été fixés par le président Touadéra.
Je voudrais terminer pour dire que j’ai bien sûr aussi évoqué les scandales qui ont pu toucher la MINUSCA ou des éléments de l’armée française. La justice est saisie et rien ne sera laissé caché ou occulté. La transparence, la vérité devront être établies, y compris pour l’honneur de l’armée française. S’il y a eu des accusations qui n’ont pas de fondement, on devra le savoir aussi. Mais si des cas sont établis, il n’y aura de la part de la justice française aucune impunité. Je vous l’assure.
Mais au-delà de ces cas-là, qui devaient être évoqués et ils l’ont été à mon initiative, je crois que ce qu’on doit saluer, c’est le succès. Le succès qui a été celui de cette opération. Le succès de la Centrafrique qui peut, à juste raison, malgré tous ses malheurs, malgré toutes ses difficultés, s’enorgueillir de ce processus qui a conduit à votre élection et à votre présence aujourd’hui, Monsieur le Président./.
(Source : site Internet de la présidence de la République)

2- Mission européenne de conseil et de formation opérationnelle auprès des forces armées centrafricaines (19 avril 2016)

La France se réjouit de la décision prise le 19 avril 2016 par le conseil des ministres de l’Union européenne, comme elle le souhaitait, d’établir une nouvelle mission européenne de conseil et de formation opérationnelle auprès des forces armées centrafricaines « EUTM RCA ».

Cette nouvelle mission, demandée par M. Touadéra, président de la République centrafricaine, prendra dès cet été le relais de l’actuelle mission de conseil et d’assistance européenne « EUMAM RCA », dont l’action a été positive pour accompagner la stabilisation du pays. EUTM RCA contribuera à la restructuration des forces armées centrafricaines au service du peuple et des autorités démocratiques de ce pays.

Cette décision témoigne de la détermination de l’Union européenne à appuyer, dans tous les domaines, l’action des autorités centrafricaines au service du relèvement de leur pays.

3- Référendum (12-13 décembre 2015)

La France salue la tenue du référendum en RCA, dont les opérations de vote se poursuivent dans certains bureaux où le scrutin n’a pas pu se dérouler entièrement hier.
Les Centrafricains ont été très nombreux à s’inscrire sur les listes électorales puis à faire usage de leur droit de vote. C’est une victoire pour le peuple centrafricain comme pour la démocratie dans ce pays.
Dans ce contexte, la France condamne avec la plus grande fermeté ceux qui ont eu recours à la force lors des opérations électorales. Nous saluons le rôle joué par la mission des Nations unies en RCA dans l’appui à cette première étape du processus électoral et l’encourageons à mettre pleinement en œuvre, partout où elle est déployée, son mandat de sécurisation et de protection des civils.

4- Annonce du calendrier électoral (10 novembre 2015)

La France salue l’annonce, par l’autorité nationale des élections, du calendrier des échéances électorales en République centrafricaine.
Ce calendrier permet de respecter les décisions prises par la communauté économique des États de l’Afrique centrale comme par l’Union africaine.
La France appelle l’ensemble des forces politiques à répondre dans un esprit de concorde et de réconciliation à l’attente du peuple centrafricain qui, pour la première fois de son histoire, s’est inscrit en masse sur les listes électorales.

5- Attaque contre la MINUSCA (6 octobre 2015)

La France condamne l’attaque menée le 6 octobre contre un convoi de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), qui a coûté la vie à un casque bleu burundais et en a blessé un autre.
Nous présentons nos condoléances à la famille de la victime et aux autorités burundaises. Les auteurs de cette attaque doivent être identifiés et traduits en justice.
La France rappelle qu’elle est prête à soutenir au conseil de sécurité des Nations unies l’adoption de sanctions à l’encontre de ceux qui menacent la paix et la stabilité de la Centrafrique et entravent le processus de transition politique, qui doit aboutir à la tenue d’un référendum sur la constitution et d’élections présidentielles et législatives d’ici la fin de l’année 2015.
Nous réitérons notre plein soutien à l’action de la MINUSCA en faveur de la paix, de la stabilité et de la protection des civils ainsi qu’aux efforts des autorités centrafricaines. M. Laurent Fabius s’est entretenu aujourd’hui au téléphone avec Mme Catherine Samba-Panza, chef de l’État de transition pour faire le point sur la situation.

6- Entretien de M. François Hollande, président de la République, avec son homologue gabonais - Communiqué de la présidence de la République (Paris, 14 septembre 2015)

Le président de la République s’est entretenu avec M. Ali Bongo Ondimba, président de la République gabonaise et président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

Au sujet de la crise en République centrafricaine, les deux présidents se sont félicités de l’amélioration graduelle de la situation sécuritaire et de la baisse du nombre de déplacés intérieurs dans ce pays. Ils ont marqué leur attachement à la tenue d’élections nationales crédibles et transparentes. La réduction des violences observées en RCA et la montée en puissance de la mission des Nations unies ont permis une réduction substantielle du dispositif militaire français dans ce pays.
S’agissant de la lutte contre la secte terroriste Boko Haram, François Hollande a rappelé les efforts engagés par la France pour faciliter la coopération entre États concernés par cette menace et s’est félicité des engagements pris par la CEEAC en solidarité aux pays frappés par Boko Haram.

Les deux chefs d’État ont également évoqué la préparation de la Conférence Paris Climat 2015. Le président français a salué l’exemplarité de la République gabonaise, premier pays africain à avoir présenté sa contribution prévue déterminée au niveau national. Il a confirmé l’engagement de la France à poursuivre et amplifier son appui au développement durable du Gabon, qu’il s’agisse de promouvoir l’observation, la protection et la gestion durable des forêts, les transports propres ou encore l’aménagement urbain. François Hollande a rappelé qu’il comptait sur le Gabon pour faire entendre la voix des pays africains dans la préparation de la COP21.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

7- Déplacement de M. Laurent Fabius en République centrafricaine et en Éthiopie (13 juillet 2015)

M. Laurent Fabius se rendra le 13 juillet en République centrafricaine puis en Éthiopie, à l’occasion du sommet des Nations unies sur le financement du développement.
Pour sa cinquième visite à Bangui en moins de deux ans, le ministre apportera aux autorités centrafricaines un message d’amitié et de solidarité. Il renouvellera notre soutien à Mme Catherine Samba-Panza, chef de l’État de la transition et fera le point avec elle sur le processus électoral, qui doit être mené à bien avant la fin de l’année. Il signera une convention d’aide budgétaire globale pour un montant de 8 millions d’euros avec le Premier ministre, M. Kamoun, dont une part significative servira à financer la préparation des élections.
Le ministre saluera les troupes de l’opération Sangaris et rendra hommage au travail de stabilisation conduit depuis fin 2013, en appui d’abord aux forces déployées par l’Union africaine, puis aux casques bleus de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA).
À Addis-Abbeba, M. Laurent Fabius, accompagné d’Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie, participera à la 3ème conférence internationale sur le financement du développement, après celles de Monterrey (Mexique) en 2002 et Doha (Qatar) en 2008. Il s’agit du premier des trois rendez-vous internationaux majeurs de cette année, avant le sommet sur les objectifs du développement durable de septembre à New York et la conférence Paris Climat 2015 de décembre.
Le ministre réaffirmera notre solidarité et nos engagements à l’égard des pays en développement, en particulier les plus fragiles et vulnérables, et en tant que président de la COP21, il rappellera le lien entre combat contre la pauvreté et lutte contre le dérèglement climatique. Il lancera un appel à la mobilisation de tous les acteurs et de tous les canaux, publics comme privés, des États comme des collectivités locales, pour le financement du développement durable.

8- Communiqué de la présidence de la République (Paris, 27/05/2015)

Le président de la République s’est entretenu avec Mme Catherine Samba-Panza, présidente de transition de la République centrafricaine. Il s’est félicité des résultats du forum de Bangui, qui marque un nouveau progrès vers la paix en RCA, notamment en matière de désarmement et de libération d’enfants-soldats. Il a noté les efforts des autorités de transition pour préparer les élections et instaurer des mécanismes permettant de lutter contre l’impunité, comme la Cour Spéciale de Justice. En matière de sécurité, il a constaté les progrès réalisés et a salué le déploiement effectif de l’opération des Nations unies MINUSCA, qui permet la diminution progressive des effectifs de l’opération militaire française Sangaris.

Le président de la République a réaffirmé le soutien de la France à la RCA en matière d’aide humanitaire et d’action pour le développement.

Les deux chefs d’État ont constaté la parfaite coopération entre la justice des deux pays dans la conduite des enquêtes en cours./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

9- - Développement - Déplacement à Bruxelles de Mme Annick Girardin (26 mai 2015)

Mme Annick Girardin, secrétaire d’État chargée du développement et de la Francophonie, participera le 26 mai à Bruxelles à une conférence internationale sur la République centrafricaine en présence de Mme Catherine Samba-Panza, présidente de la République centrafricaine.

Cette rencontre permettra de faire le point sur la reconstruction du pays et l’apport de "Bêkou", fonds européen innovant qui met en commun les efforts des Etats membres. L’enjeu de cette réunion est de poursuivre la mobilisation pour aider la Centrafrique à mener à son terme sa transition et à faciliter l’accès de tous aux services sociaux et administratifs.

Mme Annick Girardin participera également au conseil des ministres européens chargés du développement, qui portera sur le financement du développement, l’agenda post-2015, l’égalité homme-femme, les migrations ainsi que le lien entre sécurité et développement. Elle participera à un dîner de travail avec le secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, pour préparer les rendez-vous de l’année 2015 : conférence internationale sur le financement du développement en juillet, sommet spécial sur le développement durable en septembre et conférence "Paris Climat 2015" en fin d’année.

10- Libération de plusieurs centaines d’enfants par des groupes armés (14 mai 2015)

La France salue la libération, le 14 mai dans la région de Bambari, de plusieurs centaines d’enfants par des groupes armés centrafricains, conformément à l’engagement pris au forum de Bangui sous les auspices de l’UNICEF. Il s’agit d’un nouveau pas, important, vers la paix.

Nous appelons tous les groupes armés à entretenir cette dynamique vertueuse pour la République centrafricaine.

11- Clôture du forum national de Bangui (12 mai 2015)

La France salue le succès du forum de Bangui, qui s’est déroulé du 4 au 11 mai et a permis aux Centrafricains, dans leur diversité, d’exprimer leurs attentes et de jeter les bases de la réconciliation nationale.

La France forme le vœu que ses conclusions contribueront à la sortie de crise, après les grandes épreuves qu’a traversées la Centrafrique. Des compromis ont pu être dégagés autour des questions de paix et de sécurité, de justice et de réconciliation, de gouvernance et de reconstruction économique. Nous appelons à la mise en œuvre rapide de l’accord conclu par la quasi-totalité des groupes armés en vue du désarmement et de la démobilisation des combattants.

La France invite les autorités de transition et tous les acteurs politiques centrafricains à se mobiliser, avec l’appui des Nations unies et de la communauté internationale, pour l’organisation dans les meilleurs délais en 2015 des élections présidentielles et législatives qui marqueront la fin de la transition et doteront le pays d’institutions chargées de poursuivre la réconciliation nationale et la reconstruction.

12- Forum national de Bangui - Enfants-soldats - Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (6 mai 2015)

La France salue la signature, dans le cadre du forum national de Bangui, d’un accord par lequel les groupes armés centrafricains s’engagent à cesser tout recrutement d’enfants-soldats et à libérer ceux qui sont dans leurs rangs.

Nous rendons hommage au rôle joué par le fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et nous appelons tous les groupes armés à mettre en œuvre sans délai leurs engagements.

La France soutient les efforts de stabilisation menés par les autorités de transition avec l’appui de la communauté internationale.

13- Ouverture du forum national de Bangui (4 mai 2015)

La France salue l’ouverture du forum national de Bangui, étape importante du processus de dialogue et de réconciliation engagé au mois de juillet 2014 à Brazzaville, sous les auspices du médiateur, le président Sassou Nguesso.
Le forum est une opportunité majeure pour les Centrafricains de tourner la page de la plus grave crise de leur histoire, en dessinant les contours d’une Centrafrique pacifiée, unie et démocratique. À cet égard, la préparation des élections présidentielle et législatives qui clôtureront la transition revêt une importance particulière.
La France appelle tous les Centrafricains à adhérer à cette démarche de réconciliation, conduite par les autorités de transition avec l’appui de la communauté internationale et de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine.

14- Prolongation du mandat de la MINUSCA (28 avril 2015)

La France salue l’adoption à l’unanimité par le conseil de sécurité des Nations Unies de la résolution 2217, qui renouvelle pour un an le mandat de la MINUSCA.

Cette résolution rappelle notamment le rôle essentiel de cette mission en faveur de la protection des civils et en appui au processus politique mené par les autorités de transition, qui passe par le succès du forum de Bangui et l’accélération de la préparation des élections.

Le texte souligne également la nécessaire poursuite du soutien international à la Centrafrique, y compris pour le financement des élections.

15- Libération de Mme Claudia Priest - Communiqué de la présidence de la République (Paris, 23/01/2015)

Le président de la République se réjouit de la libération de Claudia Priest, qui était retenue à Bangui depuis le 19 janvier.

Il salue l’engagement des autorités centrafricaines et de toutes les bonnes volontés qui ont permis que notre compatriote retrouve la liberté.

Il renouvelle son soutien à la présidente de transition, Mme Samba-Panza, et à son gouvernement dans leurs efforts pour consolider la sécurité et poursuivre la réconciliation en RCA.

16- Situation un an après l’opération Sangaris (5 décembre 2014)

Un an après le lancement de l’opération Sangaris pour protéger les populations centrafricaines, la France reste mobilisée sur les plans politique et militaire, ainsi que pour apporter une aide humanitaire et développer des actions de coopération, en étroite liaison avec l’Union européenne, les Nations unies et tous nos partenaires internationaux. Grâce à nos efforts, la Centrafrique n’a pas été une crise oubliée. Les troupes françaises ont été rejointes, à notre demande, par l’opération européenne EUFOR-RCA en mai dernier et par la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA). Les casques bleus sont déployés sur le terrain depuis le 15 septembre.

Les massacres ont été évités. Des difficultés persistent mais le nombre de personnes déplacées est en baisse constante, l’économie locale redémarre. Sur le plan politique, l’instabilité a fait place à une transition plus apaisée, dont la perspective des élections doit marquer l’aboutissement. Les besoins humanitaires restent cependant considérables, en Centrafrique comme dans les pays voisins, où se trouvent des centaines de milliers de réfugiés.

Le succès de la sortie de crise repose d’abord sur les Centrafricains, avec l’aide de la médiation régionale animée par le président congolais Denis Sassou Nguesso. Nous appelons tous les acteurs de la transition à participer activement au dialogue politique et à la réconciliation nationale, dans la perspective du Forum de Bangui. Des élections libres et apaisées doivent se tenir au plus tard en août 2015.

17- Conclusions du groupe international de contact (Bangui, 11 novembre 2014)

La France salue les conclusions de la réunion du groupe international de contact sur la République centrafricaine, qui confirment l’engagement de la communauté internationale en faveur d’une sortie de crise.

Nous renouvelons notre appui aux autorités de transition, qui doivent mettre en œuvre les chantiers dont elles ont la responsabilité, en particulier la préparation des élections et le dialogue politique dans le cadre du forum de Bangui.

La France est mobilisée, aux côtés de ses partenaires, afin que la République centrafricaine retrouve rapidement paix et stabilité.

18- Union africaine - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Smaïl Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine (Paris, 3 octobre 2014)

M. Laurent Fabius a reçu ce matin M. Smaïl Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine.

Cet entretien a permis de consolider le dialogue étroit entre la France et l’Union africaine sur les questions relatives à la paix et à la sécurité en Afrique, notamment dans la bande sahélo-saharienne et en République centrafricaine. MM. Fabius et Chergui ont réaffirmé leur engagement commun pour soutenir la lutte contre le terrorisme sur le continent.

Les discussions ont été suivies par des consultations entre la France et l’Union africaine, qui ont notamment permis de faire le point sur le renforcement des capacités de l’Union africaine dans les domaines civil et militaire.

Q –Peut-on avoir des détails sur le contenu du renforcement des capacités de l’UA dans les domaines civils et le militaires que vous venez de mentionner ?

R – Le président de la République a présidé les 6 et 7 décembre 2013 le sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, qui a précisément porté sur le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix et sur la sécurité du continent africain. En mai 2014, il a présidé le sommet de Paris pour la sécurité au Nigeria, plus spécifiquement consacré à la lutte contre Boko Haram, à la demande du président Goodluck Jonathan.

Il y a donc une action continue de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix. Cela touche les échanges de renseignements, la formation et toute une série de domaines destinés à renforcer les capacités sécuritaires du continent.

19- Lancement des premiers projets de développement du fonds européen « Bêkou » (29 septembre 2014)

Après son lancement officiel le 15 juillet, le fonds multi-bailleurs de l’Union européenne « Bêkou » (« espoir » en langue sango) porté par la commission, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, a tenu le 29 septembre son premier conseil d’administration.
Ce fonds, doté de 64 millions d’euros, a d’ores et déjà permis le lancement de trois premiers projets qui doivent bénéficier directement aux populations, dans des conditions transparentes : le premier porte sur la reconstruction des services de santé ; le second vise à réhabiliter des infrastructures publiques à Bangui, en recourant à la main d’œuvre locale ; le troisième, en faveur des femmes, a pour objectif de les aider à renforcer leurs positions économiques et sociales ainsi que leur rôle dans le processus de dialogue et de réconciliation.
Premier instrument de ce type lancé dans le cadre européen, ce fonds est ouvert à tous les contributeurs, et en premier lieu aux États membres de l’Union européenne. Il permet en particulier aux acteurs non directement présents en République centrafricaine de contribuer à la sortie de crise dans ce pays.

20- Centrafrique - Transfert d’autorité de la MISCA à la MINUSCA (15 septembre 2014)

La France salue le transfert d’autorité en Centrafrique de la force de l’Union africaine (MISCA) aux casques bleus de la MINUSCA, opération de maintien de la paix des Nations unies. Ce dernier a eu lieu le 15 septembre conformément au calendrier prévu par la résolution 2149 du conseil de sécurité.

Nous rendons hommage au travail remarquable accompli par les soldats africains, avec le soutien de l’opération française Sangaris et de l’opération européenne EUFOR-RCA. Cet engagement conjoint a permis d’éviter que la Centrafrique ne sombre dans le chaos.

La France réitère son soutien à l’action des Nations unies en Centrafrique et souligne l’importance pour les autorités de transition de mener à bien, avec l’appui de la MINUSCA, le processus de transition en cours.

21- Déclarations du porte-parole du Quai d’Orsay - Réunion de l’Union africaine (Nairobi, 2 septembre 2014)

La France salue la réunion que le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a consacré le 2 septembre à Nairobi à la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent en Afrique, sous la présidence de M.
Idriss Déby, président de la République tchadienne, et à laquelle elle a participé.

Cette réunion a permis de progresser dans la réponse globale que le continent africain - tant au niveau de l’Union africaine que des organisations régionales - apporte au défi du terrorisme, en coordination avec les États africains et la communauté internationale.

22- Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international (Paris, le 24 juillet 2014)

Je salue la signature à Brazzaville de l’accord de cessation des hostilités. Je rends hommage à la détermination de la présidente Samba-Panza, ainsi qu’à l’action du président Denis Sassou Nguesso, avec l’ensemble des dirigeants de la région, l’Union africaine et l’ONU.

Les participants au forum de Brazzaville ont pris l’engagement de renoncer à la violence, pour faire repartir la République centrafricaine sur de nouvelles bases. Cet engagement doit être soutenu.

Il s’agit maintenant de répondre aux attentes de la population centrafricaine, en respectant la parole donnée et en mettant en œuvre le processus de désarmement. Il s’agit aussi, pour toutes les parties prenantes, de poursuivre le dialogue politique et d’assurer le succès de la transition devant conduire aux élections.

23- Opération EUFOR-RCA – Déclaration de pleine capacité opérationnelle (15 juin 2014)

Déclaration conjointe du ministère des Affaires étrangères et du Développement international et du ministère de la Défense

La France salue le déploiement réussi des forces de l’opération militaire européenne en République centrafricaine, EUFOR RCA. Il s’agit d’une nouvelle étape dans l’engagement de l’Union européenne en faveur de la stabilisation du pays et de la protection des populations civiles.

Ayant atteint sa pleine capacité opérationnelle le 15 juin, la force de l’Union européenne comprend 700 soldats et gendarmes - français, espagnols, estoniens, finlandais, géorgiens, lettons, luxembourgeois, néerlandais, polonais et roumains.

Outre la protection de l’aéroport de Bangui, EUFOR-RCA assurera désormais la sécurisation des 3ème et 5ème arrondissements de Bangui, en soutien des forces de l’Union africaine de la MISCA et aux côtés de l’opération Sangaris.

24- Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec « TV5 Monde » (Libreville, 24 mai 2014)

(…)

Q - Vous avez également rencontré Mme Samba Panza, la présidente de la
République centrafricain. La situation reste relativement tendue dans ce pays. Que doit-on faire aujourd’hui ? Demander à la RDC de renforcer ses troupes sur place ?

R - S’agissant de la République centrafricaine, plusieurs aspects sont à prendre en compte. Sur le volet sécuritaire, les choses vont mieux dans une série de localités, en particulier à Bangui. Mais il reste des problèmes, notamment dans l’est du pays. Nous avons vu avec Mme Samba Panza comment essayer d’améliorer la sécurité. Vous savez qu’il n’y a pas seulement des troupes françaises, mais aussi africaines et internationales. L’ONU prendra le relais au mois de septembre.

Q - Comment pourrait-on améliorer cette situation ?

R - D’abord, il faut qu’il y ait, petit à petit et systématiquement, une reconquête du terrain ainsi qu’un désarmement. Le fait que désormais des troupes européennes soient arrivées et qu’elles s’occupent de l’aéroport va permettre aux forces françaises de se déployer. Elles ont commencé de le faire sur le reste du terrain.
De plus, il y a le traitement des rebelles de l’ex-Seleka, dans l’Est du pays qui est compliqué car, évidemment, on ne peut pas admettre la partition de la République centrafricaine. Il n’en est pas question. Il faut donc que des discussions se tiennent. Mme Samba Panza m’a confirmé qu’elle était prête à les mener.
Nous avons également parlé de l’aspect humanitaire, qui est très important. Nous avons évoqué le déploiement de toute une série d’organisations liées à l’ONU. Le FMI vient de dire qu’il pouvait intervenir.
Par ailleurs, nous avons également abordé l’aspect politique et le rôle des pays voisins. On pense notamment au Tchad, à l’Angola qui est active et dont le rôle peut jouer dans ces circonstances.
C’était donc une rencontre utile en effet.
(…)./.

25- Décès de la journaliste Camille Lepage - Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international (Paris, 13 mai 2014)

J’ai appris avec une très vive émotion le décès de Camille Lepage, journaliste et photographe de grand courage. Son corps sans vie a été retrouvé aujourd’hui par la force française Sangaris, à l’ouest de Bangui, en République centrafricaine.

J’exprime mes condoléances les plus profondes à la famille et aux proches de Camille Lepage.

Toute la lumière devra être faite sur les circonstances de la mort de notre compatriote, dont les responsables devront être traduits en justice. Il ne saurait y avoir d’impunité pour ceux qui, à travers les journalistes, s’en prennent à la liberté fondamentale d’informer et d’être informé.

26- Adoption de sanctions (9 mai 2014) - Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (Paris, 12 mai 2014)

La France se félicite de l’adoption le 9 mai, par le comité des sanctions sur la Centrafrique du Conseil de sécurité, de sanctions contre François Bozizé, Noureddine Adam et Levy Yakété.

Ces sanctions, proposées par la France et les États-Unis, prévoient le gel des avoirs et l’interdiction de voyager pour ces individus qui ont agi contre la paix, la stabilité et la sécurité de la République centrafricaine et ont entravé le processus de transition politique. Elles leur adressent un message ferme, ainsi qu’à leurs partisans, pour qu’ils cessent ces actions.

La France rappelle que la mise en place de sanctions est complémentaire des poursuites judiciaires à l’encontre d’auteurs de violations des droits de l’Homme. Tous les auteurs d’exactions devront répondre de leurs actes - le cas échéant devant la Cour pénale internationale, qui a ouvert le 7 février un examen préliminaire. La lutte contre l’impunité est un élément fondamental de la réconciliation.

27- Déploiement à Bangui de la force de l’Union européenne (EUFOR-RCA) - Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères et du Développement international (Paris, 2 mai 2014)

La France salue le déploiement opérationnel à Bangui de la force de l’Union européenne en RCA. Le relais de l’opération Sangaris dans la sécurisation de l’aéroport de Bangui constitue un premier signe concret de l’action des troupes européennes, dont la montée en puissance va se poursuivre au cours des prochaines semaines.

La présence des soldats européens à Bangui permettra aux forces africaines et françaises de consolider leur déploiement dans le reste du pays au service de la protection des populations civiles et de la stabilisation de la RCA.

28- Audition de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale (Paris, 15 avril 2014)

(…)
Vous avez mis en valeur, madame la présidente, les bonnes nouvelles qui concernent la RCA. La première est l’adoption à l’unanimité, ce qui n’avait rien d’évident, de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, bâtie par la France, créant une mission de maintien de la paix en République centrafricaine. Ce fut l’occasion d’un discours très engagé du Secrétaire général de l’ONU. Je me félicite que nous ayons obtenu la prise en charge financière de la période intermédiaire, qui court jusqu’à l’arrivée de cette force sur le terrain, en septembre. Par ailleurs, même si le nombre de soldats engagés dans la mission européenne est moindre qu’initialement envisagé, ce qui compte est que l’Union européenne soit présente, et ses troupes ont déjà commencé de se déployer à l’Est du pays.

Les Tchadiens, qui sont de très bons combattants, se sont engagés en RCA comme ils l’ont fait au Mali, mais la population centrafricaine leur a reproché d’être partisans, de ne s’intéresser qu’aux musulmans et d’être très durs avec les anti-balaka. Le président Idriss Déby, irrité par ces accusations, a décidé de faire remonter au Nord le contingent tchadien engagé dans la MISCA et annoncé son retrait complet. Sur le plan militaire, des mesures sont prises pour pallier cette absence, mais j’espère que cette option n’est pas définitive. La diplomatie est à l’œuvre. La situation est extrêmement difficile, les forces tchadiennes constituent un apport utile, mais les forces engagées dans la MISCA doivent être impartiales.

On m’a interrogé sur les autorités de transition. La présidente Catherine Samba-Panza, accomplit courageusement un travail compliqué, et nous l’aidons du mieux que nous pouvons. Nous avons obtenu que les salaires des fonctionnaires et les retraites soient payés, mais l’ONU devra s’intéresser à la remise en marche du pays et à la préparation des élections. L’autorité de transition doit, bien sûr, être confortée.
(…)

(Source : site Internet de l’Assemblée nationale)

29- Adoption de la resolution 2149 - Déclaration de Laurent Fabius (10 avril 2014)

Je salue profondément cette très importante décision qu’est l’adoption à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2149, qui autorise le déploiement d’une opération de maintien de la paix de l’ONU en République centrafricaine, la MINUSCA. C’est un succès pour la paix et pour la diplomatie. Il vient soutenir les efforts des autorités de transition pour rétablir la sécurité et la stabilité en RCA.

La MINUSCA doit compter jusqu’à 12 000 hommes et pourra s’appuyer sur le soutien des contingents français et européens engagés aux côtés des forces africaines. Elle aura également pour mission d’accompagner le processus de réconciliation nationale, de préparer les élections d’ici février 2015 et de venir en aide aux populations.

La France souhaite que la MINUSCA puisse rapidement se déployer sur le terrain.

30- Communiqué de la présidence de la République (Paris, 10/04/2014)

Le président de la République salue l’adoption à l’unanimité par le conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2149 sur la Centrafrique.

Cette décision démontre la volonté de la communauté internationale de protéger les populations menacées, de leur donner accès à l’aide humanitaire et de soutenir le rétablissement de l’autorité de l’État sur tout le territoire de la Centrafrique.

Cette résolution permettra le déploiement dès le 15 septembre d’une opération de maintien de la paix dont les priorités seront de mettre fin aux violences, de lutter contre l’impunité, et de soutenir le processus de transition qui devra conduire à une réconciliation des Centrafricains et au retour des déplacés et réfugiés.

Le président de la République rend hommage aux soldats des forces françaises et européennes qui sont déployés aux côtés des forces du continent africain, et qui protègent les civils contre les milices et groupes armés.

Comme la résolution de Nations unies leur en donne mandat, les forces françaises poursuivront leur soutien aux contingents africains de la MISCA, puis à l’opération de maintien de la paix des Nations unies./.

31- Protection de toutes les communautés (8 avril 2014)

La France est attachée à la protection de toutes les populations en République centrafricaine, y compris évidemment des populations musulmanes qui font l’objet de menaces et d’attaques intolérables. La protection des populations est au cœur de l’action de la France et partie intégrante du mandat de l’opération Sangaris, en soutien de la MISCA.

La France estime que le déplacement des populations doit être un dernier recours. Néanmoins, elle contribue à faciliter des évacuations ponctuelles, en accord avec les populations concernées, notamment dans les cas où leur sécurité et l’accès de l’aide humanitaire ne peuvent pas être garantis. Depuis décembre 2013, Sangaris a ainsi contribué à la protection et à l’évacuation des populations musulmanes en situation de danger immédiat par la mise à disposition de moyens aériens.

En lien avec les autorités de transition centrafricaines, les agences humanitaires des Nations unies et l’ensemble des acteurs concernés, notre ambassade en République centrafricaine procède à une évaluation de la situation des différentes localisations musulmanes, notamment au Nord de Bangui. Nous sommes en faveur d’une relocalisation des personnes qui en exprimeraient le souhait.

32- Point de presse conjoint de M. François Hollande, président de la République, et de Mme Catherine Samba Panza, chef de l’État de la transition en République centrafricaine - Propos de M. Hollande (Paris, 01/04/2014)

Mesdames, Messieurs, j’ai reçu cet après-midi la présidente de Centrafrique qui elle-même m’avait accueilli il y a tout juste un mois.

La situation en Centrafrique s’est, à la fois, améliorée sur certains points et détériorée sur d’autres. Ce qui a progressé, c’est la remise en place des autorités de la transition et des services publics les plus essentiels - les écoles, l’hôpital, la prison - pour que la Centrafrique puisse retrouver une activité économique et que la population elle-même retrouve confiance.

En revanche, ce qui s’est dégradé, c’est la situation sécuritaire dans un certain nombre de lieux. Même à Bangui, il y a toujours cette volonté de groupes hostiles au processus de pacification, de réconciliation. Ils montent une partie de la population contre une autre partie. On voit bien que les musulmans sont directement visés.

Les forces françaises, à travers l’opération SANGARIS, mettent tout en oeuvre pour qu’il puisse y avoir, à la fois, la sécurité en Centrafrique et, en même temps, la lutte contre ces groupes qui utilisent les armes - des armes modernes d’ailleurs - pour mettre en cause l’État centrafricain.

Il y aura bientôt l’opération européenne qui va se déployer. Demain la présidente sera à Bruxelles - j’y serai aussi - à l’occasion du Sommet entre l’Union européenne et l’Union africaine. Il y aura une réunion toute particulière sur la Centrafrique. Je lui apporterai tout mon soutien.

À cette occasion, seront définis les contingents qui constitueront l’opération européenne que la France avait appelée de ses voeux et qui va finir par aboutir. Il y aura aussi des aides humanitaires qui pourront être apportées, soit directement par l’Europe, soit par les États qui ne peuvent pas fournir nécessairement, sur le plan sécuritaire, ce qui est attendu d’eux.

Nous devons aussi saluer les autorités de transition. Je le fais ici à l’occasion de votre visite. C’est courageux de prendre la responsabilité d’un pays qui est dans le chaos et qui a connu des affrontements meurtriers. C’est courageux de vouloir restaurer l’autorité d’un État qui s’était effondré. C’est courageux de faire en sorte que des populations qui, jusque-là, avaient vécu en paix, ne retombent pas dans les affrontements meurtriers. C’est courageux parce que l’impopularité est toujours là lorsque l’on prend soi-même la responsabilité d’un pays dans cette situation. Sachez bien que la France sera à vos côtés.

Pour les Français qui s’interrogent, qui se posent des questions - il y en a toujours - que faisons-nous en Centrafrique ? Vous pouvez en témoigner : nous évitons que des massacres se perpétuent, nous permettons à un pays de sortir de cette situation de drames et de chaos. Nous évitons aussi que des affrontements religieux puissent dégénérer en terrorisme car c’est un risque.

Que les musulmans sachent bien que si les forces françaises, à travers SANGARIS, sont présentes en Centrafrique, c’est pour les protéger. Que les Centrafricains sachent bien que nous sommes impartiaux, que nous sommes simplement aux côtés des Centrafricains. Les Français ont fait en sorte qu’il y ait une opération européenne, en plus de l’opération africaine. Je veux saluer ce qu’ont fait les pays de l’Union africaine, y compris sur le plan militaire mais aussi sur le plan financier. C’est ainsi que les fonctionnaires peuvent être payés en Centrafrique.

Au-delà des forces européennes, au-delà des forces africaines, nous assurons une opération de maintien de la paix. Il y a une situation qui s’est améliorée, il y a aussi des reculs. Nous devons tenir bon par rapport aux objectifs que nous nous sommes fixés par rapport à l’aide humanitaire, au rétablissement de la sécurité et à l’organisation de l’opération européenne de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies.

Madame la Présidente, nous sommes à vos côtés.

Q - Est-ce que la situation en Centrafrique représente un danger pour les pays voisins ?

R - D’abord, il faut que l’opération européenne soit déployée. Elle est maintenant constituée. Demain, ce sera officiel. Les contingents seront précisés, les missions également. Je rappelle que c’est essentiellement sur le transport, sur le sanitaire, sur la logistique, que cette opération européenne est engagée./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

33- Communiqué de presse : le Congrès autorise la participation de l’armée espagnole à la mission de l’UE en République Centrafricaine (Madrid, 20 mars 2014)

Le Congrès des Députés, réuni en séance plénière, a décidé, avec 288 voix pour et 14 contre, d’autoriser le gouvernement à faire participer les Forces armées à la mission de l’Union européenne en République Centrafricaine (EUFOR RCA).

Le ministre de la Défense, Pedro Morenés, a demandé hier cette autorisation, prévue à l’article 17.1 de la Loi Organique 5/2005, pour envoyer un effectif militaire d’au maximum 50 hommes à l’opération de
l’Union européenne en République Centrafricaine (EUFOR RCA).

La participation d’une section de la Garde civile a également été autorisée, à hauteur d’un maximum de 25 effectifs, comme contribution espagnole à la Force de Gendarmerie européenne, dans le cadre de cette opération militaire.

La participation du personnel nécessaire pour contribuer aux Quartiers généraux de l’opération est également prévue, qu’il s’agisse du Quartier général opérationnel de Larisa (Grèce) ou de celui de la force à déployer.

Les frais dérivés de la participation espagnole à ces opérations seront financés par le chapître budgétaire "Participation des Forces armées à des Opérations de Maintien de la Paix" du ministère de la Défense.

Congreso de los diputados

34- Bilan du conseil Affaires étrangères de l’Union européenne (Bruxelles, 17 mars 2014)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a participé hier à Bruxelles au conseil Affaires étrangères de l’Union européenne. Les discussions ont principalement porté sur l’Ukraine et la République centrafricaine :

- Ukraine : (...)
- République centrafricaine : M. Laurent Fabius a appelé les États membres à accélérer leur engagement pour permettre la mise en place rapide de l’opération EUFOR-RCA, conformément aux engagements de l’Union européenne et à l’appel du secrétaire général des Nations unies. Le conseil s’est également engagé à accompagner les autorités de transition, en particulier pour qu’elles puissent rétablir la sécurité et le dialogue interconfessionnel et préparer les prochaines élections.

35- Conseil Affaires étrangères - Conclusions (Bruxelles, 17/03/2014)

Le Conseil a adopté les conclusions suivantes :

« 1. La crise sécuritaire et humanitaire en République centrafricaine (RCA) reste fortement préoccupante, malgré une relative stabilisation de la situation à Bangui et dans les localités où les forces internationales sont déployées. L’Union européenne (UE) réitère les inquiétudes qu’elle a exprimées lors des précédentes conclusions du Conseil le 20 janvier et 10 février 2014. Elle demeure inquiète du risque de voir le conflit centrafricain affecter les pays voisins de la RCA et appelle au respect de l’intégrité du pays. L’UE compte maintenir sa mobilisation, en coordination et coopération avec d’autres acteurs internationaux, sur l’ensemble des volets de la crise, dans le cadre d’une approche globale intégrant actions dans le domaine humanitaire (en respectant les principes d’action humanitaire), politique, en matière de stabilisation et en faveur du développement.

2. L’UE reste extrêmement préoccupée par l’impact humanitaire de la crise en République centrafricaine qui persiste malgré les efforts régionaux et internationaux déployés sur le terrain. Les conditions de survie des populations restent précaires, surtout à l’intérieur du pays où l’accès humanitaire demeure difficile. L’UE est particulièrement préoccupée par les menaces, en termes de sécurité, à l’encontre des populations civiles et par les conséquences, en particulier humanitaires, des départs forcés massifs - de Centrafricains et de migrants, en majorité musulmans, - principalement vers le Tchad, le Cameroun, la République démocratique du Congo et la République du Congo. L’UE réaffirme son engagement en RCA et appelle l’ensemble de la communauté internationale à augmenter les financements en faveur de populations affectées par la crise, à l’intérieur de la RCA comme dans les pays voisins.

3. L’UE encourage les autorités de transition centrafricaines à poursuivre le processus de transition politique et la préparation des élections. Elle exhorte en particulier les autorités à concentrer les efforts pour lutter contre l’impunité et rappelle que les auteurs de violations doivent répondre de leurs actes devant la justice.

L’UE salue la décision du procureur de la Cour pénale internationale d’ouvrir un examen préliminaire de la situation en RCA qui est partie au statut du Rome, ainsi que le travail de la Commission internationale d’enquête mise en place par la résolution 2127 (2013) du conseil de sécurité des Nations unies. L’UE appelle à la poursuite des efforts des autorités de transition visant à restaurer l’État de droit. Pour y parvenir, le rétablissement de la sécurité, la restauration de l’administration et la mise en place de règles de bonne gouvernance économique, ainsi que le dialogue interconfessionnel et la médiation intercommunautaires, sont indispensables. L’UE réitère son engagement à accompagner les autorités de transition sur cette voie en coopération avec d’autres partenaires internationaux. Elle salue en particulier l’engagement de l’Union africaine et des pays voisins de la RCA, sur les plans militaire, humanitaire, politique et financier, en faveur de la stabilisation du pays.

4. Suite à l’adoption de la décision du Conseil de l’Union européenne du 10 février 2014, autorisant l’établissement de l’opération militaire PSDC-EUFOR RCA en République centrafricaine comme prévu dans la résolution 2134 du Conseil de sécurité de Nations unies, le Conseil approuve le plan d’opération et les règles d’engagement. Le Conseil souligne la nécessité d’une accélération des travaux relatifs à la préparation de l’opération PSDC EUFOR RCA en vue de permettre son lancement rapide, conformément aux engagements de l’Union européenne.

5. Cette opération militaire de transition contribuera, par un appui temporaire pouvant aller jusqu’à 6 mois, à fournir un environnement sécurisé, dans la région de Bangui, en vue de passer le relais à l’opération de l’Union Africaine - MISCA, ou à une opération de maintien de la paix de l’ONU.

6. L’UE salue le rapport du Secrétaire général des Nations unies du 3 mars 2014 (S/2014/142), notamment la recommandation d’autoriser le déploiement d’une opération de maintien de la paix des Nations unies, dans les meilleurs délais à la suite de la requête des autorités centrafricaines en ce sens, afin, en particulier, de renforcer la protection des populations civiles, d’accompagner le processus de transition, y compris la tenue d’élections au plus tard en février 2015, de soutenir la protection des droits de l’Homme et du droit international humanitaire et la lutte contre l’impunité et de contribuer à remettre en route les fonctions essentielles de l’État. L’UE souligne l’importance du maintien de soutien financier et logistique à la MISCA jusqu’au déploiement éventuel d’une mission des Nations unies. Dans ce contexte, elle réaffirme son engagement, y compris financier, en faveur de la MISCA et appelle à la mobilisation urgente des moyens financiers annoncés à l’occasion de la conférence de donateurs pour soutenir la MISCA organisée par l’Union africaine le 1er février 2014.

7. Le Conseil rappelle son engagement à étudier les modalités d’un futur engagement dans le domaine de l’État de droit et la réforme du secteur de la sécurité. Dans ce contexte, il invite la Haute représentante à réfléchir aux différentes options qui pourraient être mises en oeuvre dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité.

8. Le Conseil note l’intention de la Commission de fournir une aide de plus de 100 Meuro pour la RCA, en particulier pour la restauration de l’État et le rétablissement des services sociaux (éducation, santé et sécurité alimentaire/nutrition) et la préparation des élections. »

36- Déclaration conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, et de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense (Paris, 14 mars 2014)

L’Union européenne s’était engagée, le 10 février, à déployer une opération militaire en soutien aux efforts internationaux pour stabiliser la RCA.

À ce jour, en dépit des contributions annoncées par quelques États européens, force est de constater que le compte n’y est pas. Si un effort supplémentaire n’est pas réalisé très rapidement, il ne sera pas possible de lancer, comme prévu, cette opération indispensable la semaine prochaine.

L’Union européenne doit assumer ses responsabilités en matière de sécurité internationale. La France appelle vigoureusement ses partenaires à s’en donner les moyens.

37- Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères (Paris, 12 mars 2014)

L’archevêque et l’imam de Bangui ont rencontré les ministres Le Drian et Canfin, avant de s’entretenir hier dans l’après-midi avec Fabius. Était-il question d’une crainte d’une nouvelle escalade de violence entre les milices anti-Balaka-Séléka, ainsi que l’appel d’une poignée de jeunes musulmans de Bangui à Boko Haram et Al-Qaida pour sauver les musulmans en Centrafrique ?

Au cours de leurs entretiens avec l’archevêque et l’imam de Bangui, MM. Laurent Fabius et Pascal Canfin ont évoqué les évolutions récentes sur le terrain, la situation humanitaire ainsi que la perspective de la mise en place d’une opération de maintien de la paix des Nations unies.

Le ministre des affaires étrangères et le ministre chargé du développement ont notamment exprimé leur soutien à l’action irremplaçable des autorités religieuses centrafricaines en faveur du dialogue, de la tolérance et de la réconciliation.

Ils ont encouragé Mgr Nzapalaïnga et l’imam Kobine à poursuivre leurs efforts, conjointement avec le pasteur Nicolas Guérékoyamé-Gbangou.

Le déploiement de l’Opération du maintien de la paix en Centrafrique est-il prévu tout de suite après le vote de la résolution fin mars-début avril ? Faut-il attendre le 15 septembre pour que toutes forces passent sous béret bleu ? Quel sera alors le statut des forces françaises ?

Le secrétaire général des Nations unies a recommandé dans son rapport du 3 mars le déploiement d’une opération de maintien de la paix. Il permettra d’apporter une réponse intégrée et durable, renforçant à la fois le volet sécuritaire (militaire et policier) et le volet civil de la mobilisation internationale.

Sur la base des recommandations du secrétaire général des Nations unies et à la suite des consultations du conseil de sécurité qui se sont tenues le 6 mars, la France va proposer un projet de résolution en ce sens. Il sera discuté avec nos partenaires du conseil de sécurité dans les prochaines semaines. Il visera un passage sous casque bleu des militaires et des policiers de la MISCA au 15 septembre, conformément aux délais dont les Nations unies ont besoin. La France saisit cette occasion pour saluer le travail effectué par les troupes de la MISCA en faveur de la stabilisation en République centrafricaine.

38- Entretien de M. Laurent Fabius avec son homologue centrafricain, M. Toussaint Kongo Doudou (Paris, 11 mars 2014)

M. Laurent Fabius s’est entretenu ce matin avec M. Toussaint Kongo-Doudou, ministre centrafricain des affaires étrangères, de l’intégration africaine et de la francophonie.

À cette occasion, les deux ministres ont fait le point sur la situation en RCA et sur les principaux objectifs communs, devant permettre une sortie de crise :

  • l’importance de mener à bien le processus de transition jusqu’aux élections qui doivent se tenir d’ici février 2015 ;
  • la poursuite du déploiement sur le territoire centrafricain des forces africaines de la MISCA, appuyées par l’opération SANGARIS, et des efforts de protection de l’ensemble de la population centrafricaine et notamment des communautés musulmanes ;
  • la nécessité pour les autorités centrafricaines de transition de s’engager pleinement en faveur d’une véritable réconciliation nationale et de la protection des droits de l’Homme. M. Fabius a rappelé l’importance de la lutte contre l’impunité, afin d’envoyer un signal fort aux commanditaires et auteurs d’exactions ;
  • le soutien à la reconstruction de l’État centrafricain, essentielle pour permettre aux autorités de transition d’assurer les principaux services, notamment sociaux, à une population gravement éprouvée par la crise.

Au cours de cet entretien, M. Fabius a renouvelé son souhait de voir une opération de maintien de la paix des Nations unies se déployer rapidement en République centrafricaine, afin de consolider les résultats obtenus par la MISCA et de prendre en compte les aspects civils de la sortie de crise.

39- Entretien de M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, avec « Radio Classique/LCI » - extraits (Paris, 28 février 2014)

Q - L’actualité immédiate c’est la visite de François Hollande à Bangui. Pour le ministre du développement que vous êtes c’est u ne visite très importante ?

R - C’est une visite importante. Notre stratégie en Centrafrique a 3 piliers : premier pilier, c’est assurer la sécurité avec les forces africaines ; deuxième pilier, c’est restaurer la démocratie. Il y a un nouveau pouvoir aujourd’hui, une nouvelle présidente en Centrafrique avec laquelle nous avons de très bonnes relations et nous travaillons à ce qu’il y ait des élections autour du début de l’année 2015. Et le troisième pilier, c’est le développement, parce qu’il y a aujourd’hui davantage de décès - ce sont les organisations non gouvernementales qui le disent - par manque de soins, par manque d’hôpitaux, d’infirmières qu’à cause des violences interconfessionnelles.

Q - Vous êtes concrètement sur le terrain en Centrafrique ?

R - Tout à fait. C’est pour cela que nous avons repris bien évidemment notre aide publique en matière de santé et en matière d’éducation. Il y a aujourd’hui 2 millions de personnes en Centrafrique qui sont en risques graves pour leur santé, qui ont un problème de sous-alimentation. Ce que nous faisons c’est que nous accompagnons les paysans pour planter, puisque dans quelques semaines il y aura la saison des pluies. Si nous ratons cette échéance, à la fin de la saison des pluies - autour de septembre-octobre -, le risque est qu’il y ait une famine - je pèse bien mes mots - en Centrafrique. Nous sommes donc totalement mobilisés, nous, la France, l’Union européenne, le monde entier avec la Banque mondiale, avec l’ensemble des bailleurs pour amener l’argent nécessaire pour qu’il n’y ait pas cette catastrophe humanitaire en Centrafrique.

Q - Vous n’avez pas peur finalement que l’on tombe dans un bourbier ? Est-ce que le gouvernement n’a pas sous-estimé la difficulté de la tâche ?

R - Quand est-ce que l’intervention a commencé ?

Q - En décembre.

R - C’était en décembre, nous sommes en février, je sais bien que 2 mois et demi à l’heure de Twitter c’est du très long terme, mais 2 mois et demi dans une opération militaire pour rétablir la paix dans un pays qui était au bord de la guerre civile…

Q - Avec simplement 2.000 hommes français et 5.000 soldats africains. Cela fait 7.000 personnes pour éviter la guerre civile… C’est vrai que cela ne fait pas beaucoup.

R - Mais le prisme serait qu’on ne parle que des soldats français. Or, la réalité - et c’est tout à notre honneur - c’est que nous sommes dans un dispositif international en appui des troupes africaines, et c’est l’essentiel de notre doctrine. Le temps où la France intervenait seule pour dire : « Je vais plutôt placer untel à la place d’untel », ce temps-là est terminé, il est révolu, ce n’est plus du tout la doctrine de la France et de François Hollande. Je suis fier de cela, en tant que ministre du développement, puisque j’incarne aussi cette nouvelle relation avec l’Afrique dans notre politique de solidarité internationale. Nous sommes loin du temps où Claude Guéant à l’Élysée, à « la cellule Afrique » de l’Élysée, pouvait faire ce qu’il voulait.

Q - Votre maître-mot c’est transparence ?

R - Mon maître-mot c’est transparence. Parce qu’il y a eu effectivement des abus dans le passé et aujourd’hui nous sommes en train d’écrire une nouvelle étape, une nouvelle page, avec la première loi - qui a été adoptée en première lecture il y a quelques jours à l’Assemblée nationale - la première loi de toute l’histoire de la République pour mettre de la transparence dans ce qui était la politique africaine de la France. (…)./.

40- Extraits de l’intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, au Sénat (Paris, 25 février 2014)

Cette intervention a été prononcée lors du débat dans les deux chambres du parlement qui a permis un très large soutien à la prolongation de l’intervention française en RCA.

Le 5 décembre, le président de la République décidait d’envoyer nos soldats en République centrafricaine, afin d’éviter à ce pays de sombrer dans le chaos. Le pays était en proie à des violences généralisées et à une dérive confessionnelle - et le mot est faible. Les Seleka, milices à dominante musulmane, qui avaient déposé l’ancien président Bozizé, multipliaient les exactions et les pillages. Les anti-Balaka, recrutés essentiellement dans la population chrétienne, commençaient à s’en prendre aux civils musulmans par esprit de vengeance et pour des motifs crapuleux.

L’opération Sangaris, sous mandat de l’ONU et en appui des forces de l’Union africaine, poursuivait deux objectifs : rétablir la sécurité et favoriser la montée en puissance de la Misca. Elle répondait à une urgence. Il n’y avait plus en RCA ni armée, ni police, ni justice. À la tête d’un État failli, l’équipe de transition avait perdu tout contrôle de la situation et la veille même de notre intervention, les massacres avaient fait 1 000 morts dans la capitale, Bangui.

La France avait mis en garde la communauté internationale dès septembre 2013, par la voix du président de la République à la tribune des Nations unies. En vain. […]

Parce que nous avons agui, des massacres ont été évités. Chaque jour des vies sont sauvées. La RCA a une chance de reprendre en main son destin.

Nous avons su rallier nos partenaires. La Misca, passée de 2 500 à 6 000 hommes, agit en bonne coordination avec l’opération Sangaris. L’Union européenne apporte un soutien financier de 50 millions, et a décidé d’envoyer des troupes sur le terrain : les premières devraient arriver dans les prochains jours. Cette force européenne, aux dires de Mme Ashton, comptera jusqu’à 1 000 hommes. Encore faut-il qu’ils soient là... Ils auront pour mission de sécuriser l’aéroport et certains quartiers de Bangui et de permettre à la Misca de continuer à se déployer en province. […]

L’ONU doit faire davantage et plus vite ; c’est le souhait de son Secrétaire général : coordonner l’aide humanitaire, préparer le désarmement et la réinsertion des combattants, aider le gouvernement centrafricain à préparer les élections, lutter contre l’impunité grâce à une commission d’enquête internationale. La préparation de l’opération de maintien de la paix doit être accélérée. […]

Grâce à notre intervention, les violences à Bangui sont désormais circonscrites à certains quartiers ; la plupart des combattants Seleka y ont été désarmés et sont cantonnés. Elles se poursuivent en revanche à l’ouest. Nos forces font le maximum pour protéger les populations, dans une impartialité totale. Nous veillons aussi à ce que l’est ne se coupe pas du reste du pays du fait du regroupement d’ex-Seleka. Le Tchad et le Cameroun, qui ont montré leur solidarité en accueillant de nombreux réfugiés, doivent pouvoir compter sur le soutien de la communauté internationale.

La situation humanitaire est critique : un habitant sur deux a besoin de soins médicaux, un sur cinq au moins d’une aide alimentaire. Les ONG sont actives sur le terrain.

La présidente de transition, Mme Samba-Panza est une femme remarquable, la première à diriger un pays d’Afrique francophone ; elle a su créer une dynamique. Je lui renouvelle le soutien de la France […]

41- Communiqué de la présidence de la République (Paris, 14 février 2014)

Le président de la République a réuni le 14 février 2014 un Conseil de Défense restreint.

Le Conseil a rappelé les objectifs de l’opération militaire Sangaris : contribuer, avec la force africaine MISCA, à faire cesser les massacres, à prévenir les crimes de guerre, à rétablir la sécurité de la population. Tous les ennemis de la paix seront combattus. Il n’y aura pas d’impunité pour ceux qui ont commis des crimes.

Le Conseil a pris en considération l’appel du Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-Moon, à une mobilisation de la communauté internationale, ainsi que la décision de l’Union européenne d’engager une opération militaire en Centrafrique.

Le président de la République a décidé d’y répondre en portant temporairement à 2.000 les effectifs militaires français déployés en Centrafrique. Cet effort supplémentaire de 400 hommes comprend le déploiement anticipé de forces de combat et de gendarmes français qui participeront ensuite à l’opération militaire de l’Union européenne dès son déploiement.

La France appelle la communauté internationale à une solidarité accrue à l’égard de la Centrafrique. Elle demande au conseil de sécurité des Nations unies d’accélérer le déploiement d’une opération de maintien de la paix. Elle appelle l’Union européenne à accélérer le déploiement de la mission EUFOR, y compris la Force de gendarmerie européenne. Elle salue la mobilisation des participants africains à la MISCA et souhaite qu’un soutien plus important soit accordé à la mission africaine, pour lui permettre d’être plus mobile.

La France appelle également la communauté internationale à agir face à l’urgence humanitaire en RCA. C’est un devoir impérieux de solidarité./.

42- Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, et de son homologue danois - Propos de M. Fabius (Paris, 14 février 2014)

Q - Pour la République centrafricaine où la situation est assez alarmante, M. Ban Ki-moon a réclamé, en particulier à la France, des troupes supplémentaires. Plusieurs ONG se sont alarmées de l’exode massif des musulmans et des massacres qui concernent les enfants. Il y a eu ce matin un conseil restreint de défense et M. Deby est à Paris. Est-ce que des choses nouvelles sont en cours concernant la Centrafrique ?

R - La situation est effectivement préoccupante en Centrafrique. Le ministre de la défense s’y est rendu ainsi que dans d’autre pays voisins. J’ai aussi pu rencontrer la présidente, Mme Samba Panza, qui est une femme remarquable. Un certain nombre d’évolutions se sont produites ces derniers jours. Le secrétaire général des Nations unies nous a lancé un appel. Un conseil de défense s’est également tenu ce matin. Il a permis de définir la position de la France par rapport à ces évènements. Le président de la République a pris un certain nombre de décisions.

Q - Par rapport à la RCA, selon Amnesty international et aussi l’envoyé de l’ONU, les forces françaises et africaines sur place ne sont pas suffisantes. Est-ce que l’on attend maintenant les forces européennes pour venir en renfort ou espère-t-on améliorer la situation ?

R - La France a été la première, il y a déjà quelque mois, à appeler l’attention de la communauté internationale sur la situation en Centrafrique. Nous avons demandé aux Nations unies de prendre les décisions nécessaires pour qu’il puisse y avoir intervention. Le lendemain où cette autorisation a été donnée, la France est intervenue aux côtés des forces africaines de la MISCA. Tout le monde reconnaît que si la France n’était pas intervenue, un véritable massacre de masse aurait été commis. Même les Nations unies ont parlé d’une situation pré-génocidaire. Tout le monde rend hommage au travail qui a été effectué par les Africains et par la France pour intervenir.

La situation est très difficile sur le plan humanitaire et il va falloir aussi préparer la transition démocratique. Nous nous sommes entretenus ces derniers jours avec le secrétaire général des Nations unies. Ce dernier a souhaité que des efforts supplémentaires soient faits. Ainsi l’Europe a décidé d’intervenir. Un travail de génération de forces est actuellement en cours, qui demande à chaque pays d’évaluer combien de troupes ou quel appui il peut apporter. D’ores et déjà, quelques pays ont annoncé des contributions. Ainsi nos amis polonais ont annoncé qu’ils enverraient 150 hommes. Nous parlons au final d’une contribution de plusieurs centaines d’hommes. D’autres contributions devront être apportées sous des formes logistique et matérielle.
S’agissant de la MISCA, les troupes africaines sont déjà très nombreuses (près de 6.000 hommes) mais elles ont des difficultés de transport. Des efforts supplémentaires peuvent être faits. On compte également des problèmes à régler. Ainsi les salaires ne sont pas payés et les pays voisins ont pris un certain nombre d’engagements. Le FMI et la Banque mondiale peuvent aussi intervenir. Il y aussi le renfoncement du BINUCA, le bureau des Nations unies, qui s’occupe de tous ces problèmes et qui doit renforcer sa présence très rapidement. Des sanctions doivent aussi être prises, et cela demande l’intervention des Nations unies.

Le président de la République a appelé, hier, M. Ban Ki-moon. Le conseil de défense restreint qui s’est tenu ce matin a rappelé la position de la France et ce qui est nécessaire pour que la situation s’améliore de manière très urgente.

43- Sangaris : la force se déploie en province - Mise à jour : 11/02/2014

Depuis le 9 février 2014, le groupement tactique inter-armes (GTIA) « Panthère » de la force Sangaris est entièrement déployé sur l’axe reliant Bangui à l’ouest du pays. Il y conduit des missions de reconnaissance et de sécurisation, afin de protéger la population et d’appuyer le déploiement de la MISCA dans l’ouest du pays.

Aux côtés d’un élément de la MISCA, le GTIA « Panthère », armé par les marsouins parachutistes du 8e régiment d’infanterie parachutiste de Marine (8e RPIMa), a entamé son déploiement s’est déployé sur l’axe reliant Bangui à la frontière avec le Cameroun. Ce déploiement a pour objectif de contrôler l’application des mesures de confiances et d’interdire toute tentative d’exaction à l’égard de la population. Au cours de leur progression entre Bangui et Bossembele (environ 200 km à l’ouest de Bangui), les militaires français ont démantelé plusieurs barrages tenus par des individus qu’ils ont immédiatement désarmés.

Ce déploiement a également pour objectif de prendre contact avec les postes de la police et de la gendarmerie de Centrafrique Ces derniers, appuyés par la MISCA, contribueront à la sécurisation de la route qui relie Bangui à la frontière du Cameroun. Il s’agit en effet du prinicpal axe routier permettant la circulation des marchandises.

Au cours d’une patrouille de reconnaissance sur les abords de la route, les soldats français ont découvert un stock de munitions laissé à l’abandon. Le site est désormais sous surveillance.

Environ 1600 militaires français sont actuellement déployés dans l’opération Sangaris, aux côtés des 6000 hommes de la MISCA. Lancée le 5 décembre 2013 par le Président de la République, l’opération Sangaris vise à rétablir une sécurité minimale en République Centrafricaine et à faciliter la montée en puissance de la MISCA, ainsi que son déploiement opérationnel.

(Source : Ministère de la Défense)

44- Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères (Paris, 12 février 2014)

- Ban ki Moon a demandé à la France d’envisager de déployer des troupes supplémentaires en RCA. Paris peut-il accéder à cette demande ? Quelle sera l’importance du contingent français dans la future force Eufor-RCA ?

- Les autorités françaises se sont exprimées sur le volume des troupes déployées, conformément au mandat fixé par la résolution 2127 du conseil de sécurité des Nations unies, pour soutenir les forces africaines de la MISCA en République centrafricaine.

La mission européenne EUFOR-RCA, décidée lundi par les ministres européens des Affaires étrangères, doit fournir une contribution importante aux opérations de sécurisation et de protection des populations civiles. Les discussions avec nos partenaires sur le volume de la force européenne et la nature des différents appuis qui lui seront adjoints sont actuellement en cours.

La France souhaite qu’une opération de maintien de la paix sous casque bleu puisse prendre le relais le plus rapidement possible.

45- Déclaration du Conseil de l’Union européenne (Bruxelles, 10 février 20 14)

Le Conseil a établi aujourd’hui une opération militaire de l’UE qui contribuera à créer un environnement sécurisé en République centrafricaine, comme l’a autorisé le Conseil de sécurité dans sa résolution 2134 (2014). La décision adoptée ce jour arrête la base juridique de l’opération baptisée EUFOR RCA ; une étape de plus est ainsi franchie vers son déploiement à bref délai.

EUFOR RCA a pour but de fournir un appui temporaire à la création d’un environnement sûr et sécurisé dans la zone de Bangui, l’objectif étant de passer le relais aux partenaires africains. Cette force contribuera par conséquent aux efforts déployés au niveau international pour protéger les populations les plus menacées, en créant les conditions propices à la fourniture d’une aide humanitaire.
Mme Catherine Ashton, Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, a déclaré ce jour : « Nous avons promptement réagi à la grave crise qui touche la République centrafricaine. Nous utilisons tous les instruments dont nous disposons, qu’il s’agisse de l’aide humanitaire, d’un appui politique à la transition ou de notre coopération au développement à long terme. Mais la priorité absolue est de protéger la population civile contre de nouveaux actes de violence, de faire en sorte que les citoyens de la République centrafricaine puissent vivre sans crainte et commencer à rebâtir leur pays, et de nous assurer que l’aide humanitaire peut être acheminée. Le déploiement d’EUFOR RCA aura lieu dès que possible, afin de soutenir les efforts remarquables engagés par la France et nos partenaires africains. »

Le Conseil a en outre nommé le général de division Philippe Pontiès (France) Commandant de l’opération de l’UE. Il a par ailleurs estimé les coûts communs de l’opération à 25,9 millions d’euros pour une durée de neuf mois au maximum comprenant une phase préparatoire de trois mois et un mandat de six mois au maximum après avoir atteint la pleine capacité opérationnelle.

L’état-major opérationnel de l’EUFOR RCA sera situé à Larissa, en Grèce, tandis que l’état-major de force et les contingents seront situés à Bangui, en République centrafricaine.

Des préparatifs pour le déploiement de l’opération sont actuellement menés dans le cadre de procédures accélérées. Le lancement des opérations nécessitera l’adoption d’un acte juridique distinct./.

46- Déclaration du porte-parole du ministère des affaires étrangères (Paris, 7 février 2014)

Le ministre des affaires étrangères s’est entretenu le 7 février avec Mme Catherine Samba-Panza, présidente de transition de la République centrafricaine.

M. Laurent Fabius a réaffirmé le soutien de la France à la décision de la présidente Samba-Panza d’ordonner une enquête, afin que les auteurs des violences du 5 février à Bangui soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice.

Ils ont également discuté de la mise en œuvre du régime de sanctions individuelles à l’encontre des individus faisant obstacle au processus de transition et aux efforts de la communauté internationale pour rétablir la stabilité en République centrafricaine (résolution 2134 du conseil de sécurité des Nations unies).

Ils ont fait le point sur la situation sécuritaire, le processus de transition politique et la reconstruction du pays./.

47- Meurtre d’un civil par des soldats centrafricains - Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères (5 février 2014)

La France condamne les actes odieux qui, le 5 février, ont suivi le rassemblement d’éléments des forces armées centrafricaines.
La France soutient la décision de la présidente Catherine Samba-Panza d’ordonner une enquête, afin que les auteurs des violences soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice. Ces exactions appellent des sanctions exemplaires. En aucun cas, la vengeance ne saurait être une forme de justice.

La France rappelle que le mandat de la MISCA, force de l’Union africaine engagée en République centrafricaine et qu’appuie la force française Sangaris, vise au premier chef à protéger les civils et à mettre fin aux violences, en application de la résolution 2127 du conseil de sécurité des Nations unies.

48- Entretien de l’ambassadeur de France en Centrafrique avec le quotidien « Le Parisien » (Paris, 05/02/2014)

Q - En deux mois, qu’est-ce qui a changé en Centrafrique ?

R - La situation sécuritaire. Lorsque je suis arrivé, nous venions de vivre trois jours de violences intenses qui ont entraîné la mort de centaines de personnes. L’opération Sangaris et la Misca ont permis de rétablir à Bangui un climat de plus en plus apaisé. Il y a encore des exactions, mais la vie a repris son cours dans la capitale et cela se voit au quotidien. Début décembre, il n’y avait pas un magasin ouvert, pas de taxi, aucun transport, aucune marchandise en circulation. Aujourd’hui, tout redémarre à Bangui.

Q - La France n’a-t-elle pas sous-estimé la haine entre les communautés ?

R - Non, je ne crois pas. On savait que la situation était extrêmement grave, raison pour laquelle nous avons décidé le déploiement d’une force militaire pour empêcher les massacres à grande échelle. Mais, c’est vrai, il y a aujourd’hui un phénomène inquiétant avec des populations musulmanes qui craignent les représailles et se déplacent. Notre mission est de les protéger, notamment dans l’ouest du pays où elles sont minoritaires. Deux forces agissent de manière différente. Les Séléka, des combattants qui disposent d’un armement assez sophistiqué (fusils-mitrailleurs, mitrailleuses lourdes, lance-roquettes). Et les antibalakas (milices chrétiennes), davantage disséminés, qui possèdent des armes blanches et des armes à feu rudimentaires. Et désormais, nous avons aussi affaire à des groupes de pillards, des bandits qui profitent de la situation.

Q - Tous les jours il y a encore des dizaines de morts...

R - À Bangui, l’activité repart. Les projets de développement économique vont être lancés dans les semaines qui viennent. Les violences sont de plus en plus limitées et circonscrites à quelques arrondissements.

Q - Le risque de génocide est-il écarté ?

R - Le risque d’affrontement entre les communautés existe toujours. Mais nous faisons tout pour le faire reculer.

Q - La France a-t-elle définitivement renoncé à envoyer des renforts militaires sur place ?

R - Comme l’a dit Laurent Fabius, l’envoi de renforts n’est pas prévu. Mais la France milite pour une opération de maintien de la paix (NDLR : OMP, sous l’égide de l’ONU) qui viendra chapeauter les opérations en cours et permettra aussi le déploiement de policiers. Mais il n’y a pas que le volet militaire. Nous allons aider la nouvelle présidente Catherine Samba-Panza à refaire fonctionner l’État, dans différents domaines, que ce soit l’agriculture, la santé, l’éducation, car la moitié des enfants ne vont plus à l’école depuis deux ans.

Q - Très concrètement, quelle forme prendra cette aide ?

R - Nous allons faire venir à Bangui des assistants techniques, une vingtaine pour la France, et beaucoup plus avec les partenaires de l’Union européenne et des Nations unies. Ils épauleront les ministres et conseilleront les autorités dans la mise en oeuvre de leurs programmes. Il y aura aussi une aide financière.

Q - Qui détient les mines diamantifères et quand l’État centrafricain pourra-t-il bénéficier de cette ressource ?

R - Les diamants centrafricains, qui se trouvent dans le Nord-Est et dans le Sud-Ouest, sont actuellement exploités de manière clandestine et exportés illégalement au profit des ex-séléka. Avec deux conséquences : cela alimente le trafic international des diamants, et l’État centrafricain n’a aucune recette fiscale liée à cette exploitation. Il s’agit de remettre sur pied un système d’exploitation du diamant avec des sociétés agréées. Catherine Samba-Panza a nommé un spécialiste de la question au ministère des mines. La filière minière qui concerne le diamant, mais aussi l’or, pourra alors retrouver une existence économique et légale normale./.

49- Adoption de la Résolution 2134 par le Conseil de sécurité des Nationes unies : déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères (Paris, 28 janvier 2014)

La France se félicite de l’adoption à l’unanimité par le Conseil de Sécurité des Nations Unies de la résolution 2134 sur la République centrafricaine.

Le bureau civil des Nations Unies (BINUCA) reçoit l’autorité et les moyens pour appuyer le gouvernement de la transition dans l’organisation rapide d’élections.

La résolution 2134 autorise également le déploiement de la force de l’Union européenne, en appui de la force africaine MISCA.

Enfin, elle met en place un régime de sanctions individuelles à l’encontre des individus qui feraient obstacle au processus de transition et aux efforts de la communauté internationale pour rétablir la stabilité en RCA.

50- Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères (Paris, 27 janvier 2014)

Q - Bonjour, la France envisage-t-elle, comme les Etats-Unis, de prendre des sanctions ciblées contre les responsables des violences en Centrafrique ?

R - A l’initiative de la France, le Conseil de sécurité des Nations unies devrait adopter demain un projet de résolution, qui prévoit la mise en place un régime de sanctions.

Ces sanctions visent des individus qui nuisent à la paix et à la stabilité et entravent le processus de transition politique en Centrafrique, en alimentant les violences, en violant les droits de l’Homme et le droit international humanitaire ou en participant au pillage des ressources de ce pays.

Il s’agit d’un message très ferme que le Conseil de sécurité adressera aux personnes entravant les efforts conjoints de l’Union africaine, des Nations Unies et de l’Union européenne pour rétablir la stabilité en République centrafricaine.

La France rappelle également que la mise en place de sanctions est complémentaire des poursuites judiciaires à l’encontre d’auteurs de violations des droits de l’Homme. Tous les auteurs d’exactions devront répondre de leurs actes. La lutte contre l’impunité est un élément fondamental de la réconciliation.

51- Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec « France 24 » (Davos, 24 janvier 2014)

(…)

Q - Vous étiez en RCA. Vous avez assisté à l’investiture de Catherine Samba-Panza. Quel espoir peut-elle représenter alors que l’on sait qu’il y a encore des massacres ?

R - Comme elle le dit elle-même, elle est dans sa période de grâce.

Q - Et cela risque de ne pas durer très longtemps !

R - C’est souvent compliqué en effet. La situation en RCA est très difficile. D’abord sur le plan sécuritaire - parce qu’il y a des exactions -, et sur le plan humanitaire aussi.

Q - Justement, du point de vue sécuritaire, nous avons sur place 10.000 soldats Français et pas plus. Faut-il renforcer les forces militaires sur place ?

R - Il y a 1.600 Français et 4.000 Africains, qui seront bientôt 6.000. Nous avons obtenu, et c’est une très bonne chose, que les Européens envoient environ 500 hommes. La décision de principe a été prise lundi. Il faut probablement, à terme, plus d’hommes. Et c’est la raison pour laquelle nous disons que l’opération actuelle doit devenir une opération de maintien de la paix sous contrôle des Nations unies ; ce qui permettra le déploiement de davantage d’hommes. La base sera africaine. Les Africains font très bien leur travail, mais il faut aller un peu plus loin. Je suis quelqu’un de pratique. Une opération de l’ONU est en plus prise en charge financièrement par ladite organisation alors que les Africains n’ont pas beaucoup de moyens financiers.

Q - Quel serait le calendrier ?

R - Si nous décidons dans les semaines qui viennent que c’est une opération de maintien de la paix supervisée par l’ONU, après la mise en place des 6.000 Africains, de nouvelles forces pourraient ensuite être sur le terrain vers le mois de mai ou de juin. Cela prend du temps.
D’ici là, il y a trois choses à faire : la sécurité, Bangui est plutôt mieux protégée mais le reste du pays ne l’est pas ; l’humanitaire, songez que sur 4 millions et demi de personnes, il n’y a que sept chirurgiens. Deux millions de personnes sont dans une situation humanitaire difficile. Par ailleurs, il faudra préparer les élections car Mme Samba est la présidente de transition. Il faudra donc voter. La date butoir est fixée à février 2015 mais tout est à refaire car il n’y a plus d’état-civil.
C’est une tâche considérable.

Je souligne que c’est vraiment une femme remarquable, le fait qu’elle soit une femme est un atout d’ailleurs. Je l’ai vu en arrivant à l’aéroport, les femmes sont un très grand soutien. C’est une femme réfléchie, intelligente mais sa tâche est l’une des plus difficiles qui existent dans le monde./.

52- Déclaration de M. François Hollande, président de la République (Paris, 23 janvier 2014)

Mesdames, Messieurs, j’ai reçu, cet après-midi, l’Archevêque de Bangui, Monseigneur Nzapalainga, et le président de la communauté islamique de Centrafrique, M. l’Imam Kobine Lamaya.

Le 10 décembre, nous étions déjà ensemble mais c’était à Bangui, au cours d’un déplacement très bref que j’avais effectué. C’était d’ailleurs un jour particulièrement sombre puisque deux soldats français venaient de mourir. Je me souviens de notre entretien à l’aéroport, où nous avions déjà lancé un message d’apaisement et de soutien à cette population de Centrafrique, qui souffre depuis trop longtemps.
Nous nous rencontrons aujourd’hui, nous sommes le 23 janvier, c’est le jour de l’investiture de la nouvelle présidente de Centrafrique. C’est aussi un signe d’espoir. Espoir que la réconciliation va pouvoir s’engager, que la sécurité va pouvoir être progressivement rétablie et que la population va être préservée du drame de la fin ou pire même, des exactions. C’est pour participer à cette lutte pour la dignité humaine, que la France a décidé, le 5 décembre de s’engager en Centrafrique, dans le cadre d’un mandat du Conseil de sécurité et avec les forces africaines qui pouvaient être disponibles à ce moment-là.

Je dois dire que si la France n’était pas venue en Centrafrique à cet instant-là, il y aurait eu encore des centaines, pour ne pas dire des milliers de Centrafricains qui auraient été tués, et combien de femmes qui auraient été violées, d’enfants entrainés dans des confrontations.
Pour autant, il y a encore beaucoup à faire, car il ne se passe pas un jour sans qu’on découvre, à cause des armes qui circulent, qu’il y a des hommes et des femmes qui sont tués tout simplement parce qu’ils sont ou chrétiens ou musulmans, parce qu’ils sont supposés avoir une préférence pour un camp ou pour un autre.

C’est la raison pour laquelle les autorités religieuses ont souhaité non seulement lancer un appel, et il a été prononcé à plusieurs reprises, mais faire une tournée en Europe pour convaincre des pays qui, jusqu’à présent, ne connaissaient pas l’exactitude et la gravité de la situation en Centrafrique, de se mobiliser. C’est aussi, je veux les en remercier, grâce à ces autorités que l’Europe a pu prendre cette décision si importante, non seulement d’envoyer des soldats pour participer à la sécurité d’un certain nombre de lieu, mais d’engager une aide humanitaire qui représente 365 millions d’euros.

L’enjeu, aujourd’hui, est double. Il convient de faire monter encore la présence des forces africaines à côté de l’opération Sangaris : 1.600 hommes pour la France, 5.000 déjà pour les Africains. Il faut encore que les contingents de la Misca puissent être davantage dotés, faire venir l’aide européenne et à terme transformer cette opération en ce qu’on appelle une force de maintien de la paix.

Voilà l’objectif. Pour cela, il faudra le concours de tous. Je l’ai dit, des Africains eux-mêmes, qui doivent assurer la sécurité de la Centrafrique, de la France qui y est prête, puisqu’elle est déjà là et qu’elle a été première. C’est son honneur, sa fierté mais en même temps sa responsabilité de continuer l’opération engagée qui connait des résultats, et celle des Centrafricains eux-mêmes, à travers la reconstitution d’un Etat, d’une autorité. C’est maintenant ce qui attend la présidente de la Centrafrique et le gouvernement qu’elle constituera.

Enfin, il y a les autorités spirituelles, celles qui peuvent appeler à l’harmonie, à la réconciliation, à la compréhension. Autorités qui peuvent aussi participer à la bonne exécution de l’aide humanitaire, nous en avons parlé, pour les écoles, pour les hôpitaux et pour nous ces autorités religieuses sont à la fois, un symbole et un soutien exceptionnel. C’est la raison pour laquelle je tenais personnellement à recevoir l’Archevêque et l’Imam de Bangui.

Mesdames et Messieurs, je veux, une nouvelle fois, me tournant vers les autorités religieuses de Centrafrique, vous dire qu’il était bon que l’Imam dise que les protestants sont par leur esprit également ici à Paris, leur confirmer tout le soutien de la France et leur dire toute notre confiance dans ce qui peut être fait pour la réconciliation en Centrafrique.

Pour celles et ceux qui ne savaient pas pourquoi nous étions en Centrafrique, je pense qu’ils en ont maintenant les raisons. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

53- Entretien de Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la Francophonie, avec « RFI » (Paris, 23 janvier 2014)

Q - Une femme à la tête de la Centrafrique, tout le monde salue son élection mais sera-t-elle de taille pour affronter les immenses défis de la transition ?

R - En tout cas, elle en a le coffre. C’est une femme exceptionnelle. Je l’ai eu hier au téléphone, déjà maire de Bangui, femme chef d’entreprise. C’est d’abord un signe fort qu’elle soit femme, elle a immédiatement su parler aux chrétiens et aux musulmans. Une liesse s’est levée dans Bangui, on sent les prémisses de quelques choses de lumineux devant nous. C’était vraiment apocalyptique. Son arrivée, son élection a fait qu’elle a transcendé, d’un seul coup cette question de religion. Elle est apparue comme une maman, elle a parlé de ses enfants, aussi bien les musulmans que les chrétiens, cela inaugure peut-être de très bonnes choses pour ce pays qui a beaucoup souffert.

Q - Une bonne nouvelle ne venant jamais seule pour la Centrafrique, près de 400 millions d’euros sont promis par l’Europe et quelques 500 soldats de l’Union européenne vont être envoyés à Bangui d’ici deux mois. 500 hommes supplémentaires pour un pays grand comme la France et la Belgique réunie. Cela sera-t-il suffisant ?

R - rien ne sera suffisant car il n’y a plus d’État, il y a une population en déshérence et il y a toujours des poches d’ancienne Seleka. La France est évidemment présente sous mandat de l’ONU, elle a déjà 1.600 hommes, il y a la force africaine qui est de 4.000 hommes et qui en comptera près de 6.000. Une aide de 500 hommes plus cette nouvelle présidente de transition, rien n’est suffisant mais nous sommes sur la bonne voie. (…)./.

54- Participation de M. Laurent Fabius à l’investiture de Mme Catherine Samba Panza (23 janvier 2014)

Le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, se rendra demain à Bangui pour assister à l’investiture de Mme Catherine Samba Panza, élue le 20 janvier chef de l’État de la transition par le conseil national de transition centrafricain.

A cette occasion, il s’entretiendra avec Mme Samba Panza de la situation en République centrafricaine, quelques jours après la réunion internationale à Bruxelles qui a permis de mobiliser près de 500 millions de dollars pour répondre aux besoins humanitaires dans le pays.

Avec l’ensemble de ses partenaires internationaux, notamment les États de la région et l’Union africaine, la France se tient aux côtés des autorités de transition centrafricaines. Elle soutiendra leurs efforts en faveur de la stabilisation de la République centrafricaine, la réconciliation nationale et la tenue d’élections libres, justes et transparentes dans les meilleurs délais.

55- Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et de son homologue allemand - Propos de M. Fabius (Paris, 21 janvier 2014)

Q - Qu’est-ce que la France attend exactement de l’Allemagne concernant les dossiers de la Centrafrique et du Mali ? En avez-vous parlé et êtes-vous satisfait de la réponse de votre homologue ?

R - Nous avons évoqué longuement les questions africaines, à la fois au téléphone, en préparant la réunion d’hier et à nouveau lors de cette réunion.

Nous sommes extrêmement satisfaits des décisions prises. Pour la République centrafricaine, la journée d’hier a été marquée par trois décisions très positives. La première, c’est l’élection d’une femme remarquable à la présidence de transition en Centrafrique. La seconde décision, prise à Bruxelles, c’est la promesse de 500 millions de dollars consacrés essentiellement à l’humanitaire et au développement. La troisième décision, c’est que l’Europe accepte la mise en place d’une opération militaire européenne dans ce pays, aux côtés des Africains, des Français, et dans le cadre des Nations unies. La France est donc très satisfaite.

S’agissant de l’Allemagne, elle prendra ses décisions précises et matérielles en fonction de ses possibilités. Elle ne peut pas être partout. Il y a les perspectives sur le Mali et celles en République centrafricaine. Nos ministres de la défense se sont vus hier, nous-mêmes en avons parlé et le gouvernement allemand annoncera certainement dans quelques jours où il souhaite porter son effort.
Le fait que l’Europe apporte son concours aux Africains et à la France est évidemment un aspect très important.

Certains avaient pu regretter que la France soit seule. Non, la France n’est pas seule. Elle a été à l’avant-garde, rejointe par ses amis européens et c’est une bonne chose. (…)./.

56- Élection de Mme Catherine SAMBA PANZA - Communiqué de la présidence de la République (Paris, le 20 Janvier 2014)

Le Président de la République, François HOLLANDE félicite Catherine SAMBA PANZA pour son élection, par le Conseil National de la Transition de la République Centrafricaine, au poste de chef d’Etat de la transition. Il lui revient désormais de mener à bien la réconciliation et l’apaisement nécessaires en RCA, en vue de la tenue d’élections démocratiques.

La France se tient à ses côtés dans cette tâche difficile.

57- Participation de M. Laurent Fabius au conseil Affaires étrangères de l’Union européenne (Bruxelles, 20 janvier 2014)

M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a participé hier à Bruxelles au conseil Affaires étrangères de l’Union européenne. La réunion a notamment permis de prendre des décisions sur les questions suivantes :

Le conseil a approuvé le principe d’une opération militaire de l’Union européenne en République centrafricaine. Elle prendra en charge, pour une durée de 4 à 6 mois, des missions à Bangui, comme la sécurisation de l’aéroport, en soutien de la force africaine et de l’opération Sangaris. Nos partenaires européens annonceront prochainement les modalités de leur contribution à cette force, qui témoigne de l’engagement de l’Union européenne en faveur d’une sortie de crise.

58- Déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères - Mobilisation de la communauté internationale pour améliorer la situation humanitaire (Paris, le 20 janvier 2014)

La France se réjouit de l’engagement pris par la communauté internationale, aujourd’hui à Bruxelles, de mobiliser 496 millions de dollars pour l’assistance humanitaire et la stabilisation en République Centrafricaine. M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, a confirmé que la France prendra toute sa part à cet effort, et a annoncé une contribution de 35 millions d’euros.

Pour répondre aux besoins essentiels de la population centrafricaine, estimés à 550 millions de dollars par l’ONU, il est nécessaire que la mobilisation des donateurs internationaux se poursuive, notamment dans la perspective de la conférence organisée le 1er février prochain à Addis Abeba par l’Union africaine.

59- Déclaration du porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères - Genève - Session spéciale du Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies sur la situation en République Centrafricaine (Paris, le 20 janvier 2014)

La France salue la tenue aujourd’hui d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme des Nations unies sur la situation en République centrafricaine à la demande de plus de cent États.

La résolution du Conseil des droits de l’homme, qui a été adoptée par consensus, permet de maintenir la mobilisation de la communauté internationale sur la situation des droits de l’homme en RCA. Une experte indépendante des droits de l’homme, Mme Marie-Thérèse Keita-Bocoum, a été nommée à cet effet. Elle aura pour mission d’appuyer les autorités de transition dans le renforcement des droits de l’Homme et de rendre compte des évolutions de la situation devant le Conseil.

La France rappelle que tous les auteurs des violations des droits de l’homme devront répondre de leurs actes devant la justice.

60- Tribune conjointe de M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, et de Mme Kristalina Georgieva, commissaire européenne chargée de la coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réaction aux crises, dans le quotidien « La Croix » (Paris, 19 janvier 2014)

Aider la Centrafrique

L’intervention en Centrafrique, autorisée par le conseil de sécurité des Nations unies et mise en œuvre par l’Union africaine avec l’appui de la France, a permis d’éviter le pire. Depuis l’été 2013, les violences interconfessionnelles, jusque-là inconnues en Centrafrique, n’avaient fait qu’empirer. La veille de l’intervention militaire, près de 300 personnes avaient perdu la vie en quelques heures à Bangui. Même si la situation sécuritaire reste fragile et volatile, le début du désarmement des combattants contribuera au rétablissement de la sécurité. Mais la crise politique et sécuritaire provoque une crise humanitaire dramatique qui touche la Centrafrique depuis plusieurs mois.

Aujourd’hui, pour fuir la violence, un habitant de Bangui sur deux a abandonné son domicile et se trouve sans ressources. Les écoles sont fermées depuis de nombreux mois, les malades n’ont plus accès à leur traitement. La Centrafrique pourrait être, pour la première fois de son histoire, victime d’une crise alimentaire majeure, la violence et la peur ayant fortement déstabilisé la production agricole. D’ores et déjà, près d’un million et demi de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire.

Sur le plan administratif et financier, le pays est exsangue, les fonctionnaires ne sont plus payés et les services publics de base ne sont plus assurés depuis un an. Les Nations unies ont ainsi rehaussé cette crise humanitaire, la plus grave qu’ait jamais connue ce pays, au niveau le plus élevé des urgences, à l’image de la Syrie, ou des Philippines après le passage du typhon Haiyan. Cette catastrophe humanitaire appelle une réaction forte et coordonnée de la communauté internationale.

Une grande réunion de mobilisation de l’ensemble de la communauté humanitaire, ONG, Nations unies et donateurs se tiendra à Bruxelles aujourd’hui 20 janvier. La France et l’Union européenne sont pleinement mobilisées, aux côtés de l’ONU, comme elles le furent pour le Mali, afin que cette conférence donne à la communauté internationale les moyens d’agir dans les 12 à 24 prochains mois.
Cette mobilisation, qui se poursuivra le 1er février dans le cadre du sommet de l’Union africaine en Éthiopie, est indispensable pour répondre aux besoins vitaux des populations : assistance alimentaire, accès à l’eau et à l’assainissement, soins, protection des déplacés et des réfugiés, avec une attention particulière en direction des enfants-soldats qui ont été enrôlés dans les récents combats et qui doivent pouvoir dès que possible retrouver une vie normale auprès de leurs familles. Il s’agit également de remettre en route les services publics de santé et d’éducation, et plus généralement les services sociaux de base qui fonctionnaient avant la crise ; et de fournir les semences qui permettront de réussir la prochaine saison agricole, qui démarrera en mars prochain.

La réunion du 20 janvier doit être à la hauteur de l’enjeu. C’est le signal que nous devons ensemble envoyer aux habitants de Centrafrique. Car la réponse humanitaire est l’expression de la solidarité internationale envers le peuple de Centrafrique, une solidarité qui doit également se manifester dans la poursuite des efforts de stabilisation du pays.

Sans sécurité, il n’y a pas de développement possible. Mais sans développement, il n’y a pas de sécurité dans la durée. La communauté internationale se doit de ne pas manquer ce rendez-vous./.

61- Renforcement de la MISCA (17 janvier 2014)

La France se félicite de la montée en puissance de la MISCA, la force africaine déployée en République centrafricaine, dont les effectifs dépasseront bientôt 5 000 militaires et policiers. Nous rendons hommage à son action décisive en faveur de la protection des populations civiles et de la stabilisation du pays.

La France salue le déploiement récent de contingents congolais, burundais et rwandais, avec l’appui logistique des États-Unis.

62- Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, avec « RMC/BFMTV » (Paris, 13 janvier 2014)

(…)

Q - Est-ce que la France souhaitait le départ du président centrafricain, aujourd’hui exilé au Bénin ?

R - Nous aidons les Africains, mais nous ne voulons pas nous substituer à eux. Il est vrai que la situation était paralysée, puisque M. Djotodia, qui lui-même est un ancien Séleka, ne parvenait pas à rétablir le calme. Il y a eu une convocation de l’ensemble des pays de la région, qui avaient pris acte du fait que la transition politique en RCA ne marchait pas. Par conséquent, M. Djotodia a quitté le pouvoir. Désormais, il y a dix jours pour désigner un nouveau président.

Q - Qui va lui succéder et quand ?

R- C’est au Conseil national de transition, qui est un organe officiel, qu’il appartient de décider. Il y a un délai de dix jours. Il faut donc aller vite, mais il faut en même temps que le choix soit pertinent. En effet, nous avons en RCA un problème sécuritaire à régler. La situation humanitaire est également extrêmement grave. Concernant la transition démocratique, vous ne pouvez pas laisser un pays sans dirigeant. Il faut donc que dans les dix jours, les dirigeants soient nommés par le Conseil national de transition.

Q - On compte 100.000 réfugiés près de l’aéroport, des centaines de milliers de Centrafricains qui sont réfugiés, exilés, déracinés. 1.600 soldats français sont dans le pays. Des renforts français seront-ils envoyés ?

R - Non, ce n’est pas prévu. Il s’agit d’abord une opération où les militaires africains doivent se mobiliser. Nous sommes là pour aider, nous le faisons, et je tiens à rendre hommage à nos soldats. Je vais demander le 20 janvier à nos amis européens de nous apporter un soutien. Quelque chose est en route.

Q - Un envoi de soldats ?

R - Il s’agirait d’une aide sur l’aéroport et un appui sur le plan humanitaire.

Q - Est-il vrai que la Pologne et la Belgique, par exemple, sont prêtes à envoyer des soldats ?

R - Je suis prudent. Il faut attendre que cela soit fait. Mais je crois que les Européens vont nous aider, je l’espère en tout cas, parce que la situation en RCA ne concerne pas seulement la Centrafrique. Elle concerne tout le monde. La sécurité de l’Afrique, c’est aussi la nôtre. Une aide à la France a donc été demandée à nos partenaires européens. Cette aide concernerait aussi, ultérieurement, la formation de l’armée centrafricaine.

Q - Selon l’ancien ministre de la défense allemand, au Mali comme en Centrafrique, la France est guidée par ses propres intérêts.

R - Cette déclaration a surpris. J’ai vu hier le ministre allemand des affaires étrangères, M. Steinmeier. Il m’a dit qu’il soutenait l’action de la France en Centrafrique.

(...)

63- Communiqué de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères (Paris, le 10 janvier 2014)

A l’issue de la réunion de la communauté des Etats d’Afrique centrale, le président et le premier ministre de transition de la République de Centrafrique ont annoncé leur démission. La France prend acte de cette décision.

Il appartient maintenant au Conseil national de transition centrafricain de décider rapidement d’une nouvelle équipe dirigeante.

Je confirme que la France se tient aux côtés des Centrafricains pour les aider à résoudre durablement la crise que connaît ce pays ami.

64- Extraits du discours, adressé à la force Sangaris, prononcé par M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense (Bangui, 1er janvier 2014)

(...) Je suis venu en Afrique pour saluer toutes les forces qui sont impliquées dans les opérations de lutte contre le terrorisme et dans les opérations de lutte contre toutes les déstabilisations. Parce que cette lutte, ce combat, c’est à la fois la sécurité de ces Etats, de ces populations, dont nous avons mission de protéger, mais c’est aussi la sécurité de la France. Ce sont les deux en même temps. Parce qu’on sait très bien que lorsqu’il y a un vide sécuritaire, c’est le creuset de tous les trafics, c’est le creuset de tous les terrorismes, c’est la porte ouverte à tous les terrorismes. Et si nous menons ces missions, c’est à la fois pour la sécurité de ces États, pour la sécurité de la France mais aussi au nom de la communauté internationale (...).

[....]

(...) Je me souviens qu’au mois de février de l’année dernière, des experts - vous savez, il faut toujours faire attention parce que les experts sont souvent autoproclamés – disaient « ah mais au Mali – trois semaines après le déclenchement de l’opération SERVAL – la France s’enlise ». Heureusement que nous n’avons pas écouté les experts. Et que la détermination de nos forces, leurs compétences, a permis le résultat que l’on connait. Je le dis pour le Mali mais je le dis aussi pour la République Centrafricaine.

[...]

Je rappelle d’ailleurs et vous le savez que les exactions, les massacres ont commencé ici depuis déjà un certain nombre de mois et qu’ils étaient arrivés à un niveau réellement dramatique qu’il nous a fallu saisir la communauté internationale pour montrer la nécessité d’intervenir. Les violences n’ont pas commencé le 5 décembre. C’est depuis la fin 2012 qu’ici l’Etat s’est effondré, que la spirale des violences a amené le pays à un drame humanitaire, à une impasse politique, et à des confrontations confessionnelles sans précédent. C’est la raison pour laquelle il fallait nous mobiliser. Nous nous mobilisons, nous, et nous nous mobilisons avec les Africains, avec la MISCA, sur mandat international.

[...]

La mission est claire, mais le terrain est complexe. Je le sais bien, et votre tâche à vous elle est extrêmement difficile parce que vous êtes amenés à intervenir sur des accrochages, vous êtes amenés à intervenir sur des mouvements de foule, vous êtes amenés à intervenir dans des missions d’interposition, vous êtes amenés à intervenir dans des missions d’escorte ; et en même temps vous êtes amenés à remplir votre mission de cantonnement et de désarmement. Et je sais, pour me tenir informé tous les jours de l’état de la situation, parfois même plusieurs fois par jour, que vous remplissez cette mission avec lucidité, avec sang-froid, et il en faut beaucoup, avec clairvoyance, avec la maitrise de la force, tout cela nécessite du professionnalisme, du courage, de la compétence, de l’intuition, et surtout une force mentale considérable. Je sais que vous l’avez (...).

- Lire l’intégralité du discours sur le site du ministère de la Défense

65- Déclaration du porte-parole du Ministère des Affaires étrangères - Entretien de M. Laurent Fabius avec le président du Cameroun (30 décembre 2013)

Le ministre des Affaires étrangères s’est entretenu aujourd’hui avec le président du Cameroun au sujet de la situation en République centrafricaine.

Il a remercié M. Paul Biya pour l’action du Cameroun dans le rétablissement de la sécurité et de la stabilité en Centrafrique.

Le ministre des Affaires étrangères a souligné que l’action de la France visait à protéger l’ensemble de la population centrafricaine des exactions commises à son encontre, sans discrimination.

M. Laurent Fabius et le président Paul Biya ont rappelé l’attachement de la France et des États voisins à permettre le rétablissement rapide et durable de la sécurité en République centrafricaine et l’organisation d’élections avant février 2015.

66- Sangaris : réunion des acteurs locaux à Bossangoa

Le 21 décembre 2013, à Bossangoa, le commandant de la MISCA et le commandant du détachement français de la force Sangaris déployé dans la région ont réuni les différents acteurs locaux afin réinstaurer le dialogue dans la ville.

Cette réunion a rassemblé le chef de zone des ex-Selekas, un représentant des anti-Balaka, les représentants de l’Église chrétienne et de la communauté musulmane, des représentants des jeunes de chaque communauté et des différentes congrégations professionnelles.
Toutes les parties se sont retrouvées, conscientes de l’importance de cette assemblée et du rôle de la MISCA et la force Sangaris pour soutenir la médiation.

Les différents échanges ont révélé la volonté de rétablir la paix au sein de la ville, en s’appuyant sur des objectifs clairs : l’application des mesures de confiance, qui visent à empêcher la circulation d’armes en ville ; le retour de la population chez elle ; la sécurité assurée exclusivement par les forces militaires de l’opération Sangaris, de la MISCA et des forces de sécurité centrafricaines (police et gendarmerie) et la reprise de l’activité dans la ville (commerce, marché, éducation, etc.).

A l’issue de cette réunion, des mesures concrètes ont été acceptées par l’ensemble des parties : la poursuite du processus de désarmement de façon impartiale, l’ouverture d’un marché commun chaque mercredi, la mise en place d’un programme de travail hebdomadaire pour sensibiliser la population et enfin le reprise des activités scolaires au plus vite.

Environ 1600 militaires français sont actuellement déployés en République Centrafricaine. Lancée le 5 décembre 2013 par le Président de la République, l’opération Sangaris vise à rétablir une sécurité minimale en République Centrafricaine et à faciliter la montée en puissance de la MISCA ainsi que son déploiement opérationnel.

Sources : EMA

Droits : Ministère de la Défense

67- Déclarations du porte-parole adjoint du Ministère des Affaires étrangères (Paris, 24 décembre 2013)

Q - Comment interprétez-vous les échanges de tirs entre contingents tchadiens et burundais de la MISCA à Bangui ? Est-il vraiment possible de continuer à s’appuyer sur les soldats tchadiens qui, pour empêcher l’interpellation d’ex-Seleka, ont lancé des grenades et ouvert le feu sur les Burundais, théoriquement leurs alliés dans l’opération de désarmement et de rétablissement de la paix ?

R - S’agissant des événements que vous décrivez, il appartient à la MISCA et à l’Union africaine de les confirmer et d’en déterminer les circonstances.

Q - Des manifestations contre l’opération militaire française se poursuivent à Bangui. Quelle est votre réaction ? Que répondez-vous aux manifestants qui comparent Sangaris à l’opération Turquoise au Rwanda ?

R - La force Sangaris intervient en appui de la MISCA et en application du mandat défini par le conseil de sécurité des Nations unies.
Depuis leur déploiement le 5 décembre, les soldats de l’opération Sangaris agissent selon trois principes : l’impartialité, la fermeté et la maîtrise dans l’emploi de la force. Ils le démontrent quotidiennement en contribuant au désarmement de l’ensemble des groupes armés, sans distinction, et en s’interposant pour éviter des violences et exactions./.

68- Union européenne - Point de de presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, à l’issue du Conseil affaires étrangères (Bruxelles, 16 décembre 2013)

(…)

Nous avons abordé la question de la République centrafricaine, sur la base du rapport que j’ai fait. La position de la France a été soutenue à l’unanimité. L’Europe apporte un appui très important sur le plan humanitaire. D’autre part, un certain nombre de pays ont déjà décidé de nous accompagner sur le plan logistique. D’autres feront d’avantage encore, y compris sur le plan directement militaire, comme nous le verrons dans les heures et dans les jours qui viennent. Cette question sera à nouveau évoquée par le président de la République au cours du Conseil européen qui aura lieu à la fin de cette semaine. D’une manière générale, la position de la France sur la Centrafrique a été vraiment soutenue par tout le monde et ce soutien est concret.

Q - Quels pays vont soutenir la France ?

R - Un certain nombre de pays sont engagés sur le plan logistique, notamment à travers l’envoi d’avions : le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne. J’évoquerai, en temps voulu, d’autres pays qui envisagent non seulement un soutien logistique, mais également directement militaire./.

69- Limogeage de trois ministres (16 décembre 2013)

La France est préoccupée par le limogeage de trois ministres, ainsi que du directeur du Trésor, annoncé hier par Michel Djotodia, sans le contreseing du Premier ministre Nicolas Tiangaye. Cette initiative, prise en contradiction avec la charte constitutionnelle de la transition et les accords de Libreville, est de nature à aggraver encore l’instabilité en République centrafricaine.

Il est indispensable que le cadre de la transition, et notamment les prérogatives du Premier ministre, soient respectés.

La France rappelle que la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations unies ouvre la voie à des sanctions contre les personnes qui enfreignent les accords de transition ou dont l’action a pour effet de menacer ou d’entraver le processus politique.

70- Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec « I-télé/Europe1 » (Paris, 15/12/2013)

Q - Est-il vrai que l’avion présidentiel a été ou aurait été menacé sur l’aéroport de Bangui par les milices Seleka ?

R - J’étais dans cet avion présidentiel et nous avons passé toute la soirée et une partie de la nuit à Bangui. Je n’ai absolument pas entendu parler de cela.

Q - Vous auriez été au courant ?

R - oui.

Q - Et le président de la République ne l’a pas su non plus ?

R - Nous étions ensemble.

Q - On nous dit que les 1.600 militaires français ne savent pas quelle est aujourd’hui la véritable mission en Centrafrique.

R - Bien sûr qu’ils le savent et ils font un travail admirable. Nous avions décidé, avec le président de la République, d’aller à Bangui au début de la semaine. Nous avons ensuite appris dans la nuit que deux jeunes soldats français de 22 et 23 ans avaient été tués.

Le président a rassemblé tous les soldats qui étaient là, sous les ordres du général Soriano qui est un homme remarquable. Il s’est adressé à eux et il y avait une émotion extrêmement forte. Nous avons ensuite discuté avec ces soldats admirables et nous avons parlé de leur mission.

Quelle est cette mission ? Premièrement, le désarmement impartial. Si la France n’était pas intervenue, avec d’autres pays africains, la République centrafricaine aurait sombré dans la guerre civile et interreligieuse.

Je comprends que les Français se disent que c’est loin, que cela peut coûter cher, mais quand vos amis sont sur le point d’être massacrés, quand l’Organisation des Nations unies, à l’unanimité, vous demande d’intervenir, la France a la responsabilité de le faire.

Vous allez là-bas pour désarmer de manière impartiale. Vous allez là-bas pour aider l’action humanitaire et vous allez là-bas pour préparer la transition démocratique.

Q - Avec 1.600 soldats, sur un mandat limité dans un pays aussi immense que la Centrafrique, comment faire ?

R - Il y a 1.600 Français et 6.000 soldats africains.

Q - Ils sont peu opérationnels !

R - Vous n’êtes pas allé là-bas. Je m’y suis rendu deux fois. J’y suis allé il y a trois semaines et je peux vous dire que ces soldats sont courageux. On ne peut pas être là, assis, et dire qu’ils ne sont pas bons. Je vous le dis, ce sont des gens formidables.

Nous sommes dans ce pays pour l’assistance humanitaire, le désarmement impartial et la préparation à la transition démocratique.

Q - Vous dites qu’il faut les désarmer d’une manière impartiale, mais on a désarmé d’abord les musulmans, ce qui a permis aux chrétiens d’aller tuer des musulmans.

R - C’est inexact. Il y a des musulmans qui composent un groupe qu’on appelle « l’ex-Seleka ». Ce groupe été dissous, en théorie, par le président actuel, M. Djotodia qui est leur ancien chef. Mais ils conservent des armes. Donc la première tâche, c’est d’aller les désarmer.

Mais il y a aussi des chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants, qui disposent également d’un certain nombre d’armes, notamment des machettes. C’est extrêmement dangereux aussi, et il convient de les désarmer.

Nous ne sommes pas seuls. Hier, Jean-Yves Le Drian, qui était en mission en RCA, est revenu à Paris. Je me suis entretenu avec lui. Il m’a dit que les patrouilles étaient constituées de soldats français et africains, avec des Congolais et des Tchadiens.

Q - C’est très dangereux ; on l’a vu lorsque nos deux soldats sont morts. Est-ce qu’il ne va pas y avoir un enlisement et de plus en plus de victimes françaises ou africaines lors de ce désarmement, qui doit se faire personne par personne, bloc par bloc ?

R - Il est vrai que c’est une tâche très difficile, mais c’est la mission qui nous a été donnée par l’Organisation des Nations unies et l’Union africaine. La semaine dernière à Paris, 52 pays d’Afrique, à l’unanimité plus le Secrétaire général des Nations unies et les dirigeants européens ont salué l’engagement de la France.

Q - Il n’y a pas trop de missions pour la France. Finalement, on a l’impression qu’il n’y a que la France qui doit aller au Mali, qui doit aller en Centrafrique !

R - C’est en effet un problème important. La France n’est pas le gendarme de l’Afrique mais il se trouve que pour le moment - et nous travaillons à ce que cela change- la France est le seul pays qui dispose des forces capables d’intervenir en nombre.

Il faut changer cela, c’est la raison pour laquelle nous avons décidé avec les Africains de mettre sur pied ce qu’on appelle « une force interafricaine d’action rapide ». Elle sera capable d’ici deux ans d’intervenir dans ce type de crise.

Pourquoi n’y a-t-il pas d’armée africaine suffisamment solide ? Tout d’abord parce que cela coûte cher et souvent les budgets de ces États sont insuffisants ; ensuite, parce qu’un certain nombre de dirigeants africains hésitent à créer une armée parce qu’ils redoutent que les chefs d’armées ne se retournent contre eux. Il faut donc une force interafricaine. Nous allons la mettre sur pied avec les Européens et les Africains.

Nous avons demandé bien évidemment de ne pas être seul. Près de 6.000 militaires et policiers africains seront bientôt déployés en République centrafricaine. Ensuite, il y a les Européens. Je ne serai pas étonné qu’ils renforcent leur présence. Les Polonais seront notamment avec nous sur le plan logistique, de même que les Britanniques, les Allemands, les Espagnols et les Belges. Demain, j’irai au Conseil des ministres des affaires étrangères et je demanderai qu’il y ait un concours plus solide, plus fort, y compris sur le terrain et sur le plan financier.

Q - Ils donnent des hommes ?

R - Deux pays sont en train de s’interroger, j’espère qu’ils le diront.

Le problème que vous soulevez à juste titre, c’est qu’il n’existe pas encore d’Europe de la défense. Nous souhaitons qu’elle puisse exister. Il y a des unités qui pourraient intervenir. Actuellement, elles sont dirigées par les Britanniques mais cela change tous les six mois. Dans ce cas précis, ils disent que ce n’est pas suffisamment européen et qu’il n’y a pas eu suffisamment de délibérations.

En Europe, la France n’est pas seule et nous ne pouvons pas, en matière de souveraineté, obliger les autres pays à être présents. Dans l’immédiat, en République centrafricaine, l’urgence reste cependant de venir au secours d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont en train de mourir.

Q - Il faudra augmenter le contingent ?

R - Non, nous ne l’augmenterons pas. Il y a 4,5 millions de personnes en Centrafrique, près de la moitié sont en situation de pré-famine et il n’y a que sept chirurgiens. Il faut donc que la France, l’Europe, les Africains et la communauté internationale se mobilisent. Quand on représente la France et que l’on voit ses amis se faire massacrer, on agit.

Q - Alors qui peut aider sur le plan humanitaire ? Il y a la famine, la nourriture à apporter. Est-ce qu’il n’y a pas un appel à lancer au monde ?

R - Il y a l’Europe et les Nations unies. Vous vous rappelez que c’est François Hollande le premier qui, à la tribune des Nations unies, a dit au mois de septembre dernier, qu’il fallait s’occuper de la Centrafrique.

Q - Il l’avait dit le 29 août aussi devant les ambassadeurs et avec vous.

R - Tout à fait.

Q - Mais est-ce qu’on n’a pas fait une erreur en laissant tomber M. Bozize il y a neuf mois ?

Aujourd’hui, il faut régler les problèmes d’aujourd’hui. Que fait-on pour ceux qui sont en train de mourir de faim.

R - D’abord il faut régler les problèmes d’aujourd’hui.

Il y a un changement par rapport à la pratique précédente de la France, c’est que ce n’est pas la France qui fait ou qui défait les dictateurs. La France est au secours des Africains. Ce n’est pas la même chose.

Q - Alors c’est Djotodia qui est à la tête des Seleka ?

R - Non. Il l’était mais il ne l’est plus, c’est le président de transition. Le Premier ministre est M. Tiangaye.

Q - Est-ce qu’il pourra être candidat aux élections présidentielles ?

R - Non, ils n’auront pas le droit de l’être. C’est ce qui a été décidé par l’Union africaine. Ils ne pourront pas l’être mais il faut préparer la transition démocratique. Donc, je le répète : il faut tout d’abord un désarmement impartial, une assistance humanitaire et la préparation de la transition démocratique. C’est le rôle de la France.

(...)./.

71- Compte-rendu du Conseil des ministres du gouvernement d’Espagne - Autorisation du déploiement et de la participation d’unités militaires espagnoles en soutien à la mission de l’ONU pour la résolution de la crise en République Centrafricaine - Madrid, vendredi 13 décembre 2013)

Le Conseil des ministres a approuvé un accord autorisant, sur proposition des ministres des Affaires étrangères et de la Coopération, et de la Défense, le déploiement et la participation d’unités militaires espagnoles en soutien à la mission des Nations Unies pour la résolution de la crise en République centrafricaine. Cet accord sera remis au Congrès des députés pour sa ratification.

Les unités prévues pour participer aux opérations consisteront en un avion T-10 (C-130) pour contribuer aux transports logistiques de l’opération dans le cadre régional et une unité de maintenance et d’appui du détachement aérien. Le nombre maximum de personnels à déployer, y compris les représentants dans les quartiers généraux, est fixé à soixante.

Cette unité opérera dans un premier temps avec l’appui des installations françaises au Gabon (Libreville) ou au Tchad (N’Djamena).

Le Conseil des ministres a autorisé, de plus, le ministre de la Défense à réaliser les ajustements opérationnels nécessaires à la participation espagnole, en fonction des obligations opérationnelles spécifiques à chaque moment et de la situation sur le terrain.

L’autorisation du Conseil des ministres s’inscrit dans le cadre de la Résolution 2127 du Conseil de Sécurité des Nations unies, adoptée le 5 décembre dernier, autorisant le déploiement de la Mission internationale de soutien à la République Centrafricaine sous conduite africaine (MISCA), pour une période de douze mois, dans le but de contribuer à la protection des civils, au rétablissement de la sécurité et de l’ordre public, de coopérer au rétablissement de l’autorité de l’Etat sur tout le territoire et à la création des conditions permettant l’aide humanitaire et pour favoriser le processus de désarmement et la restructuration des secteurs de la défense et de la sécurité.

(Présidence du Gouvernement espagnol)

72- La France salue la contribution financière des Etats-Unis à la MISCA : déclarations du porte-parole - 11 décembre 2013

La France salue la décision des autorités américaines d’apporter une nouvelle contribution financière à la force africaine en cours de déploiement en République centrafricaine, la MISCA. Ce soutien s’ajoute notamment à celui annoncé par l’Union européenne, d’un montant de 50 millions d’euros.

Cet engagement constitue un soutien important aux efforts mis en oeuvre par les États africains, avec l’appui de la France, pour parvenir à une sortie de crise et venir en aide aux populations de la RCA. Il confirme l’engagement des États-Unis, avec lesquels nous travaillons étroitement depuis le début de la crise, notamment au sein du conseil de sécurité des Nations unies.

La mobilisation de la communauté internationale est indispensable pour permettre à la MISCA d’assurer efficacement les missions qui lui ont assignées par la résolution 2127 (2013) du conseil de sécurité des Nations unies.

73- Entretien du ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, avec « BFM TV » (Paris, 11/12/2013)

Q - Deux soldats français tués en République centrafricaine, c’était dimanche soir, dans quelles circonstances exactes, Jean-Yves Le Drian ?

R - Les soldats Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio étaient partis accomplir une mission de désarmement dans la nuit avec plusieurs de leurs camarades. Il y a eu un affrontement avec des éléments incontrôlés, manifestement de la Seleka. Il y a eu des échanges de tirs violents et ils ont été blessés d’abord, ramenés à l’aéroport où sont basées nos forces et, ensuite, ils sont décédés dans l’antenne chirurgicale.

Je les ai connus ! J’ai beaucoup d’émotion parce qu’il se trouve qu’ils appartiennent au 8e Régiment d’Infanterie de Marine de Castres et j’étais allé à Castres très peu de temps avant. J’avais également vu leurs camarades à Libreville 10 jours avant.

Je pense à leurs familles et à leurs camarades. C’était de très beaux soldats, aguerris, qui en étaient à leur troisième engagement.

Q - Des ex-Seleka ou leur ont tiré dessus. Ce sont des hommes qui soutiennent le président auto-proclamé autoproclamé...

R - Ce n’est pas si simple, la situation est très compliquée ! Il y a eu un coup d’État de Michel Djotodia, appuyé par des groupes armés, des milices venant d’une partie du territoire mais aussi d’autres pays. Le chef de transition du gouvernement, M. Djotodia, a désavoué une partie de ses forces, mais il y a quand même une partie qui reste sous son autorité. Il faut désarmer, autrement la situation sera ingérable. Il faut désarmer tout le monde, à la fois les différentes milices qui se réclament de la Seleka - qu’elles soient intégrées ou pas aux forces armées de Centrafrique - et les anti-Balaka qui sont des milices chrétiennes, plus ou moins organisées, qui ripostent aux éléments de la Seleka.

Il y a une tendance lourde à l’affrontement confessionnel qu’il faut absolument éviter. Cela passe par le désarmement de tous. La mission des forces africaines est d’engager le désarmement et de le réaliser le plus vite possible.

Q - C’est une mission militaire ou une mission de police ?

R - On ne peut pas dire que ce soit une mission de police. Lorsque vous avez des troupes armées de cette manière, même si l’armement est plutôt léger - en tout cas elles sont toutes armées - c’est une mission militaire qui doit permettre le rétablissement d’une solution politique indispensable et qui doit voir le jour en 2014.

Q - Le père de l’un des deux soldats tués raconte dans Le Parisien ce matin : « on avait échangé par SMS le jour même, dimanche. Il m’avait décrit ce qu’il avait vu dans la Journée. Il avait assisté à des scènes atroces. Dès que les soldats Français désarmaient des miliciens musulmans ils les voyaient se faire lyncher par une foule de chrétiens en pleine rue et l’armée ne pouvait rien faire pour empêcher cela ».

R - Il y a eu des massacres, il y a peu de jours, qui ont été initiés par les groupes de la Séléka. Il y a des représailles, des revanches, des règlements de compte qui s’effectuent dans une situation très tendue, avec des relents d’affrontements confessionnels. Il y a aussi des gens dans le dénuement, des pillages parce que ce pays est extrêmement pauvre. Ces populations ont subi la terreur, des violences depuis plusieurs mois. On connaît cette situation depuis déjà plusieurs mois, mais elle n’était pas médiatisée. Aujourd’hui, elle l’est et tout le monde prend conscience de la gravité de la situation de ce pays.

Lorsque François Hollande est allé aux Nations unies, en septembre dernier, alerter l’opinion internationale sur le drame qui se joue en Centrafrique, honnêtement, personne n’en parlait beaucoup. Heureusement, maintenant on en parle et on le voit.

Q - C’est une mission très difficile. Vous avez dit au début : « la mission sera courte ». L’intervention va durer quand même au moins quelques mois ?

R - Non ! Je n’ai jamais dit que l’intervention durerait trois jours. L’opération militaire prendra du temps de toute façon.

J’entends ici ou là qu’il faut aller plus vite, mais on a commencé à désarmer que depuis lundi. Il faut donc assurer le désarmement systématique avec le soutien des forces africaines, de l’ensemble des acteurs, de toutes les milices.

Les forces françaises et les forces africaines sont mandatées par la communauté internationale, par les Nations unies, pour faire en sorte que la sérénité, la sécurité reviennent dans ce pays. Il faut désarmés et, ensuite, on pourra rétablir la sécurité, les éléments fondamentaux d’un état qui est aujourd’hui dans l’inexistant pour permettre une solution politique.

Q - Ca va durer...

R - J’ai donné l’indication de six mois, c’est une indication significative qui devrait permettre à la France...

Q - Dans six mois la situation sera rétablie ?

R - Je ne peux pas vous le dire, ce n’est que le début mais c’est l’objectif.

On ne peut pas dire au début d’une intervention que l’on va arrêter tel jour à telle heure. D’autant plus que la responsabilité de la France dans cette affaire c’est aussi de faire en sorte que les forces africaines assurent le relais. Pour l’instant, les forces africaines qui forment la MISCA, sont de l’ordre de 2.500 à 3.000 militaires. Les chefs d’État et de gouvernement africains, qui ont été réunis par le président de la République à Paris samedi dernier, ont décidé d’augmenter leur présence et de faire en sorte qu’il y ait 6.000 militaires au sein de la MISCA. Ce nombre est d’ailleurs mandaté par les Nations unies.

Q - Ce matin, j’avais notre envoyé spécial sur place à Bangui qui nous racontait que la population centrafricaine ne faisait pas confiance à cette force africaine ; les civils ont peur des soldats que beaucoup de Centrafricains considèrent comme des alliés du pouvoir en place, vous savez bien, ils sont musulmans...

R - Il y a un état-major des forces africaines qui travaille désormais avec l’état-major français du général Soriano. Il y a des officiers Français dans l’état-major des forces africaines qui vont avoir un nouveau commandant dans quelques jours, un général camerounais. Les forces camerounaises, tchadiennes, gabonaises, angolaises sont des forces armées sérieuses, mais ils ont besoin d’être secondées par les forces françaises. C’est ce que nous faisons.

Demain il y aura des forces armées du Burundi, après-demain d’autres pays africains. Je pense qu’il y a une prise de conscience de la part des chefs d’État et de gouvernement africains de leurs responsabilités et du fait que, s’il y avait permanence d’un état failli en Centrafrique, c’est leur propre sécurité qui serait remise en cause, d’où la nécessité de rétablir une solution politique au cours de l’année 2014.

Dans la feuille de route qui avait été donnée par les chefs d’État et de gouvernement de la région à Libreville et N’Djamena, il avait été dit qu’il faudra des élections en 2015. Ils ont décidé d’accélérer - et ils ont raison - mais il faut remettre en place un processus, c’est-à-dire qu’il faut reconstituer l’état civil.

Q - Donc, l’élection en 2015...

R - Les élections sont prévues en 2014. Elles étaient prévues en 2015, mais les chefs d’État et de gouvernement africains ont décidé de les avancer en 2014. Cela est très bien ! Mais avant cela, il faut que la sécurité revienne et cela passe par le désarmement.

Q - La visite de François Hollande était-elle opportune ?

R - C’est le chef des armées. Il envoie les forces en Afrique. Il prend des risques avec ces forces. Il est en Afrique, il est normal qu’il s’arrête les saluer. C’est quand même la moindre des choses, c’est le bon sens, c’est de sa responsabilité.

Q - Pourquoi sommes-nous seuls en Afrique, pratiquement seuls ?

R - Mais nous ne sommes pas seuls, je vous l’ai dit tout à l’heure.

Q - J’oublie les forces africaines, enfin je les oublie, mais l’Europe...

R - Je ne vois pas pourquoi on les oublierait ! Nous ne sommes pas seuls, non seulement parce qu’il y a les forces africaines, mais aussi parce que nous sommes mandatés par les Nations unies et par la communauté internationale. Avec les forces africaines, le mandat est clair.

Nous sommes mandatés par les Nations unies, par la communauté internationale. Nous respectons ce mandat destiné aux forces africaines et à la France. Nous réagissons tout de suite. Dès que le mandat a été donné, nous sommes intervenus, parce qu’il fallait intervenir immédiatement, en raison des violences et des massacres que vous connaissez et qui sont maintenant médiatisés ; il y en a eu d’autres avant qui n’étaient pas connus. Il fallait agir vite et nous sommes maintenant en discussion nos amis européens. Nous aurons des soutiens européens dans le cadre de cette mission.

Q - Est-ce que vous ne regrettez pas quand même son absence, franchement soyons honnêtes ?

R - Je pense que les Européens seront au rendez-vous. Ils ont commencé à nous soutenir : les Britanniques, les Belges, les Danois, les Polonais... Ce ne se fait pas en trois jours.

Q - Oui ! Eh bien nous on y va.

R - Il y a un mandat des Nations unies destiné aux forces africaines et à la France. Les forces africaines et la France sont au rendez-vous. Maintenant, je souhaite que d’autres viennent s’associer à notre démarche. Les contacts que j’ai avec mes collègues européens sont plutôt positifs. Je pense que les Européens seront au rendez-vous.

Q - Un fonds européen d’opérations extérieures, un fond qui financerait ces opérations, qui participerait au financement de ces opérations ?

R - Ce qu’il faut créer en priorité, c’est une force d’intervention africaine. La sécurité des Africains doit être prise en charge par les Africains eux-mêmes. Avec le soutien de la France et de l’Europe pour la mise en oeuvre de ces forces africaines.

Dans le cas précis de la République centrafricaine, la logique aurait été que la force d’intervention qui agit maintenant - et c’est le cas de la France en particulier - soit assumée par une force africaine d’intervention rapide, les chefs d’État et de gouvernement africains lors du Sommet Paix et Sécurité ont décidé de le faire, tant mieux. Il est temps, il est bien que les Africains prennent conscience que leur sécurité doit être une sécurité collective et ne doit pas être une sécurité attentive, de patience, par rapport à une initiative complémentaire, d’assistance de la France.

Q - Que pensez-vous de cette idée d’un fonds européen permettant de financer ces opérations extérieures ?

R - Le problème, ce n’est pas le financement des opérations extérieures, c’est la volonté politique européenne d’intervenir, le chemin. Je pense que l’Europe sera à ces rendez-vous.

Q - Il y a bientôt un sommet européen...

R - Oui, la semaine prochaine. C’est une question qui peut être posée intelligemment sur la manière dont ce qu’on appelle les groupements tactiques, c’est-à-dire des forces qui sont en réserve, en attente d’intervention sur du théâtre extérieur puissent être mobilisées...

Q - Pourquoi ne pas le boycotter si l’Europe ne met pas la main à la poche ?

R - La question ne se pose pas comme ça ! Il faut construire l’Europe de la défense...

Q - Mais vous êtes déçu par l’attitude européenne ?

R - Non ! Les Européens vont répondre aux demandes que nous leur formulons dans le cadre d’une résolution des Nations unies. Je redis que c’est une résolution des Nations unies qui va bien au-delà de l’Europe, et que la force africaine qui va de mettre en place sera de nature à assurer la transition politique nécessaire.

Q - Combien vont coûter les opérations extérieures pour l’année 2013 ?

R - 1,2 milliard d’euros en 2013, dont 450 millions provisionnés.

Q - Et la différence, vous prenez où ?

R - Il faut mettre les choses très clairement. En 2013, les dépenses d’opérations extérieures ont été d’1,2 milliard. Pourquoi ? Parce qu’il y avait l’Afghanistan, il y a eu le Mali et il y a une présence française, notamment au Liban, qui se maintient. Une partie de cette enveloppe est abondé par le budget de la Défense ; le surcoût est assuré collectivement et mutualisé au niveau de l’État. Les investissements du budget de la défense ne sont pas impactés.

Q - Ça ne coûte rien au budget de la défense ?

R - Au budget de la défense, c’est partagé, c’est de la responsabilité collective.

Q - Cela a coûté 1,3 milliard en 2012, je crois, on est à 1,2 milliard en 2013...

R - Cela coutera moins en 2014, puisque nous sommes en diminution au Mali et que nous sommes quasiment partis d’Afghanistan. Nous avons provisionné 450 millions d’euros. L’opération centrafricaine est beaucoup moins onéreuse. Je ne peux pas identifier précisément le coût maintenant parce qu’on ne connaît pas la durée de l’intervention, mais l’opération est beaucoup moins onéreuse que celle du Mali.

Q - Elle est plus difficile ?

R - Oui, beaucoup plus difficile. Elle est moins onéreuse parce que cela demande moins d’armement, moins de transports, moins de logistique... Mais elle est beaucoup plus délicate parce que l’identification de l’adversaire n’est pas simple et qu’il y a des éléments de la Seleka, voire même des anti-Balaka, qui se fondent dans la population. C’est pour cela qu’il faut désarmer et le désarmement de population dans un milieu urbain, avec des hostilités et des volontés de représailles de part et d’autre, c’est un travail extrêmement délicat. Il faut, de la part de nos soldats, de la vigilance, du courage, de la minutie dans l’intervention, c’est ce qu’ils font.

Q - Les 1.600 hommes ne sont pas encore totalement en place.

R - Ils sont quasiment déployés à l’heure actuelle.

Q - Cela suffit 1.600 ?

R - Dans l’état actuelle des choses, pas plus, dans la mesure où parallèlement les forces africaines se renforcent et qu’il y a une bonne coordination qui se met en place entre l’état-major français et l’état-major africain.

(...)

Q - À propos de cette intervention en République centrafricaine, pourquoi est-ce que nous y sommes allés. Nous y sommes allés, vous l’avez expliqué, pour rétablir l’ordre, pour mettre en place... mais, est-ce que nous n’avons pas d’intérêts, quels sont nos intérêts, j’oublie les intérêts stratégiques et militaires, quels sont nos intérêts économiques ?

R - C’est un des pays les plus pauvres du monde. Honnêtement, nos intérêts économiques sont extrêmement marginaux. En revanche, notre intérêt, c’est la sécurité, notre sécurité. Il y a un chaos humanitaire, une émotion par rapport à ce que l’on voit dans les images à la télévision, les assassinats, les enfants qui meurent, etc., il y a cette compassion, mais il y a aussi le fait que s’il y avait au centre de l’Afrique un État failli, un désordre permanent, ce serait l’ouverture à tous les terrorismes possibles. Dans la région, vous avez Boko Haram, vous avez à côté des chefs de guerre congolais à l’Est de la République centrafricaine qui ne demandent qu’à faire de cet État une base de départ pour d’autres aventures...

Q - Il y a aussi du pétrole, de l’uranium, des diamants...

R - C’est très peu, ce n’est vraiment pas le sujet. Le sujet c’est la sécurité de notre pays./.

74- Message du président de la République, M. François Hollande (Bangui, 10 décembre 2013)

Amiral,
Mon Général,
Officiers, Sous-officiers, Soldats,

Je viens de me recueillir devant les dépouilles mortelles de vos camarades Antoine Le Quinio, 22 ans, Nicolas Vokaer, 23 ans, qui sont tombés au combat dans une opération, la nuit dernière dans les rues de Bangui.

Marsouins, parachutistes du 8ème RPIMA de Castres, ils avaient rejoint la Centrafrique samedi conformément aux ordres que j’avais donnés dans le cadre de l’opération Sangaris.

Je m’incline devant leur sacrifice. J’exprime à leur famille la solidarité de la Nation. Je partage avec vous leur chagrin. Je mesure en cet instant-même, en vous regardant, votre émotion.

Antoine et Nicolas sont morts pour la France, pour une noble et belle mission. Ils ont donné leur vie pour en sauver d’autres. Car tel est le sens de votre présence ici en Centrafrique, sauver des vies !

Vous agissez dans le cadre d’une résolution du conseil de sécurité des Nations unies, qui a donné mandat à une force africaine pour rétablir l’ordre, la sécurité dans un pays meurtri, pour également protéger les populations et pour permettre la transition démocratique, c’est-à-dire, un jour, qui doit être proche, la tenue d’élections.

La France a décidé de soutenir cette force et c’est pourquoi vous êtes ici. Il était temps d’agir. Il allait bientôt être trop tard. Ici-même à Bangui, près de 400 personnes ont été tuées en deux jours la semaine dernière. Le bilan n’est sans doute pas complet. Depuis des semaines des massacres étaient perpétrés, des violences affreuses étaient commises à l’égard des femmes et des enfants. Les affrontements prenaient et prennent encore une dimension religieuse avec le risque d’aboutir à une guerre civile.

Il n’était plus temps de tergiverser, plus temps de s’interroger sur l’opportunité ou même la durée de cette opération. Il fallait tout simplement - et j’en ai pris moi-même la décision - oui, tout simplement intervenir pour sauver autant de vies qu’il était possible et prévenir les carnages qui s’annonçaient.

C’était le devoir de la France. C’est aussi son droit puisqu’elle est soutenue par l’ensemble de la communauté internationale, par l’ensemble des pays africains.

Samedi dernier, les dirigeants de toute l’Afrique étaient à Paris, préparant des décisions pour qu’un jour l’Afrique puisse assurer elle-même sa sécurité. Que nous disaient-ils ces chefs d’État ou de gouvernement de toute l’Afrique, dans sa diversité ? Que la France vienne, que la France soit là, que la France soit présente, pour la Centrafrique et pour permettre que des vies humaines puissent être sauvegardées.

Vous êtes ici rassemblés, représentant la force sous l’autorité et le commandement de votre Général que je salue. Vous êtes ici 1.600 en Centrafrique. Vous n’avez pas vocation à être plus nombreux dans les semaines qui viennent car vous accompagnez une force africaine qui elle, sera de plus en plus nombreuse. Elle est aujourd’hui d’un effectif de 3.000, il est quasi sûr que cette force atteindra 6.000 soldats dans peu de semaines.

Quel est votre objectif ? Votre objectif est de désarmer les milices et les groupes, de les cantonner et d’éviter les affrontements. C’est une tâche périlleuse. La mort d’Antoine Le Quinio et de Nicolas Vokaer nous le rappelle douloureusement. Le danger est là, partout. Trop d’armes circulent dans ce pays, trop de haines se sont accumulées, trop de vengeances se sont entretenues. Alors c’est vous, vous soldats français, qui incarnez l’ordre mais également la délivrance.
Soyez fiers, et vous pouvez l’être, d’être accueillis par une population africaine, une fois encore, comme des libérateurs. J’ai vu ces images à la télévision, de ces femmes, de ces enfants qui balayaient la route pour que vos véhicules aillent plus vite pour rejoindre Bangui et qui vous faisaient des signes qu’il était temps que vous arriviez.
Je connais vos qualités professionnelles, vos qualités humaines aussi. Vous en avez fait la preuve sur de nombreux théâtres, les uns, les autres. Encore récemment au Mali.

Partout, c’est vous qui avez ramené sur ces opérations la paix civile et porté assistance aux plus fragiles, aux plus démunis, aux plus faibles. La France, ici en Centrafrique, ne recherche aucun intérêt pour elle-même, n’a aucun avantage à tirer d’une présence, ne prétend d’ailleurs à aucune influence injustifiée. La France entend simplement porter secours à une population menacée par des bandes sans scrupules et des groupes sans morale. Ceux-là même que vous devez désarmer.

La France vient défendre avec vous la dignité de la vie humaine.
Je connais les questions qui, dans ces circonstances, sont toujours posées. La première, c’est pourquoi nous sommes les premiers, nous la France, à venir soutenir un pays en détresse. Mais nous sommes les premiers parce que nous sommes la France. Oui, la France, avec son histoire, avec ses valeurs, avec ses principes, avec son armée, avec ses capacités.

Et loin de nous affliger cette situation d’être les premiers, nous devons être fiers que la France soit une nouvelle fois attendue et espérée. Oui, fiers que l’on puisse regarder l’arrivée de troupes françaises comme une aspiration, comme une libération. Nous montrons aussi l’exemple et, ici en Centrafrique, les Européens vont bientôt nous rejoindre. Ils mettent déjà à disposition des moyens matériels, une logistique, apportent des financements, et notamment à cette force africaine. Bientôt, vous serez intégrés dans ce que l’on appelle une force de maintien de la paix sous la responsabilité des Nations unies. Voilà ce qu’aura permis la France, être les premiers pour sauver.
Puis, une autre question est posée, elle est légitime, c’est la durée de notre présence. Combien de temps allez-vous rester ? Nous avions une obligation : intervenir vite et fort. C’est ce que vous avez fait. Ensuite, il nous reviendra, avec la force africaine, qui va elle-même monter en régime, de désarmer les groupes, de rétablir l’autorité civile et de préparer la transition politique, les élections. Nos effectifs, à ce moment-là, pourront être progressivement réduits.

Si je prends une comparaison, et elle doit être forcément prudente, avec ce que nous avons fait au Mali lorsque j’avais pris la décision, c’était le 11 janvier, personne ne pensait qu’il serait possible d’organiser des élections sept mois plus tard. Un président a été élu dans des conditions transparentes. En ce moment-même se tient le second tour des élections législatives au Mali. Nos effectifs vont être réduits. Il en sera de même pour la Centrafrique. Grâce à votre courage, grâce à votre action, nous aurons sécurisé ce pays. La force africaine prendra le relais et il ne sera plus besoin d’avoir un niveau de présence comme nous le connaissons aujourd’hui.

Cet après-midi-même, conformément à la Constitution de la République, le Parlement a été informé de la situation en Centrafrique. Il aura à se prononcer dans quatre mois sur le maintien de nos troupes ici, en fonction de la situation.

Mais, d’ores et déjà, je sais que les principales forces politiques de notre pays appuient la décision que j’ai prise et dont j’assume la responsabilité. Je tenais, ici, à les en remercier.

Les Français eux-mêmes sont derrière vous parce que vous êtes l’armée, parce que vous êtes la France. C’est vrai qu’il y en a qui doutent, qui se posent eux-mêmes un certain nombre de questions. Je veux leur dire que dans ces moments difficiles, la France doit plus que jamais rester la France, être la France, c’est-à-dire celle que l’on appelle, que l’on espère, que l’on attend, celle qui libère, celle qui donne des droits, celle qui permet l’expression des peuples.

C’est pourquoi, grâce à vous, la France compte dans le monde. Non pour le conserver tel qu’il est avec ses injustices et ses violences, mais pour le faire avancer vers la démocratie, vers le droit des peuples et vers l’égalité auxquels les femmes et les hommes de tout pays aspirent.

Avant de vous retrouver, ici en Centrafrique, je participais avec le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, la garde des Sceaux, Christiane Taubira, avec des nombreuses personnalités, y compris l’ancien président Nicolas Sarkozy, à l’hommage rendu, en Afrique du Sud, à la grande et belle figure de Nelson Mandela. Je veux retenir un des messages qu’il nous laisse en cet instant : ce qu’il y a de plus difficile à réaliser, ce n’est pas de faire cesser un conflit, ni même d’abattre une dictature. Ce qu’il y a de plus difficile à faire, c’est de réconcilier un peuple qui s’est déchiré.

C’est la mission qui est la vôtre. Nous devons réussir cette mission. La réussir, pour l’avenir de la Centrafrique. La réussir, pour l’honneur de la France. La réussir, pour la mémoire d’Antoine Le Quinio et Nicolas Vokaer. La réussir, pour ce que nous avons à faire, ce que vous avez à réaliser, c’est-à-dire la mission qui vous a été confiée par les Nations unies, par l’Afrique, par la France. Cette mission est belle, elle et la vôtre, elle est grande et je suis sûr de votre succès.
Vive la République et vive la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

75- Mort au combat de deux soldats français à Bangui : communiqué de la présidence de la République (10/12/2013)

Le Président de la République a appris avec une profonde tristesse la mort au combat, la nuit dernière à Bangui, de deux soldats français du 8ème régiment de parachutistes d’infanterie de marine de Castres. Ils ont perdu la vie pour en sauver beaucoup d’autres.
ll adresse avec émotion ses sincères condoléances à leur famille et à leurs proches et les assure de la solidarité de la Nation dans ces douloureuses circonstances.
Le chef de l’État exprime son profond respect pour le sacrifice de ces deux soldats et il renouvelle sa pleine confiance aux forces françaises engagées, aux côtés des forces africaines, pour rétablir la sécurité en République centrafricaine, protéger les populations et garantir l’accès de l’aide humanitaire.

76- Entretien de M. Laurent Fabius avec « France Inter » (Paris, 09/12/2013)

Q - Aujourd’hui doit débuter le désarmement des milices en Centrafrique. Les troupes françaises sont-elles déjà au contact de ces combattants ?

R - Oui, bien sûr. Ce matin va commencer le désarmement de l’ensemble des milices. Nous allons là-bas, avec les autres pays africains, pour rétablir la sécurité, pour permettre de faire face au défi humanitaire, pour engager la transition démocratique. Cela demande évidemment que les milices soient désarmées. Ce n’est pas un travail facile mais nos militaires sont très professionnels et préparés.

Q - Votre collègue, Jean-Yves Le Drian, disait hier soir : « on va d’abord leur demander gentiment de désarmer et puis après, on emploiera force si cela ne marche pas ».

R - On a expliqué aux uns et aux autres - cela a été dit à travers les différents médias disponibles - qu’il fallait ramener les armes. Le président Djotodia a dit la même chose. On va donc aller au contact et puis, si cela n’est pas suffisamment efficace, la force sera employée.

La difficulté, c’est que beaucoup de membres des milices et en particulier celle de l’ex-Seleka - ont enlevé leur treillis et se sont mis en civil. Il va donc falloir demander les armes, mais il est évidemment difficile de reconnaître les individus.

Q - L’opinion est partagée, d’après les premiers sondages, sur cette intervention. Quels sont les intérêts que la France défend en Centrafrique ?

R - Le problème c’est que les sondages dont vous parlez n’ont pas été faits au même moment. Il faut donc être honnête. Le premier a été fait avant l’intervention. Une majorité des sondés se prononcent contre cette intervention. Cela se comprend. Les gens ne connaissent pas la Centrafrique. Le deuxième, qui a été fait après l’intervention, donne en revanche une légère majorité en faveur de l’intervention.

Q - Très légère, 51 %. C’est pour cela que j’ai parlé d’opinion partagée, sans rentrer dans le détail des chiffres.

R - Oui, mais il est important d’entrer dans le détail parce qu’on peut aussi manipuler l’opinion. Il me semble que le sentiment qui prédomine dans l’opinion, c’est qu’il est normal que l’on se montre solidaire et généreux. Il y a des gens qui se font massacrer, il faut être présent. En même temps, ces sondages montrent également la perception d’une partie de l’opinion vis-à-vis d’une seconde intervention après celle au Mali, qui plus est dans un pays éloigné et peu connu.

Quels intérêts défendons-nous concrètement ?

Premièrement, je souhaite à nouveau rappeler qu’il y a des gens qui sont en train de se faire assassiner dans un pays proche du notre du fait de son histoire. On ne peut pas laisser les gens se faire assassiner.

Deuxième point, il n’est pas inutile de rappeler que notre intervention se fait à la demande des Africains mais aussi de la communauté internationale. Notre intervention s’inscrit dans le cadre d’une résolution des Nations unies qui a été votée à l’unanimité la semaine dernière.

Troisièmement, être présent en Afrique qui est le continent du futur, y compris pour nous, signifie bien sûr d’être là quand c’est difficile.

Q - Donc, ce ne sont pas des intérêts que nous défendons mais des valeurs, vous diriez cela Laurent Fabius ?

R - Nous défendons des valeurs, mais aussi nos intérêts - pas au sens matériel. Regardez une carte de géographie, vous avez à l’Ouest l’Amérique, à l’Est l’Asie et puis vous avez un continent euro-africain qui est le continent dans lequel nous devons être très présent et qui est un continent d’avenir.

Q - Vous avez dit euro-africain et pas franco-africain, or on ne sait pas où est l’Europe dans cette histoire.

R - L’Europe va être essentiellement présente sur le plan financier. Elle s’est engagée à contribuer à hauteur de cinquante millions d’euros.

Il y aura aussi une aide en matière logistique. Les Anglais ont, par exemple, mis un avion de transport à notre disposition. Les Allemands, les Belges et les Espagnols vont aussi nous aider.

Il est vrai cependant que l’on constate que l’Europe de la défense n’existe pas. On le regrette mais elle n’existe pas.

Q - Ce n’est pas une question de logistique simplement aussi, c’est une question de volonté politique...

R - Oui, c’est tout à fait vrai parce que nos voisins européens considèrent que les Français sont plus efficaces.

Mais la France n’a pas vocation à intervenir sans cesse en Afrique ... La solution aux problèmes de sécurité en Afrique doit venir des Africains eux-mêmes. Nous en avons discuté tout le week-end avec les quarante chefs d’État africains, qui étaient présents à Paris pour le sommet que la France a organisé sur la paix et la sécurité en Afrique. Il est nécessaire que soit mise en place dans le futur une force panafricaine de réaction aux crises avec notre soutien et celui de l’Europe. Je le répète, ce n’est pas à la France d’intervenir à chaque fois.

Q - Mais ils sont mal équipés et pas forcément formés pour ces opérations.

R - Mais, c’est la solution.

(...)

Q - Donc on sait que les interventions militaires coûtent cher, donc en période de crise cela va sans doute coûter encore un peu plus d’impôts pour l’ensemble des Français ?

R - Il est vrai qu’en général les interventions ont un coût. Celle-là, aura un coût minime puisque nous utilisons des troupes qui étaient déjà présentes dans les pays voisins. D’autre part, l’Europe va financer tout cela. Il faut également avoir à l’esprit le coût qu’aurait une absence d’intervention. Ne pas intervenir reviendrait encore plus cher. Dans ce genre de situations, il est inenvisageable de laisser faire. Mieux vaut que cela arrive avant que la situation ne se dégrade encore davantage avec des milliers voire des dizaines de milliers de morts. Il n’y a pas par ailleurs que l’aspect financier. La France doit rayonner et remplir ses devoirs internationaux.

Q - Les règles économiques qu’on impose à l’Afrique n’ont-elles pas réduit le poids de l’État et favorisé l’instabilité ?

R - Il est vrai qu’il y a un rapport très étroit entre la sécurité et le développement. S’il n’y a pas de sécurité, il ne peut pas y avoir de développement ni d’investissements. S’il n’y a pas de développement, il ne peut pas y avoir de sécurité parce que la pauvreté entraine l’insécurité.

Il y a une action à mener sur ces deux plans. Il faut renforcer la sécurité de ces pays et c’est souvent au niveau interafricain qu’il faut le faire parce que les pays hésitent à consacrer des budgets suffisants à leur défense. En même temps, il faut favoriser le développement selon d’autres méthodes.

Q - Sur la Centrafrique l’établissement d’un régime stable et légitime fait partie de vos objectifs ?

R - Oui ! Bien sûr, l’établissement d’un régime stable fait partie de nos objectifs et de ceux de l’ONU. Dans la résolution qui demande aux Africains et à la France d’intervenir, il y a à la fois un aspect sécuritaire, un aspect humanitaire et politique concernant la transition démocratique.

La tenue d’élections était fixée, au maximum, à février 2015 mais à l’occasion de la conférence de l’Élysée qui vient d’avoir lieu en présence du secrétaire général des Nations unies et de chefs d’États et gouvernements africains, l’unanimité s’est faite pour dire que cette date était trop éloignée et qu’il fallait donc essayer d’aller plus vite.

La démocratie passe par des élections, même si elles ne suffisent pas - parce qu’il faut en même temps reconstituer l’État. Mais on ne peut pas les remplacer. Il faut donc créer les conditions pour que les élections soient régulières et justes.

Q - En attendant, le président Djotodia doit partir ?

R - Il y a peut-être eu une certaine confusion. Ce qui est prévu c’est que, ni le président actuel, M. Djotodia, ni le Premier ministre, ni aucun des membres du gouvernement actuel, ni le bureau de l’Assemblée nationale, ne puissent se présenter aux futures élections. Cela a été décidé par les pays africains voisins, accepté par l’Union africaine et accepté par l’ONU. Donc, lorsque les élections auront lieu, ces personnes ne pourront pas se présenter. Cela est clair. En attendant, il y a un président, M. Djotodia, un Premier ministre, M. Tiangaye, un gouvernement qui sont reconnus internationalement comme des autorités de transition. On travaille donc avec eux, même si évidemment eux-mêmes et leurs correspondants ont des difficultés.

Q - Oui ! Le président est un ex-chef rebelle, on le rappelle.

R - Exactement. (...)./.

77- Sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique - Conférence de presse de clôture - Propos de M. François Hollande (Paris, 7 décembre 2013)

(…)

Q - L’intervention française en Centrafrique, avez-vous dit, sera rapide, elle n’a pas vocation à durer. Votre ministre de la défense parle de 6 mois, certains en doutent déjà, est-ce que vous-même 6 mois, 1 an cela vous semble un délai raisonnable, plus, est-ce que c’est plus possible, y a-t-il une limite ? Second point sur cette affaire, les forces françaises ont-elles vocation à se déployer sur l’ensemble du territoire centrafricain ? Et dans ces conditions - et c’est mon troisième point - 1.200 hommes est-ce que ce sera suffisant ? La France devra-t-elle en déployer davantage ? Est-ce possible ? Les exactions se poursuivent en ce moment même.

R - La seule question qu’il convient de poser, la seule que je me suis posée, c’est intervenir ou ne pas intervenir, laisser les massacres se perpétrer ou les arrêter, regarder des femmes et des enfants être violentés ou faire impérativement cesser ce carnage ? Dès lors que le Conseil de sécurité - et j’en remercie le secrétaire général - a pu dans un délai court et après le cri que j’avais lancé lors de l’Assemblée générale des Nations unies au mois de septembre - faire voter une résolution, la 2127, qui donne mandat à une force africaine pour arrêter ceux qui se livraient à ce type d’exaction, remettre de la sécurité, protéger la population, alors oui, jeudi soir j’ai décidé que la France appuierait la force africaine.

Jeudi soir, il y avait 600 militaires français, vendredi soir il y en avait 1.000, samedi soir il y en aura 1.600 et ce sera l’effectif qui demeurera autant que nécessaire pour cette mission. Vous m’avez demandé combien de temps ? Cette force sera déployée le plus rapidement possible et partout où il y a des risques pour la population, avec les forces africaines qui sont présentes, elles sont au nombre de 2.500 soldats. Dans un délai je crois court, nous pourrons faire cesser toutes les exactions et les massacres. Selon mes informations, il y en a peu aujourd’hui, alors que sur la seule journée de jeudi les chiffres étaient effrayants puisqu’il y aurait eu 300 morts.

Deuxième temps de la mission, ce sera de désarmer toutes les milices, tous les groupes qui terrorisent la population. Et troisième temps de la mission, permettre aux autorités centrafricaines, je salue ici le Premier ministre, de pouvoir reprendre le contrôle du territoire et d’assurer la défense de la population. Et nous ne nous arrêterons pas là même s’il n’y aura pas besoin d’avoir autant de forces déployées, il s’agira là encore comme au Mali de conclure l’opération par la tenue d’élections.
Si je fais une comparaison, et elle mérite d’être prise avec beaucoup de prudence, au Mali il s’agissait de lutter contre une offensive terroriste, avec des groupes particulièrement armés et entraînés qui occupaient déjà un territoire. En quelques mois, je dis bien en quelques mois, nous avons repoussé cette offensive, nous l’avons défaite et nous avons permis au Mali de retrouver l’intégrité de son territoire, de faire voter la population pour l’élection présidentielle, c’était au mois de juillet, et un second tour du scrutin pour les élections législatives aura lieu le 15 décembre.

Les effectifs de l’armée française, comme les effectifs d’ailleurs des forces africaines, devront s’adapter à cette nouvelle situation, et j’ai dit qu’il y aura une diminution tout au long des prochains mois. Eh bien ! En Centrafrique, autant il faut frapper fort tout de suite. C’est pourquoi il y a eu en 2 jours - et je veux saluer les soldats et l’organisation sous la houlette du ministre de la défense et du chef d’état-major des armées - 1.600 hommes et qu’il y a déjà une respiration pour les Centrafricains.

J’apprenais que nos troupes avaient pu être accueillies dans des villages ou des villes avec une fois encore la liesse des Centrafricains, comme hier des Maliens. Nous sommes regardés comme ceux qui peuvent apporter la paix et la sécurité. Donc une opération qui sera rapide, une opération qui sera efficace mais qui devra franchir toutes les étapes avec les Africains, mettre hors d’état d’utiliser des armes les groupes qui les détiennent, retrouver la stabilité et permettre le moment venu des élections libres et pluralistes dans ce pays.

(…)

Puisque je parle de la Centrafrique, la seule question que je redoutais que l’on me pose, ce n’était pas : « pourquoi la France est-elle intervenue ? », celle-là j’avais la réponse , c’était : « pourquoi la France risquait-elle d’intervenir si tard ? ». Parce que si nous n’étions pas intervenus, avant-hier soir, il y aurait eu encore des massacres, il y aurait eu encore des femmes violentées, il y aurait eu encore des enfants qui auraient été tués, il y aurait eu des exactions qui auraient été perpétrées dans les hôpitaux, comme cela s’est produit. (…)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

78- Communiqué de la présidence de la République (Paris, 7 décembre 2013)

Le président de la République a réuni un Sommet de chefs d’État concernés par la situation en RCA. Y étaient présents le secrétaire général des Nations unies, le président du Conseil européen, les présidents du Tchad, de la République congolaise, du Cameroun, du Burundi, de la République démocratique du Congo, d’Ouganda, du Sud-Soudan, le Premier ministre centrafricain, les ministres des affaires étrangères de Guinée équatoriale, du Rwanda, de l’Angola, de l’Éthiopie, de l’Afrique du Sud et le Commissaire Paix et Sécurité de l’Union africaine.

Les chefs d’État ont salué l’adoption de la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations Unies et ont convenu de la nécessité de la mettre en œuvre immédiatement. L’Union africaine est engagée et a déployé une force africaine sur le terrain. Elle a décidé de porter cette force à 6.000 hommes. La France lui apporte son soutien avec l’opération Sangaris, qui mobilise à ce jour 1.600 hommes. Les autorités centrafricaines ont été incitées à mettre en place immédiatement un processus de désarmement et de cantonnement des milices et à œuvrer pour une transition politique qui doit déboucher sur des élections le plus tôt possible.

L’ensemble des chefs d’État a convenu de la nécessité d’apaiser les tensions entre communautés religieuses, se sont engagés à œuvrer en ce sens et ont appelé la communauté internationale à mobiliser les moyens nécessaires pour faire face à cette situation. L’aide importante de l’Union européenne et des États-Unis d’Amérique a été saluée.

L’ensemble des participants a souhaité la convocation, au plus tôt, d’une conférence de bailleurs de fonds pour faire face à l’urgence humanitaire et assurer un fonctionnement minimum de l’État centrafricain./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

79- Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique - Allocution du président de la République, M. François Hollande (Paris, 06/12/2013)

(...)

Mais j’aurais voulu ne parler que de paix, quand les évènements, là aussi, s’accélèrent à la veille-même de ce Sommet. Aujourd’hui, au coeur de l’Afrique, un peuple est en souffrance. Il nous appelle. C’est la Centrafrique. Nous ne pouvons plus laisser les massacres se perpétrer, des femmes et des enfants être violentés, des exactions être commises, y compris dans des hôpitaux. Des conflits inter-religieux peuvent dégénérer et installer, dans cette Afrique centrale, des comportements et des phénomènes qui, pour l’instant, n’avaient pas leur place.

Le Conseil de sécurité, et je salue ici le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, vient de donner mandat à une force africaine pour rétablir l’ordre, protéger la population et assurer la stabilité pouvant conduire, ensuite, à des élections. Je dis bien à des élections, car tout processus doit conduire à des élections. Il n’y a pas de pays qui ne pourrait pas avoir lui aussi droit à pouvoir choisir ses dirigeants.

La France a décidé d’appuyer cette force africaine. Elle est intervenue, dès hier soir, parce que j’ai voulu, avant même notre Sommet et alors même qu’il y avait péril, qu’il n’y ait pas de doute sur les intentions de la France, aux côtés des Africains, soutenus par les Européens, dans le cadre d’un mandat du Conseil de sécurité. Cet engagement n’est pas simplement sécuritaire. Il doit être humanitaire parce que c’est aussi notre devoir.

(...)

80- Entretien de M. Laurent Fabius avec « France Info » (Paris, 06/12/2013)

Q - L’histoire continue, notamment en Afrique. Ce matin, Monsieur le Ministre, avec le début de l’opération de l’Armée française dans ce pays, combien y a-t-il de soldats français ce matin en Centrafrique ?

R - Aujourd’hui il y en a un peu plus de 650, et nous allons doubler ce nombre d’ici la fin de la semaine.

Hier, comme vous le savez, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé, à l’unanimité, la résolution française. Celle-ci prévoit que les forces africaines, qui forment la MISCA, puissent rétablir la sécurité dans ce pays, appuyées par les forces françaises. C’est ce qui va être fait.

Évidemment, il y aura les autres aspects, notamment humanitaires et la transition démocratique.

Nous avions pensé que les troupes seraient déployées dimanche, après l’adoption de la résolution. Mais des exactions abominables ont eu lieu hier matin. Le président de la République, avec sagesse, a donc décidé que l’opération devait commencer immédiatement. Les renforts sont en train d’arriver. Cette nuit nos troupes ont patrouillé dans Bangui ce qui a permis d’éviter toute une série d’exactions. Mais il n’y a pas que Bangui, il y a aussi le reste du pays.

Q - C’est ce que j’allais vous dire, le but c’est de se déployer dans tout le pays ?

R - Les répartitions vont être faites entre les différentes forces africaines et françaises. Les forces françaises vont s’occuper en particulier de Bangui et des deux routes, l’une qui monte vers le Nord, vers le Tchad, et l’autre qui va vers le Cameroun. Il y aura également des éléments qui vont se déployer, en liaison avec les Africains - n’oublions pas que c’est d’abord une responsabilité africaine -, dans le reste du pays, notamment à Bossangoa où l’on craint que de nombreux d’exactions aient eu lieu.

Q - Les militaires arriveront-ils à temps partout où les exactions ont lieu ?

R - C’est leur mission. Je rappelle que le président français a, le premier dans son discours à l’assemblée générale des Nations unies en septembre, lancé un cri d’alerte sur la situation en Centrafrique. Heureusement que ce travail de conviction diplomatique a été fait, puisque maintenant tout le monde reconnaît que l’intervention, qui doit être courte, est absolument nécessaire. Je veux à cet égard saluer la réaction de la quasi-totalité des responsables politiques français qui comprennent bien cette nécessité.

Q - Une intervention courte, Laurent Fabius, cela signifie ?

R - Cela signifie que l’objectif est de l’ordre de 6 mois. Ensuite le relais doit être pris par une intervention plus large des Africains ou des Nations unies. M. Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, sera à Paris dans quelques heures, et nous aurons l’occasion d’en discuter avec lui. Personne ne prévoyait que cette intervention coïncide avec le sommet de l’Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique, auquel participent plus de 35 chefs d’État et de gouvernement africains, le secrétaire général des Nations unies, les principaux responsables européens et l’Union africaine. Cela va être une occasion de parler de tout cela, et surtout de tirer les leçons. Il y a un certain nombre de situations de la même sorte qui se sont produites en Afrique. Ce n’est pas à la France à chaque fois d’intervenir

Q - Et c’est le cas pourtant Laurent Fabius.

R - Parce que, malheureusement, il n’existe actuellement aucune force africaine en situation d’intervenir.

L’une des propositions qui est faite, par les Africains eux-mêmes, lors ce sommet de l’Élysée, est de constituer une force africaine d’intervention rapide. Ainsi, quelques milliers d’hommes bien équipés seraient capables d’intervenir dans ces situations.

La France le fait, au nom de ses principes et parce que la communauté internationale le lui demande. Mais il serait beaucoup plus logique que ce soit une force africaine qui soit déployable à chaque fois qu’il y a une intervention d’urgence. C’est vers la création d’une telle force qu’il faut avancer.

Q - Est-ce qu’on y va ? On doit y aller, mais est-ce qu’on y va ? Cela fait des années maintenant que cette force est promise sur le terrain, que des équipements sont espérés, des hommes formés.

R - Oui. Beaucoup de temps a été perdu, mais je pense que les idées ont quand même beaucoup avancé. La France, et sa diplomatie, mettra tout son poids pour qu’on aille vers cette solution. Un grand continent comme l’Afrique doit pouvoir assurer sa défense face à des situations de crise, et ce dans le cadre du droit international.

Q - Pourquoi est-ce que les Européens, les partenaires de la France ne sont pas présents dans cette intervention ?

R - Ils vont être présents. Mais surtout sur le plan financier et avec des appuis logistiques.

Q - Oui ! Ils laissent les Français y aller, Laurent Fabius.

R - C’est vrai que, en ce qui concerne le terrain, c’est-à-dire l’intervention directe, il y a beaucoup de précaution, ou en tout cas de réserve. Pourquoi ? D’abord parce qu’il n’existe pas d’Europe de la défense. Nous le regrettons mais c’est un fait. Ensuite, parce qu’il y a des pays qui ont pratiquement comme règle de ne pas intervenir militairement. On trouve également que l’efficacité française est assez commode.

Il y a une contribution financière et un appui logistique, ce qui est déjà très bien. Mais ce qu’on devrait souhaiter, bien que cela soit beaucoup plus difficile, c’est d’avoir une Europe de la défense, une force européenne. Elle existe sur le papier mais il faut bien reconnaître que beaucoup de nos collègues sont réticents.

Q - Il y a eu le Mali et maintenant la Centrafrique Est-ce que la France a les moyens financiers d’intervenir durablement dans ces pays ?

R - Oui. Nous avons les moyens, à la fois en hommes - les militaires font un excellent travail - et sur un plan financier. Je rappelle que, quelles que soient les évolutions du budget de la défense, ce dernier est préservé. L’armée française reste la première d’Europe. Mais il est vrai que nous ne pouvons pas multiplier à l’infini ces opérations.

Q - Est-ce qu’on est au bord de la limite d’intervention française aujourd’hui ?

R - Non. Nous avons encore des capacités importantes. Mais, s’agissant du Mali, nous allons respecter notre feuille de route. Nous avons atteint un palier important et nous sommes en train de redescendre pour arriver, à terme, à mille hommes et non plus trois mille ou cinq mille.

Q - Je voudrais que l’on revienne à la situation particulière en Centrafrique. Il y a quelques jours vous avez expliqué que le pays était au bord du génocide. A-t-il basculé dans le génocide ?

R - Le terme était très discutable et je ne le reprendrai pas. Le terme « génocide » désigne quelque chose de bien particulier. Ce qui est vrai, en revanche, c’est que l’on a une grenade dégoupillée.

Ce que j’ai voulu dire, c’est que, sur près de cinq millions d’habitants, un million et demi de personnes sont en situation de quasi-famine. Vous avez en tout et pour tout - je me suis rendu sur place et je vais le refaire - sept chirurgiens. On observe des situations abominables, ainsi qu’un début d’oppositions religieuses, notamment entre certains groupes chrétiens et musulmans, ce qui n’est pas du tout dans la tradition centrafricaine.

Tous les éléments d’un drame sont réunis. C’est cela qu’il faut éviter ! Il faut l’éviter pour les Centrafricains et pour l’ensemble de la région. La Centrafrique est entourée de pays comme le Tchad, les deux Soudan, le Congo, le Cameroun. Le Gabon est à proximité.

On ne peut pas admettre, pour la communauté internationale, qu’il y ait une telle zone d’implosion. Cette implosion risque d’avoir des conséquences désastreuses sur l’ensemble des pays voisins. C’est la raison pour laquelle les quinze membres du Conseil de sécurité ont dit à l’unanimité qu’il fallait que les Africains interviennent, soutenus par les Français, et que l’on mette en place un secours humanitaire, une opération sécuritaire, ainsi qu’une transition démocratique.

Q - Je rappelle que le président centrafricain, Michel Djotodia, est arrivé au pouvoir en provoquant un coup d’État. Est-ce qu’aujourd’hui la France le soutient ou est ce qu’elle le combat ?

R - Il y a eu, depuis 1960, cinq coups d’État.

Q - Est-ce qu’il y a un État d’ailleurs aujourd’hui en Centrafrique ?

R - Pas vraiment. C’est un des importants problèmes. C’est toujours dans les zones de non-État qu’évidemment ont lieu des exactions de ce type.

Il y a une autorité de transition, un président et un Premier ministre, M. Tiangaye, qui se trouve actuellement à Paris. Ils reçoivent un certain nombre de directives de la part des pays africains situés autour de la République centrafricaine. La dernière résolution des Nations unies rappelle qu’il faut aller vers des élections au plus tard en février 2015. Il n’y a pas de sécurité possible sans développement, de même qu’aucun développement n’est possible sans le retour de la sécurité. Il faut rétablir un ordre démocratique.

Q - Je vous pose la question autrement, est-ce que le président Djotodia peut rester au pouvoir dans ces conditions ?

R - Il est venu dans des conditions effectivement discutables puisqu’il était lui-même l’ex-chef de la Seleka. Il a ensuite dissout la Seleka, mais elle ne l’est pas dans les faits. La situation est déjà d’une complexité extraordinaire. Il ne faudrait pas rajouter aux difficultés déjà existantes l’absence de président./.

81- Déclaration du président de la République, M. François Hollande (Paris, 05/12/2013)

Mesdames, Messieurs,

La situation en Centrafrique est devenue alarmante et même effrayante. Des massacres s’y perpétuent en ce moment même, y compris dans les hôpitaux. Chaque jour des femmes et des enfants sont violentés et des milliers de déplacés cherchent refuge.

Face à ce chaos général, le Conseil de sécurité vient d’adopter une résolution à l’unanimité donnant mandat à une force africaine pour apporter la sécurité, rétablir la stabilité en Centrafrique et protéger la population.

La France soutiendra cette opération. C’est son devoir : devoir d’assistance et de solidarité à l’égard d’un petit pays, la Centrafrique, bien loin d’ici, pays ami, pays le plus pauvre du monde, pays qui nous appelle au secours.

Vu l’urgence, j’ai décidé d’agir immédiatement, c’est-à-dire dès ce soir, en coordination avec les Africains et le soutien des partenaires européens. Déjà 600 militaires français sont sur place. Cet effectif sera doublé d’ici quelques jours, pour ne pas dire quelques heures.

La France n’a pas d’autres objectifs que de sauver des vies humaines. Je veux que toutes les informations soient données et c’est la raison pour laquelle le gouvernement fournira toutes les explications au Parlement, dès la semaine prochaine.

Il y a un an, au Mali, la France était appelée pour lutter contre une invasion terroriste. Elle y est parvenue. Aujourd’hui, dans des circonstances très différentes, la France est attendue pour éviter une catastrophe humanitaire. Elle sera là.

J’ai pleine confiance en nos soldats pour mener cette opération. Je sais leur sens du devoir, leur grande qualité professionnelle. Cette intervention sera rapide, elle n’a pas vocation à durer. Et je suis sûr de son succès.

J’en rendrai compte régulièrement aux Français.

Merci./.

82- Adoption de la résolution 2127 - Déclaration de M. Laurent Fabius (Paris, 05/12/2013)

(...)

Je souhaiterais faire un dernier commentaire. Cet après-midi a été adoptée, sur proposition de la France, la résolution 2127 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui porte sur la situation en République centrafricaine. Je souligne que ce texte a été adopté à l’unanimité, ce qui est un gage de grande solidité internationale. Ce texte est placé sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies. Il donne pouvoir aux forces africaines et à la France d’intervenir pour des missions humanitaires, alors que des exactions très graves sont commises en République centrafricaine, pour ramener la sécurité nécessaire, préparer une transition démocratique, avec la tenue d’élections avant février 2015, et pour permettre une relance du développement économique.

Vous avez appris que ce matin ont eu lieu de graves exactions dans la capitale, à Bangui. Cela rend d’autant plus indispensable la résolution qui a été votée. Le président de la République avait, le premier, soulevé la question de la crise centrafricaine lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies. Il faut saluer le fait qu’à partir de l’initiative de la France et des efforts internationaux, notamment africains et européens, nous soyons maintenant en situation de prendre les décisions nécessaires, conformément au droit, pour éviter la catastrophe humanitaire et sécuritaire qui se profilait en Centrafrique.

Sur cette base, le président de la République française prendra prochainement les décisions qu’il estime utiles./.

83- Adoption de la résolution 2127 – Explication de vote de la France (New York, 5 décembre 2013)

La situation en République centrafricaine est une tragédie. L’ensemble de la population centrafricaine, soit plus de 4,5 millions de personnes, est touchée par une crise humanitaire. Cette population est terrorisée par des miliciens qui se livrent aux pires exactions à l’encontre de la population : meurtres, viols, pillages sont le quotidien de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. L’Etat, qui s’est effondré, n’est plus en mesure de protéger sa population. Désormais, le pays menace de s’enfoncer dans une violence de type interconfessionnel entre chrétiens et musulmans.

L’histoire nous enseigne ce qui se peut se produire. L’histoire nous engage à éviter le pire. L’histoire oblige le Conseil de sécurité à agir. Le pays risque de sombrer dans le chaos, avec des conséquences incontrôlables et imprévisibles sur toute la sous-région. Le risque d’atrocités de masse est là, comme le soulignent sans ambiguïté le Secrétaire général des Nations unies ainsi que l’ensemble des ONG.

La République centrafricaine avait été jusqu’à présent une crise oubliée. De celles qui n’intéressait pas les médias. Face à cette crise, l’indifférence et l’inaction n’étaient cependant pas des options. La France a estimé qu’il était de notre devoir collectif de soutenir l’action de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale pour prévenir ces atrocités de masse.

C’est le Président de la République française qui, dans son intervention devant l’Assemblée générale en septembre dernier, avait été le premier à lancer un cri d’alerte et appelé à une action résolue du Conseil de sécurité. Le Ministre des Affaires étrangères français, aux côtés de l’Union Européenne et des Nations unies, avait organisé une réunion de haut-niveau pour souligner l’urgence humanitaire.

Les incidents de nature interconfessionnelle qui se sont produits encore ce matin à Bangui, avec la mort de plusieurs dizaines de civils, ne font que souligner qu’il est grand temps d’agir.

L’adoption de la résolution 2127 permet enfin de prendre les mesures attendues pour soutenir l’Union africaine :

— la Force africaine, la MISCA, se voit dotée d’un mandat robuste sous chapitre VII. Cela lui permettra de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations civiles et neutraliser les groupes armés qui refuseraient de se plier aux consignes de cantonnement et de désarmement ;

— conformément à la demande formulée par l’Union africaine et les autorités de transition centrafricaines, les Forces françaises se voient également dotées d’un mandat du Conseil de sécurité sous chapitre VII pour soutenir la MISCA. Dans ce but, les effectifs des Forces françaises seront renforcés très prochainement. La France souhaite remercier tous les partenaires, notamment européens, qui apporteront leur soutien à cette opération qui interviendra dans le cadre de cette résolution ;

— les Nations unies seront chargées de soutenir la mobilisation financière au bénéfice de l’Union africaine. Je souligne que l’Union européenne, en apportant une contribution de 50 M€, sera comme pour la Somalie, le premier contributeur aux opérations de l’Union africaine. D’autres contributions devront être mobilisées à l’occasion de la tenue prochaine d’une conférence des donateurs.

Conformément à la demande de l’Union africaine et aux recommandations du rapport du Secrétaire général, cette résolution prépare l’avenir. Elle demande au Secrétariat d’entreprendre les préparatifs nécessaires au déploiement éventuel d’une Opération de maintien de la paix des Nations unies et de préparer un concept d’opérations dans un délai maximal de trois mois.

Si le rétablissement de la sécurité est la priorité, cette résolution renforce également son action sur deux volets essentiels pour l’avenir de la RCA :

— le soutien au processus de transition d’abord. Ce Conseil rappelle explicitement l’interdiction pour les actuelles autorités de transition de participer aux élections qui doivent se tenir d’ici février 2015 au plus tard. Il marque également son intention d’adopter des sanctions individuelles à l’encontre des individus qui menacent le processus de transition, et alimenteraient ainsi la violence ;

— deuxième point, la lutte contre les violations des droits de l’Homme. A l’initiative du Rwanda, une Commission internationale d’enquête sur le modèle du Darfour est créée. Elle devra rendre ses conclusions dans un délai de 6 mois.

Mesdames, Messieurs,

Le Conseil de sécurité est sorti de son indifférence. Il prend ses responsabilités pour soutenir les pays africains et leurs organisations, qui ont eu le courage de se porter, les premiers, au chevet de cette République centrafricaine trop longtemps délaissée.

Je vous remercie.

Représentation permanente de la France auprès des Nations Unies)

84- Résolution 2127 (2013) adoptée par le Conseil de sécurité à sa 7072e séance, le 5 décembre 2013

Le Conseil de sécurité,

Rappelant sa résolution 2088 (2013) et les déclarations à la presse faites par son président les 14 août 2013, 29 avril 2013, 25 mars 2013, 22 mars 2013, 20 mars 2013, 11 janvier 2013, 4 janvier 2013, 27 décembre 2012 et 19 décembre 2012,

Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité de la République centrafricaine, et rappelant l’importance des principes de bon voisinage et de coopération régionale,

Se déclarant vivement préoccupé par la situation qui règne en République centrafricaine sur le plan de la sécurité, qui se caractérise par un effondrement total de l’ordre public et par l’absence de l’état de droit, et se déclarant en outre profondément préoccupé par les incidences de l’instabilité de ce pays sur la région de l’Afrique centrale et au-delà, et soulignant à cet égard la nécessité d’une intervention rapide,

Demeurant gravement préoccupé par les violations du droit international humanitaire et les nombreuses violations des droits de l’homme qui sont commises, notamment par des éléments de la Séléka, notamment les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, les arrestations et détentions arbitraires, les actes de torture, les violences sexuelles à l’encontre de femmes et d’enfants, les viols, le recrutement et l’emploi d’enfants et les attaques contre des civils,
Réaffirmant que tous les auteurs de tels actes doivent en répondre et que certains de ces actes pourraient constituer des crimes au regard du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, auquel la République centrafricaine est partie, et rappelant à cet égard la déclaration faite par le Procureur de la Cour le 7 août 2013,

Notant avec satisfaction que le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté le 25 septembre une résolution par laquelle il a décidé de nommer un expert indépendant des Nations Unies chargé de suivre la situation des droits de l’homme en République centrafricaine et de faire des recommandations en matière d’assistance technique et de renforcement des capacités dans le domaine des droits de l’homme,
(...)

Lire l’intégralité de la résolution

85- Présidence française du Conseil de Sécurité : RCA - (...) Conférence de presse du représentant permanent de la France aux nations unies (New York, 3 décembre 2013)

Bonjour à tous,
Vous avez sans doute tous eu le programme de travail du Conseil de sécurité pour le mois de décembre.

Le premier sujet pour nous est la République centrafricaine. Je ne répèterai pas la gravité de la situation humanitaire, les efforts que la France mène depuis des mois, depuis le mois de juin, pour mobiliser la communauté internationale. Nous avons présenté un projet de résolution sur la base du rapport du secrétaire général. Nous sommes en train de parvenir à un consensus sur le texte après d’intenses négociations. Nous devrions pouvoir adopter le projet de résolution d’ici jeudi. Il y a urgence à agir.

Cette résolution donnera notamment un mandat à la force de l’Union africaine, la MISCA, pour protéger les civils et stabiliser le pays. Elle créera un fond fiduciaire pour recueillir les contributions volontaires pour apporter un appui à la MISCA. Elle autorisera les forces françaises à soutenir la MISCA. Elle demandera au Secrétaire général un rapport d’ici trois mois pour la transformation éventuelle de la MISCA en une opération de maintien de paix des Nations unies si cela se révélait nécessaire à l’examen de la situation sur le terrain. Elle met en place une commission d ‘enquête sur les violations des droits de l’Homme. Elle met en place un embargo sur les armes. Enfin elle met en place un régime de sanctions individuelles.

La résolution devrait être adoptée je pense jeudi matin au plus tard.

(...)

86- Sommet de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique - Entretien de M. Laurent Fabius avec « RFI » (Paris, 03/12/2013)

(...)

Q - Alors que va se tenir à la fin de la semaine le sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique, la France s’apprête à lancer une nouvelle intervention, en Centrafrique précisément. Tout d’abord, pouvez-vous nous dire quand l’opération va commencer ? Est-ce qu’on a un calendrier ?

R - D’abord, ce sommet de l’Élysée est promis à un grand succès. Plus de trente chefs d’État et de gouvernement africains ont déjà confirmé leur déplacement à Paris, à l’invitation du président français. Le sommet est organisé autour de trois thèmes : le développement économique, le climat et la sécurité.

Parmi les aspects évoqués, il y aura bien évidemment la République centrafricaine. Une résolution, proposée par la France, va être examinée et votée aux Nations unies. Il faut bien comprendre : il ne s’agira pas du tout de la même opération qu’au Mali.

L’objectif que nous poursuivons, aux côtés des forces africaines - qui sont prioritaires -, c’est d’assurer la sécurisation et la reconstruction de la République centrafricaine. Ce qui veut dire que nous aurons une action en matière humanitaire, sécuritaire et démocratique, afin que ce pays se dote d’un gouvernement démocratique. Une action en matière de développement sera également menée. Nous serons aux côtés des Africains, qui sont engagés au sein de la MISCA, et nous souhaitons agir en liaison et avec le partenariat des Européens.

Q - Reconstruire la Centrafrique, cela veut-il dire que la France va notamment contraindre Michel Djotodia, le chef de la coalition rebelle Séléka, à partir ?

R - Le président est là, bien qu’il n’ait pas été reconnu par l’Union africaine. Mais il y a un tandem entre M. Djotodia et le Premier ministre, M. Tiangaye.

À Paris, c’est le Premier ministre centrafricain qui sera présent au sommet de l’Élysée. Les autorités centrafricaines sont transitoires. Les Nations unies ont dit qu’il devait y avoir de nouvelles élections, au plus tard en février 2015. Notre action, celle des Africains d’abord, celle de la MISCA, et des forces internationales, va consister à rétablir la sécurité gravement menacée. Il s’agira de protéger les droits humanitaires parce qu’il y a des exactions épouvantables. Il faudra enfin préparer le retour à la démocratie et soutenir le fonctionnement de la démocratie. Dans ce cadre, de toutes les manières, ni le président actuel ni le Premier ministre ne peuvent se présenter, cela a été acté.

Q - Il y a aujourd’hui un risque. Vous avez parlé d’implosion dans le pays, de graves dérapages sur le plan du conflit interreligieux...

R - Oui, je pense que le terme d’implosion est juste. Certains ont dit qu’il s’agissait d’un « non-État ». Il faut dissoudre de manière effective la Séléka, composée pour l’essentiel de bandes armées. Il y a les populations à rassurer, non seulement à Bangui, mais dans l’ensemble du pays. Et puis, il faut éviter ces oppositions religieuses, qui ne correspondent pas à la tradition de la Centrafrique.

Q - Une très large majorité de chrétiens...

R - Oui, exactement, mais dans les derniers temps, on a observé des affrontements religieux qui sont extrêmement dangereux. Les chefs religieux luttent contre cela. J’ai rencontré lors de mon déplacement en RCA à la fois le chef des catholiques, des protestants et des musulmans. Il faut assurer une sécurisation et une reconstruction du pays.

Q - La France, avec cette intervention, ne va-t-elle pas atteindre vraiment la limite de ses capacités de projection ?

R - Non, d’abord, parce que nos forces resteront mesurées dans leur nombre et qu’elles n’ont pas vocation à rester durablement là-bas. De plus, nous allons réduire nos effectifs dans d’autres parties du monde. Comme vous le savez, la France continue d’avoir la première armée d’Europe, avec des forces de projection qui sont bien utiles.

Au sommet de l’Élysée, nous allons parler plus généralement de la sécurité en Afrique. Les Africains veulent - et ils ont raison - pouvoir se doter d’une force africaine de réaction rapide.

Nous parlerons spécifiquement, samedi, de la République Centrafricaine, puisque Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, sera là, ainsi que d’autres dirigeants. Il y aura donc un aspect qui sera consacré à la République Centrafricaine.

Q - Une question qui est presque philosophique au fond, va être posée au sommet de l’Élysée : est-ce le développement qui permet la sécurité ou la sécurité qui permet le développement ?

R - Il faut mener les deux conjointement. Il faut à la fois établir ou rétablir la sécurité, sans quoi rien n’est possible. Mais, en même temps, très souvent, les exactions qui ont lieu trouvent leur terreau dans la pauvreté. Il faut à la fois avoir une action en matière de sécurité, et une action en matière de développement./.

87- Renfort de soldats congolais à la MISCA (2 décembre 2013)

La France salue l’envoi, par la République du Congo, de 500 soldats supplémentaires en République centrafricaine. Cette décision permettant le renforcement de la force africaine déjà présente sur place, témoigne une nouvelle fois de l’engagement du Congo en faveur de la paix et de la sécurité en République centrafricaine.

La France réaffirme son soutien à l’action du président Sassou Nguesso, médiateur et président du comité de suivi des accords de Libreville, du président Déby, président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), et de tous les Etats d’Afrique centrale impliqués dans la stabilisation de la République centrafricaine, aux côtés de l’Union africaine.

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88- République centrafricaine - Intervention de M. Laurent Fabius (Paris, 26 novembre 2013)

Mesdames et Messieurs,

Je viens de réunir les grandes organisations non gouvernementales pour évoquer avec elles la situation dans la République centrafricaine. Vous savez que cette situation est tragique.

D’abord sur le plan humanitaire puisque l’on compte un grand nombre de déplacés et de réfugiés dans des pays voisins. 1,5 million de personnes, sur une population totale de 5 millions, sont dans le dénuement absolu. Pour ne citer qu’un chiffre : il n’y a que 7 chirurgiens pour une population de 5 millions d’habitants. La situation est donc complètement catastrophique sur le plan humanitaire.

Sur le plan sécuritaire, vous savez qu’il y a malheureusement un grand nombre d’exactions, de pillages, de viols et de recrutements d’enfants soldats. Il y a aussi des affrontements entre bandes armées, dont la Seleka, un groupe prétendument de soldats mais qui est en fait formé de brigands. Cela entraîne des réactions extrêmement graves qui ne sont pas dans la tradition centrafricaine. Ces exactions, ces combats ont pris souvent un tour ethnique et religieux. Alors que les autorités religieuses, catholiques, protestantes et musulmanes, que j’ai rencontrées lors de mon déplacement sur place il y a quelques semaines, sont au contraire attachées à un fonctionnement harmonieux.

Sur le plan sécuritaire nous sommes dans une situation de « Non-État ». L’implosion de la Centrafrique risque d’avoir des conséquences extrêmement graves sur les pays voisins : au nord le Tchad, à l’est le Soudan, au sud le Congo et le Cameroun à l’ouest.

Dans le même temps, une question politique est posée. Les autorités actuelles sont des autorités transitoires et il faut rétablir un fonctionnement politique normal. Il est nécessaire d’organiser au plus tard en février 2015 des élections. Il faut un rétablissement de l’état civil et de la Constitution.

Vous avez enfin un enjeu de développement économique. Il s’agit d’un pays potentiellement riche. Il possède des forêts, des diamants et d’autres ressources, mais il a été pillé. Il ne fonctionne plus et ne reçoit plus de recettes car les routes qui vont vers le Cameroun sont coupées et peu sûres. Il faudra se préoccuper donc de son développement économique.

Les ONG nous avaient alertés, au mois d’août, sur cette situation. Au mois de septembre, le président de la République a été le premier, à la tribune des Nations unies, à alerter la communauté internationale sur la situation dans la République centrafricaine. J’ai ensuite pris le relais. Je trouve que la communauté internationale a vivement réagi, ainsi que les pays africains et l’Union africaine. Un certain nombre de forces africaines sont en cours de déploiement dans le pays.

Il y a des forces françaises sur place, mais elles sont peu nombreuses. J’ai eu cet après-midi au téléphone le secrétaire général des Nations unies, M Ban Ki-moon, qui m’a confirmé que la semaine prochaine une résolution sous le chapitre 7 serait déposée. Elle permettra aux forces africaines et à des éléments français, si nécessaire avec des appuis européens, de pouvoir agir pour que cette situation catastrophique de non-droit sur le plan humanitaire prenne fin.

Concrètement cela veut dire que, la semaine prochaine, il devrait y avoir un vote aux Nations unies qui donnera autorisation de l’ONU aux autorités compétentes d’intervenir. Ensuite, selon des modalités à définir, les autorités africaines soutenues par des éléments français, pourront faire leur travail.

Sur un plan humanitaire il s’agira de porter secours de manière extrêmement rapide aux populations en difficulté, en particulier à Bossangoa où, autour de l’archevêché, 40.000 personnes seraient réfugiées, dans des conditions dramatiques. Le Premier ministre centrafricain, que je recevais hier, me disait que les réfugiés n’y avaient chacun que 1m2 pour survivre, et parfois pour mourir.

Une action de transition politique sera à mener, en accompagnement du développement économique. Nous voulons mener cela avec les Africains - ils sont au centre de la solution -, avec nos amis européens. Je me suis rendu sur place avec la commissaire européenne chargée des questions humanitaires, Mme Kristalina Giorgeva, et j’y retournerai bientôt.

Les ONG qui étaient présentes ce soir ont bien voulu partager notre analyse et se féliciter de l’action de la communauté internationale et de la France. Elles sont prêtes à faire leur travail pour stopper cette catastrophe humanitaire.

Ces questions seront examinées au sommet de l’Élysée la semaine prochaine. Une partie spécifique du programme sera consacrée à la République centrafricaine. Le secrétaire général des Nations unies m’a dit qu’il souhaitait pouvoir y participer, ce qui donnera à cette réunion une force particulière. La République centrafricaine sera, de plus en plus dans les semaines qui viennent, au cœur de l’actualité. Il s’agit d’arrêter la catastrophe en République centrafricaine et de reconstruire un pays qui actuellement n’existe plus. Merci.

89- Entretien de M. Laurent Fabius avec « France Culture » (Paris, 26 novembre 2013)

Q - Monsieur le Ministre, confirmez-vous l’envoi de troupes en Centrafrique ?
R - Effectivement, il va y avoir un renforcement de notre présence. Pour cela, nous attendons qu’une nouvelle résolution des Nations unies soit adoptée. Cela devrait normalement intervenir la semaine prochaine. Cette résolution devrait prévoir un renforcement des troupes africaines, la MISCA, et un renforcement des troupes françaises. Dès lors que nous aurons cette autorisation par la communauté internationale, en appui à l’Union africaine et la demande des autorités centrafricaines elles-mêmes, nous procéderons à un renforcement de notre présence. Nous annoncerons les modalités le moment venu.
Q - Ce chiffre de 800, avancé par le Premier ministre centrafricain, qu’en est-il ?
R - Il a du sens. Simplement, il faut bien voir que l’action que nous devons mener avec le soutien de nos amis africains comporte quatre domaines et non pas un seul.
Premièrement la sécurité. C’est ce que vous venez de dire.
Deuxièmement, ce qui concerne l’humanitaire car la situation est abominable. Songez qu’il y a, dans certaines parties du pays, 25 % de mortalité infantile et que, sur cinq millions d’habitants, il y a en tout et pour tout sept chirurgiens.
Troisièmement, il va falloir travailler sur la transition politique puisqu’il n’y a pas d’autorité politique ayant été légalement élue.
Quatrièmement, il faudra aussi travailler ensuite sur le développement économique.
Ce sont ces quatre aspects qui seront traités à partir de la résolution des Nations unies la semaine prochaine.
Q - Vous parlez justement de la situation humanitaire. La France et les États-Unis ont évoqué une situation pré-génocidaire, l’organisation Human Right Watchrefuse d’aller si loin ce matin.
R - Ce sont des observations justes. Je recevrai d’ailleurs ce soir au Quai d’Orsay l’ensemble des ONG sur la question de la RCA.
Q - Évoquez-vous le terme génocide ?
R - Il y a une exacerbation des oppositions religieuses. J’en ai eu encore hier la confirmation par le Premier ministre centrafricain, que j’ai reçu, et qui m’a cité plusieurs exemples d’un cycle qu’il faut absolument arrêter.
Les rebelles de la Seleka sont en majorité musulmans, tandis que la population de la République centrafricaine est en majorité chrétienne. Il faut donc faire très attention à ce que ces oppositions entre, d’un côté des brigands et de l’autre la population, ne tournent pas à l’affrontement religieux.
J’étais en Centrafrique il y a quelques semaines et j’ai rencontré sur place les autorités religieuses elles-mêmes, aussi bien catholiques, musulmanes et protestantes. Elles refusent absolument cette dérive. Il faut rester très vigilant. Faisons également attention aux termes, mais il y a en tout cas un risque d’implosion dans tous les domaines absolument massif, avec un élément nouveau : la situation terrible que vit la Centrafrique depuis des années risque d’affecter d’autres pays. Aujourd’hui, si le vide et l’implosion s’installent, cela va concerner tous les pays de la région, c’est-à-dire, le Tchad, les Soudan, le Congo, le Cameroun. Comme son nom l’indique, la Centrafrique est au centre de l’Afrique. Son implosion pourrait avoir des conséquences dramatiques.
C’est pour cela que la communauté internationale et les Africains disent avec juste raison qu’il faut maintenant intervenir./.

90- Réponse de M. Laurent Fabius, à une question à l’Assemblée nationale (Paris, 26 novembre 2013)

Monsieur le Député,
La situation en République centrafricaine est effectivement dramatique et merci du soutien de votre groupe.
Vous posez deux questions précises : d’abord dans quel cadre juridique l’action de la France va-t-elle se situer ? C’est dans le cadre d’une résolution des Nations unies qui devrait intervenir la semaine prochaine, sous chapitre 7. Il y a unanimité du Conseil de sécurité des Nation unies, et un mandat sera donné, à la fois aux forces africaines de la MISCA et à la France.
Deuxièmement, vous me posez la question de savoir quels contacts sont pris avec nos partenaires européens. Je suis en train de les prendre car, évidemment, plus il y aura un soutien européen, sous forme militaire, sous forme logistique et financier, plus il sera rapide et aisé, et plus nous serons en capacité d’agir. J’ajoute bien sûr que, dès lors que la résolution des Nations unies aura été adoptée et dès lors que le gouvernement de la République aura pris sa décision, le Parlement, selon les textes qui nous régissent, sera bien sûr consulté.
Que visons-nous dans cette opération ?
D’abord, venir en aide à la population centrafricaine, face à une situation humanitaire abominable. Ensuite, rétablir la sécurité dans un pays qui est en train d’imploser. Troisièmement, permettre une transition politique, car les autorités ne sont que transitoires. Et, quatrièmement, le moment venu, permettre un redémarrage du développement économique.
La France est fidèle à sa mission : elle agit en soutien des Africains, conformément à la légalité internationale et elle travaille pour la paix./.

91- Entretien du ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, avec le quotidien « Le Figaro » - extraits (Paris, 26 novembre 2013)

Q - Une intervention en Centrafrique est imminente. Quel sera le dispositif français ?
R - La situation est totalement différente de celle du Mali. La République centrafricaine (RCA), actuellement, n’a plus d’État. Des groupes rivaux s’entretuent, des exactions sont commises quotidiennement. La situation humanitaire est dramatique. Le pays est une zone de non-droit à un carrefour stratégique majeur entre trois régions sensibles, le Sahel, la région des Grands Lacs et la Corne de l’Afrique. C’est une préoccupation pour notre sécurité, pour celle des pays voisins et celle de l’Europe. Une première résolution a déjà été adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU. Dans quelques jours, une deuxième résolution va mandater la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA) pour rétablir les conditions de sécurité en RCA. Cette résolution intégrera le soutien de la France à la mission sécuritaire de la force africaine. Nous agirons en appui de la Misca./.

92- Tribune du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, dans le quotidien « Le Figaro » (Paris, 25 novembre 2013) : "Empêcher la catastrophe en Centrafrique"

Au cours de sa jeune histoire, la République centrafricaine a connu déjà bien des heures sombres. Le pays affronte aujourd’hui sa pire crise. Dans cet État effondré, des pans entiers du territoire sont livrés à la violence de bandes armées. Pillages, recrutement d’enfants-soldats, villages brûlés, viols, exécutions sommaires : les populations civiles paient le prix fort. Déjà un habitant sur dix a dû fuir son foyer. La mortalité infantile, très élevée, s’aggrave encore. L’impact de l’instabilité sur l’agriculture vivrière annonce une possible crise alimentaire. Le système sanitaire est délabré avec, localement, l’amorce d’épidémies et seulement sept chirurgiens pour cinq millions d’habitants. Le climat de peur se double de la menace imminente d’une catastrophe humanitaire.

Dans ce territoire potentiellement riche et terriblement pauvre, où existait traditionnellement une certaine harmonie entre groupes et croyants des diverses confessions, voilà que des tensions intercommunautaires et interreligieuses se développent. L’hostilité entre chrétiens et musulmans est déjà à l’origine de nombreux morts. La spirale de haine opposant les habitants entre eux menace : il faut à tout prix l’éviter.

S’ajoute à ce tableau dramatique le risque de déstabilisation de toute la région. La République « centrafricaine » ne s’appelle pas ainsi par hasard : elle est au carrefour notamment de la zone des Grands Lacs, des deux Soudans, du Cameroun, du Tchad, du Congo. L’ensemble du continent aurait à perdre si elle devenait le sanctuaire de groupes armés criminels ou terroristes. L’expérience nous apprend combien il est dangereux de laisser ainsi se développer des « zones grises », refuges de trafics et de groupes terroristes venus d’autres pays africains ou d’autres régions du monde.

La gravité de cette situation a été soulignée dès septembre par le président français devant l’Organisation des Nations unies. Les pays du centre de l’Afrique, l’Union africaine sont alertés et mobilisés. Ni l’indifférence, ni l’inaction ne sont des options. Que faire ?

D’abord susciter l’engagement des Centrafricains eux-mêmes. Les autorités locales, même transitoires, portent la responsabilité d’assurer l’ordre public, de protéger les populations civiles et de lutter contre l’impunité. Elles doivent remplir leurs engagements : conduire la transition politique, organiser des élections au plus tard début 2015 comme le prévoient les accords internationaux. De leur côté, les acteurs de la société civile centrafricaine, notamment les religieux, doivent continuer de se mobiliser en faveur de la paix civile. Ils ont besoin d’être soutenus, ainsi que nous l’avons souligné avec la commissaire européenne aux affaires humanitaires, Kristalina Georgieva, à l’occasion de notre récent déplacement conjoint à Bangui.

Un engagement fort de la communauté internationale est impératif. Il passe par un soutien humanitaire immédiat. L’Union européenne et les Nations unies s’y emploient. La France, à elle seule, consacre plusieurs millions d’euros à des actions humanitaires dans les domaines de l’alimentation et de la santé. Ces efforts doivent accompagner l’action des organisations non gouvernementales, notamment centrafricaines, qui œuvrent avec courage en faveur des plus éprouvés.

Mais l’amélioration de la situation humanitaire est évidemment inséparable du rétablissement prioritaire et urgent de la sécurité. Tous les acteurs, politiques comme humanitaires, partagent ce constat. L’Afrique est en première ligne et elle a commencé à intervenir. D’abord, les pays voisins et toute la région : en juillet, l’Union africaine a décidé de déployer une force africaine, la Mission internationale de soutien en Centrafrique (Misca), que la France soutient et soutiendra. La communauté internationale doit accompagner la montée en puissance de cette force, dans tous les domaines, y compris en assurant son financement. La résolution 2121 du Conseil de sécurité adoptée à l’unanimité le 10 octobre constitue une première étape. Cette dynamique doit être amplifiée par un engagement collectif fort, à New York, à Bruxelles et à Addis-Abeba, de la part de tous les partenaires qui ont à cœur le sort de ces millions de femmes, d’hommes et d’enfants. Le secrétaire général des Nations unies vient de faire rapport au Conseil de sécurité sur les choix à faire. Une nouvelle résolution de l’Organisation des Nations unies est imminente, tournée vers l’action.

La France, avec l’Union africaine, a fait de la mobilisation internationale en faveur de la République centrafricaine une priorité. Il s’agit, tout en évitant les erreurs du passé, de prévenir une situation dramatique et d’accompagner les Centrafricains et leurs partenaires africains dans leurs efforts pour la République centrafricaine. Nous ne voulons pas, demain, payer et subir le prix, beaucoup plus lourd, de l’inaction. La France sera au rendez-vous. Dans le respect du droit et avec ses partenaires, notamment européens, elle agira afin que, un an après le déclenchement de la rébellion, la République centrafricaine puisse reprendre espoir.

- En savoir plus sur le site du Ministère des Affaires étrangères


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93- 1. Liens utiles

- La République Centrafricaine (sur le site du MAE)

- Ambassade de France en République Centrafricaine

- Représentation permanente de la France auprès des Nations Unies à New York

- Ministère de la Défense - Opération Sangaris

Dernière modification le 21/04/2016

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