Les tapisseries des Gobelins [es]

Dans le Grand Salon de la Résidence de France nous trouvons ces deux tapisseries des Gobelins : L’entrevue de Philippe IV et de Louis XIV dans l’île des Faisans, le 7 juin 1660 et Le mariage du roi, le 9 juin 1660.

L’Entrevue de Philippe IV et de Louis XIV dans l’île des Faisans,le 7 juin 1660

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Tapisserie d’après Charles Le Brun, tissée de 1665 à 1668, qui porte pour inscription dans la bordure du bas : "Entrevue de Louis XIV, Roi de France et de Navarre, et de Philippe IV, Roi d’Espagne, dans l’île des Faisans, en l’année 1660, pour la ratification de la paix et pour l’accomplissement du mariage de Sa Majesté très chrétienne avec Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne". Elle appartient au Mobilier National (Gobelins).

Comme l’indique le texte de cette tapisserie, l’entrevue de Louis XIV et de Philippe IV avait pour but de mettre définitivement fin à la guerre entre la France et l’Espagne et de terminer ainsi la Guerre de Trente ans. Ce Traité fut appelé La Paix des Pyrénées, et était marqué par un certain nombre de clauses des plus favorables à la France avec, entre autres, l’acquisition du Roussillon. En outre, le roi épousait la fille aînée de Philippe IV, l’infante Marie-Thérèse.

Les plénipotentiaires nommés des deux cotés étaient du plus haut rang puisqu’il s’agissait des deux premiers ministres, Don Luis de Haro pour Philippe IV et Mazarin pour Louis XIV. Les conférences eurent lieu dans une petite île de la Bidassoa, fleuve frontière des deux royaumes. Cette île, appelée Ile des Faisans, donna son nom a l’entrevue des deux souverains qui décidèrent de ratifier eux-mêmes la paix qui avait été signée le 7 novembre 1659. Ils déciderent également que le mariage qui avait déjà eu lieu par procuration le 4 juin 1660, se ferait effectivement sur place.

La rencontre des deux rois fut une véritable réunion de famille puisque pour la première fois depuis 1615, la reine mère Anne d’Autriche revoyait son frère Philippe IV. Cette rencontre se déroula le 6 juin dans un pavillon spécialement aménagé à cet effet au centre de l’île.

La tapisserie montre le moment ou Louis XIV et Philippe IV se jurent solennellement l’exécution du traité et où l’infante va etre remise à son époux. La princesse, qui se trouve derrière son père, est encore en habit espagnol : c’était une robe de satin blanc en broderies de jais ; elle était coiffée en cheveux avec un bouquet d’émeraudes en poires avec des diamants, présents de Louis XIV. On peut voir entre Philippe IV et l’Infante Don Luis de Haro, puis différents personnages de la suite du roi d’Espagne avec, tout de suite derrière Marie-Thérèse, la peintre Velázquez, alors âgé de soixante et un ans, maréchal des logis de Philippe IV et qui avait été l’ordonnateur de toute la décoration de la partie espagnole du pavillon. Derrière l’artiste, on aperçoit Pasro de Aragon, capitaine de la Garde Bourguignonne, le marquis d’Aytonne, le marquis de Malepique, grand maitre des cérémonies, le marquis de Lèche et le comte de Monserci (les deux fils de Don Luis de Haro), Don Fernando Voves de Canto-Carrero, ministre secrétaire d’Etat, Pimentel.

Du côté français, on reconnaît derrière Louis XIV Mazarin, la duchesse de Nouailles, dame d’honneur de la reine mère, Turenne, le maréchal de Grammont, ambassadeur extraordinaire qui avait fait à Madrid la demande en mariage et le prince de Conti.

C’est à cette occasion que Philippe IV, après avoir longuement retardé Turenne dit a plusieurs reprises : "cet homme m’a donné de méchantes heures".

Le mariage du roi, le 9 juin 1660

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Tapisserie d’après Charles Le Brun, tissée de 1665 à 1672, qui porte pour inscription dans la bordure du bas : "Cérémonie du mariage de Louis XIV, Roi de France et de Navarre, avec la Sérénissime infante Marie-Thérèse d’Autriche, fille aînée de Philippe IV, roi d’Espagne". Elle appartient au Mobilier National (Gobelins).

Entre autres clauses, la Paix des Pyrénnées prévoyait le mariage de Louis XIV avec sa cousine, l’infante Marie-Thérèse. Celle-ci, de quinze jours la cadette de son cousin, était la fille de Philippe IV d’Espagne et de la première épouse de celui-ci, Elisabeh de France, soeur de Louis XIII. Le contrat de mariage prévoyait que l’infante renoncerait à ses droits a la couronne d’Espagne moyennant une dote de cinq cent mille écus d’or. C’est le non paiement de cette dote, ajoutée au testament de Charles II, dernier Habsbourg de la Maison d’Espagne, qui justifia en 1700 l’accession de Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, au trône de Madrid sous le nom de Philippe V.

Le mariage du roi et de l’infante se déroula en l’église de Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660. Dans l’église avaient été dressés « deux hauts dais de velours violet parsemé de fleurs de lis d’or, et l’estrade était de même, c’est a dire, le tapis, les chaises et les carreaux : le tout couvert de fleurs de lis. » (Madame de Motteville). (Les dais ne sont pas fleurdelysés sur la tapisserie). « Le roi », écrit aussi Madame de Motteville, « avait un habit noir et nulles pierreries ». La reine était en habit royal et coiffée d’une couronne fermée.

Avant de commencer la messe, l’officiant, qui était Jean Dolce, évêque de Bayonne, apporta au roi l’anneau que celui-ci remit à Marie-Thérèse. C’est ce moment que représente la tapisserie de l’Histoire du Roi.

La majorité des personnages qui participèrent à la cérémonie peuvent être identifiés. Derrière le roi est le cardinal Mazarin, son parrain, faisat office du Gran Aumônier, qui fut chargé de faire le « baiser de paix » et le porta également à la reine mère, Anne d’Autriche que l’on voit à droite, entourée à gauche de Monsieur, frère du roi, et à droite, du duc de Vendôme, fils légitime d’Henri IV.

La longue traîne de la reine fut portée par deux des filles du second mariage de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII : Mademoiselle d’Alençon, duchesse de Guise en 1667 et Mademoiselle de Valois, duchesse de Savoie en 1663. Madame de Carignan qui, elle aussi, portait la traîne, n’est pas représentée sur la tapisserie.

Derrière les deux princesses que l’on voit a gauche de la tapisserie, se trouve leur demi-soeur Mademoiselle de Montpensier (la fameuse Grande Mademoiselle) qui avait sa traîne portée par Philippe-Julien Mancini, futur duc de Nevers, neveu et héritier du cardinal Mazarin.

L’évêque de Fréjus, Joseph Zongo Ondodet avait aussi participé a la cérémonie et c’est lui que l’on distingue entre la reine et Mademoiselle de Valois.

Après la messe, le roi, la reine, la reine mère et Monsieur dînèrent ensemble. Le 15 juin suivant, la famille royale et la Cour quittèrent Saint-Jean-de-Luz pour Bordeaux, puis regagnèrent Paris.

Dernière modification le 26/10/2016

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