"La culture française a les moyens de rayonner à l’étranger" [es]

Le ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, et le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, ont présenté, lors d’une conférence de presse le 21 juillet 2010, l’Institut français et le projet de réforme de la diplomatie culturelle française.

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- Tribune du ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard Kouchner, parue le 22 juillet 2010 dans Le Figaro : "La culture française a les moyens de rayonner à l’étranger "

Notre diplomatie se réforme et s’adapte aux changements du monde. Une étape a été franchie avec l’adoption de la loi sur l’action extérieure de l’État, qui crée un instrument nouveau pour le rayonnement de la France. Une agence, l’Institut français, coiffera bientôt nos 143 centres culturels à l’étranger. Ses missions ? Promouvoir nos artistes, notre création culturelle. Diffuser notre langue. Renforcer notre place dans le débat d’idées et dans l’espace mondial de la connaissance artistique et scientifique. La nouveauté ? C’est désormais sous le nom d’Institut français, enseigne unique fédérant un dispositif dispersé, que la France se présentera à l’étranger. Avec son statut d’établissement public, le nouvel opérateur alliera efficacité et légitimité. Il offrira de vraies carrières. Il associera les milieux de la culture, les collectivités locales, les entreprises, le réseau des Alliances françaises avec lesquelles nous signons une convention. Il bénéficiera de ressources budgétaires additionnelles exceptionnelles.
On voit bien les enjeux de cette réforme. L’influence d’un pays tient à la force de son économie et de ses armées, à son rôle dans la gouvernance mondiale. Elle tient aussi au pouvoir des idées et des images. Or ce pouvoir intelligent a pris une importance inédite. Pourquoi ? Parce que le monde dans lequel nous sommes entrés est un monde de plus en plus dématérialisé. En est témoin l’importance d’Internet, espace mondial que nous devons garantir et protéger. Mots, idées, savoirs, images, musiques circulent à une vitesse accélérée, dans une dimension désormais unique. La prospérité, l’influence, la liberté reviennent à ceux qui en maîtrisent la production et la diffusion. Nous devons être présents dans cette compétition mondiale de la culture, de la communication, de la connaissance.
Franchement, nous n’avons pas à rougir de notre position ! La France est une des quatre ou cinq plus grandes puissances culturelles de la planète. Le français est la deuxième langue la plus enseignée dans le monde. Notre pays est un de ceux qui déposent le plus de brevets, publient le plus d’articles scientifiques. Il est le troisième pays d’accueil des étudiants étrangers. Notre cinéma est le plus diffusé après celui des États-Unis, notre littérature, la plus traduite après celle des pays anglo-saxons. Nous avons des médias internationaux, reçus dans le monde entier.
Mais regardons la réalité ! La bataille des contenus culturels et des idées s’intensifie. Aucune position n’est jamais acquise. Les grands pays l’ont compris. À Londres, Berlin, Washington, l’heure est à la relance de la diplomatie publique. Surtout, de nouvelles puissances émergent qui, de la Chine aux pays du Golfe, font entendre leurs voix, ce qui est naturel.
La France ne doit pas être en reste. C’est pourquoi, avec l’aide de Frédéric Mitterrand, je crée l’Institut français. Nos intérêts et notre influence ne sont pas seuls en jeu. Il y va aussi de nos valeurs. On parle de la menace qui pèse sur la diversité culturelle. On a raison. Nous devons défendre ce pluralisme, condition de notre liberté. Mais il est une autre menace : la tentation existe d’opposer les civilisations, d’enfermer les individus dans une culture soi-disant plus pure que les autres. Dans ce contexte, l’Institut français devra aussi réaffirmer l’idée obstinée qu’il existe une culture universelle, faite d’œuvres à admirer, de savoirs à partager, de principes à respecter. L’idée obstinée que chaque homme, chaque nation, se définit par sa contribution à cette œuvre commune, en perpétuelle évolution.
L’Institut français, dont je suis heureux que Xavier Darcos assume la présidence le moment venu, est la partie la plus visible d’une vaste réforme, la plus ambitieuse depuis longtemps, de notre diplomatie d’influence. Avec Valérie Pécresse, nous créons aussi une agence, CampusFrance, pour la mobilité des étudiants et l’attractivité de nos universités. Avec France expertise internationale, nous renforçons notre capacité à répondre à la forte demande d’expertise des pays en développement et émergents. Cette circulation de la matière grise, pour notre économie, notre influence, comme pour le développement des autres pays, est capitale.
En dotant notre diplomatie publique d’opérateurs modernes et efficaces, j’ai la conviction de préparer l’avenir. Hugo écrivait : « Servir la patrie est la moitié du devoir, servir l’humanité l’autre moitié. » Il avait raison ! C’est pour cela que nous réformons notre outil diplomatique : pour une France plus forte dans un monde plus juste ».

- Discours du ministre de la Culture et de la Communication, M. Frédéric Mitterrand, prononcé à l’occasion de la conférence de presse de présentation de l’Institut français

Messieurs les Ministres, cher Bernard KOUCHNER, cher Xavier DARCOS,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Si la culture française a toujours été une référence et un point de repère dans le monde, c’est bien sûr du fait de l’excellence propre de ses artistes, de ses écrivains et de ses intellectuels, mais c’est aussi, nous le savons, grâce à la puissance de projection d’une diplomatie culturelle qui a su offrir très tôt à notre culture un espace de rayonnement et de partage à sa mesure.
À l’heure où ne cesse de s’amplifier le mouvement de la mondialisation –
économique bien sûr, mais aussi indissociablement culturelle –, à l’heure
de l’explosion numérique qui ouvre plus largement que jamais les frontières et permet à nos écosystèmes culturels de communiquer, à l’heure où nos partenaires, notamment les pays émergents, sont en train de développer leurs réseaux, il était devenu nécessaire que nous repensions ensemble notre action culturelle extérieure et lui donnions un nouvel élan. Dans ce contexte, il nous fallait réfléchir aux moyens d’être mieux organisés, plus efficaces, plus présents encore, et pour cela élaborer un nouvel instrument de notre essor culturel.
C’est pour relever ce défi que mon collègue et ami Bernard KOUCHNER a
choisi, avec mon plein soutien, de mener une réforme d’envergure, qui
s’incarne aujourd’hui avec la création de cet Institut français.
La concertation entre nos deux ministères, qui a présidé à la création de
cette agence, se prolongera dans la définition collective de ses orientations stratégiques, ainsi que le précise explicitement la loi. Une synergie étroite entre nos ministères a été, est et restera une nécessité pour renouveler sans cesse l’action culturelle extérieure de la France et pour mieux servir et faire connaître à l’étranger notre création et notre patrimoine. Bernard KOUCHNER et moi-même en sommes persuadés.
Dans le domaine cinématographique et des industries culturelles, par
exemple, le soutien à la circulation des œuvres et des auteurs ne pourra se faire qu’en étroite liaison avec les établissements publics du ministère de la Culture et de la Communication, à savoir le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) et le CNL (Centre national du livre), mais aussi avec les organisations professionnelles chargées de leur exportation, UNIFRANCE, le Bureau export de la musique ou le Bureau international de l’Edition française.
La promotion du spectacle vivant et des arts plastiques sera également au cœur des missions de l’Institut français. Car, pour les artistes et les
institutions culturelles françaises, la diffusion de leurs créations hors de nos frontières est un enjeu de plus en plus crucial, tant en termes économiques que de notoriété.
Un outil de cette promotion – auquel Bernard KOUCHNER et moi-même
accordons la même attention – consistera à développer le réseau des
résidences d’artistes en France et, réciproquement, à mieux utiliser les
résidences à l’étranger pour l’accueil des artistes français. Dans ce
domaine, une meilleure coordination et une meilleure information sont
hautement nécessaires, et ce sont des tâches que le futur Institut pourra assumer.
Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation multiculturelle, nous avons
également besoin, plus que jamais, d’une exigence de visibilité. C’est
pourquoi l’Institut français doit jouer un rôle essentiel dans le domaine de l’information concernant l’offre culturelle française, tout particulièrement
sur Internet. Cette exposition sur la Toile est à mes yeux une priorité –
comme en témoigne mon engagement résolu en faveur de la
numérisation de notre patrimoine. C’est par excellence un domaine où les actions menées par l’Institut, le Quai d’Orsay et mon ministère doivent être pensées de manière globale, afin d’offrir une information de référence la plus large possible, tant au grand public étranger qu’aux professionnels de nos pays partenaires. Mieux informés de notre offre culturelle, ils seront mieux à même de pouvoir l’accueillir, sur leurs scènes comme dans leurs établissements.
Parmi les nouvelles missions confiées à l’Institut français, la formation des personnels du réseau culturel à l’étranger constitue également une
avancée importante. Ce personnel est de grande qualité, j’ai pu le
constater aussi bien par le passé, que depuis un an à l’occasion de mes
nombreux déplacements à l’étranger. Mais nous pouvons faire mieux
encore, en apportant systématiquement, à chaque diplomate culturel, une formation complète aux métiers de la culture. Dès cette année d’ailleurs, nous avons entrepris de renforcer la coopération entre nos deux ministères afin d’accueillir en formation davantage d’agents de terrain : et c’est une dynamique que la création de l’Agence va nous permettre de renforcer.
L’un des grands enjeux de notre présence internationale, c’est aussi, bien sûr, la diffusion de la langue française à l’étranger. Il revient naturellement au ministère de la Culture et de la Communication d’animer et de coordonner la politique linguistique de la France. Mais je suis persuadé que la prise en charge, par l’Institut français, de ce secteur essentiel de notre action extérieure qu’est la francophonie, nous permettra d’imaginer de nouvelles formes de promotion de notre langue, notamment par Internet.
Il est clair que, pour chacune de ses missions, l’Institut français aura
besoin de s’appuyer sur l’expérience et l’expertise de mon ministère et de ses établissements publics, dont l’activité internationale est devenue une dimension fondamentale. C’est au sein de mon ministère, de ses grands musées, de ses scènes nationales, de ses établissements
d’enseignement supérieur que se trouve le terreau indispensable au
rayonnement de la culture française. Là aussi, je puis vous assurer que le soutien du ministre de la Culture et de la Communication à l’action du
futur Institut sera total.
Ainsi repensé, réorganisé et réorienté, l’Institut français deviendra un
« passeur de cultures » – non seulement de notre culture à l’étranger,
mais aussi, en retour, des autres cultures accueillies chez nous, à travers les Saisons et les Années consacrées à divers pays partenaires, en pleine concertation avec le ministère de la Culture et de la Communication.
Cet accueil des cultures étrangères au sein de notre espace culturel, et
j’ai envie de dire de notre espace de désir, est à mes yeux primordial. Car je suis convaincu que notre culture ne peut vivre et s’épanouir que dans le dialogue et l’échange avec les créateurs et artistes de cultures différentes.
Oui, notre rayonnement culturel à l’étranger sera d’autant plus fort que
nous saurons nous-mêmes nous enrichir de la culture des autres. Et là
encore, l’articulation entre l’action de chacun sera une condition sine qua
non, et je me réjouis qu’elle soit pleinement remplie.
Je voudrais enfin féliciter, comme elle le mérite, l’équipe de
CulturesFrance et son directeur, Olivier POIVRE D’ARVOR, pour le travail
accompli avec autant d’intelligence que de sensibilité et de détermination, et assurer Xavier DARCOS, ambassadeur chargé de la préfiguration de ce futur Institut français, de mon plein soutien, de mon entière confiance, et de la plus grande disponibilité de mon ministère à travailler de concert avec lui pour relever ce défi d’une action culturelle extérieure repensée, renouvelée et renforcée.
Grâce à ce nouveau souffle et à ce nouvel élan, l’Institut français – coeur
battant de notre réseau culturel – pourra jouer pleinement, partout dans le monde, son rôle de levier de notre diplomatie culturelle – une diplomatie d’autant plus active qu’elle sera plus accueillante.
Je vous remercie.

Dernière modification le 17/02/2015

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