1659-2009 : les 350 ans du Traité des Pyrénées [es]

L’Histoire du Roi et la Paix des Pyrénées

Les deux grandes tapisseries du salon de réception de la Résidence de France à Madrid évoquent la Paix des Pyrénées (1659), principal évènement du règne de Philippe IV, qui mit fin à près de trente ans de guerre entre la France et l’Espagne, laissant les deux pays exsangues.

Cette paix était recherchée depuis 1656 mais les négociations échouèrent parce qu’elles comprenaient le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse. Or, celle-ci, unique héritière de Philippe IV jusqu’à la naissance en 1657 de son demi-frère Felipe Prospero en épousant Louis XIV avant cette date, aurait apporté le trône d’Espagne à la France, ce que son père ne pouvait accepter.

Après une trêve de deux ans, les négociations entre le Cardinal Mazarin et don Luis de Haro, ministres respectivement de la France et de l’Espagne, commencèrent au aout 1659 pour aboutir trois mois plus tard, après de multiples réunions au cours desquelles on échangea portraits et correspondances entre Philippe IV et sa sœur Anne d’Autriche, ravis de renouer avec leurs liens fraternels et d’être au cœur de la réconciliation politique des deux royaumes.

Les entretient se tinrent dans l’île des Faisans, terrain neutre situé à l’embouchure de la rivière de la Bidassoa, séparant l’Espagne de la France.
On construisit sur cette île un pavillon de bois avec une dissolution de pièce symétrique, ainsi que deux ponts, le français dirigé vers Saint Jean de Luz et l’espagnol vers Fuenterrabia.

L’accord final comportait des clauses territoriales et politiques dont l’acquisition du Roussillon et de l’Artois par la France et la nouvelle frontière franco-espagnole. Mais la clause la plus significative était le mariage entre Louis XIV et l’infante Marie-Thérèse. Celle-ci renonçait aux droits de succession en échange d’une dot de 500.000 écus d’or, laquelle ne fut jamais payée, ce qui facilita l’accession de Philippe d’ Anjou, petit-fils de Louis XIV au trône d’Espagne en 1700, sous le nom de Philippe V.

Jugé sur le long terme, le traité des Pyrénées, liquidant le passé et traçant une esquisse du monde à venir, apparaît donc comme un tournant décisif dans l’histoire de la France et de l’Europe.

- L’Entrevue de Philippe IV et de Louis XIV dans l’île des Faisans (7 juin 1660)

L'entrevue de Philippe IV et de Louis XIV dans l'île des Faisans (1660) - JPEG
(photographie : Philippe Imbault)

Philippe IV avait décidé d’accompagner sa fille jusqu’à la frontière, et de s’entretenir avec Louis XIV et sa mère, Anne d’Autriche, propre soeur du souverain espagnol. Il partit de Madrid avec sa suite dès le 15 avril 1660. De part et d’autre, les suites royales comptaient ministres, membre de la cour, domestiques, pages, gardes du corps, membres du clergé, aides de camp, dames de compagnie, médecins etc, soit des milliers de personnes comme le racontent les deux témoins et chroniqueurs des cours espagnole et française, respectivement Leonardo de Castillo (Le Voyage du Roi) et Madame de Motteville, suivante de la Reine Mère (Mémoires). Castillo écrit, à propos du cortège espagnol "lorsque l’avant-garde arrivait à Alcala de Henares, la fin de la suite était encore en train de sortir de l’Alcazar".

Le mariage par procuration en terre espagnole eut lieu lors de la dernière étape, près du château de Fuenterrabia où logeait la suite espagnole. L’évêque de Pamplune officiait en présence de Mazarin. Une dispense du Pape était nécessaire car les époux étaient cousins germains. Parmi les cadeaux que reçut Marie-Thérèse, la fameuse broche d’émeraudes en forme de poire avec des brillants de la part de Louis XIV, et deux robes à la mode française, l’une brodée de brillants et l’autre de perles, de la part de la Reine Mère.

Les rencontres durèrent trois jours, les 5,6 et 7 juin 1660. Le premier jour fut le plus court et le seul à caractère familial et privé, moment de tendresse et d’évocation de souvenirs. Pour la première fois depuis 1615, la reine mère Anne d’Autriche revoyait son frère Philippe IV.

L’entretien, qui eut lieu le 7 juin 1660, exigea sept mois de préparatifs au cours desquels le peintre Velazquez, Maréchal des Logis de Philippe IV, alors âgé de 61 ans et qui devait mourir deux mois après cet entretien, fut l’ordonnateur de toute la décoration de la partie espagnole du pavillon de l’île des Faisans et du château de Fuenterrabia. Chaque pays décora sa propre moitié de pavillon avec les plus belles pièces de son patrimoine royal.

Philippe IV et sa fille arrivèrent par voie fluviale dans leur luxueuse gabare royale suivie d’un cortège d’embarcations, tandis que Louis XIV, sa mère Anne d’Autriche, Philippe d’Orléans, frère du Roi, Mazarin et leurs suites arrivèrent de France par voie terrestre.

Après les révérences et salutations protocolaires, les deux délégations royales échangèrent quelques propos, Mazarin, qui avait étudié à l’Université d’Alcala de Henares, jouant le rôle d’interprète. Agenouillés devant des crucifix, les deux souverains jurèrent la paix et l’amitié et s’engagèrent à respecter les clauses du traité.

La tapisserie reproduit la scène après la signature, lorsque Philippe IV qui avait cinquante quatre ans et Louis XIV qui en avait vingt-deux, au centre, face à face, se tendent la main.

Derrière Philippe IV, sa fille l’infante et le premier ministre don Luis de Haro, marquis del Carpio qui représenta l’Espagne dans les négociations et qui fut nommé par le roi Duc de Montoro. L’Infante, de quinze jours la cadette de son cousin, a alors 22 ans. Elle est la fille de Philippe IV d’Espagne et de la première épouse de celui-ci, Elisabeth de France, soeur de Louis XIII. Marie-Thérèse est encore en habit espagnol, vêtue d’une robe panier de satin blanc, ornée de broderies de jais et portant sur sa coiffure blonde la broche d’émeraudes en poires avec des diamants, présent de Louis XIV. Du côté français, derrière Louis XIV, Mazarin, sa mère Anne d’Autriche et son frère Philippe d’Orléans.

La bordure du bas porte l’inscription : "Entrevue de Louis XIV, Roi d’Espagne, dans l’île des Faisans, en l’année 1660, pour la ratification de la paix et pour l’accomplissement du mariage de sa Majesté très chrétienne avec Marie Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne."

- Le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche en l’Eglise de Saint Jean de Luz (9 juin 1660)

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Le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche en l’Eglise de St Jean de Luz (1660)

(photographie Philippe Imbault)

Tapisserie d’après Charles Le Brun, tissée de 1665 à 1672, qui porte pour inscription dans la bordure du bas : "Cérémonie du mariage de Louis XIV, Roi de France et de Navarre, avec la Sérénissime infante Marie-Thérèse d’Autriche, fille aînée de Philippe IV, roi d’Espagne". Elle appartient au Mobilier National (Gobelins).

Entre autres clauses, la Paix des Pyrénnées prévoyait le mariage de Louis XIV avec sa cousine, l’infante Marie-Thérèse. Celle-ci, de quinze jours la cadette de son cousin, était la fille de Philippe IV d’Espagne et de la première épouse de celui-ci, Elisabeh de France, soeur de Louis XIII. Le contrat de mariage prévoyait que l’infante renoncerait à ses droits a la couronne d’Espagne moyennant une dote de cinq cent mille écus d’or. C’est le non paiement de cette dote, ajoutée au testament de Charles II, dernier Habsbourg de la Maison d’Espagne, qui justifia en 1700 l’accession de Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, au trône de Madrid sous le nom de Philippe V.

Le mariage du roi et de l’infante se déroula en l’église de Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660. Dans l’église avaient été dressés « deux hauts dais de velours violet parsemé de fleurs de lis d’or, et l’estrade était de même, c’est a dire, le tapis, les chaises et les carreaux : le tout couvert de fleurs de lis. » (Madame de Motteville). (Les dais ne sont pas fleurdelysés sur la tapisserie). « Le roi », écrit aussi Madame de Motteville, « avait un habit noir et nulles pierreries ». La reine était en habit royal et coiffée d’une couronne fermée.

Avant de commencer la messe, l’officiant, qui était Jean Dolce, évêque de Bayonne, apporta au roi l’anneau que celui-ci remit à Marie-Thérèse. C’est ce moment que représente la tapisserie de l’Histoire du Roi.

La majorité des personnages qui participèrent à la cérémonie peuvent être identifiés. Derrière le roi est le cardinal Mazarin, son parrain, faisat office du Gran Aumônier, qui fut chargé de faire le « baiser de paix » et le porta également à la reine mère, Anne d’Autriche que l’on voit à droite, entourée à gauche de Monsieur, frère du roi, et à droite, du duc de Vendôme, fils légitime d’Henri IV.

La longue traîne de la reine fut portée par deux des filles du second mariage de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII : Mademoiselle d’Alençon, duchesse de Guise en 1667 et Mademoiselle de Valois, duchesse de Savoie en 1663. Madame de Carignan qui, elle aussi, portait la traîne, n’est pas représentée sur la tapisserie.

Derrière les deux princesses que l’on voit a gauche de la tapisserie, se trouve leur demi-soeur Mademoiselle de Montpensier (la fameuse Grande Mademoiselle) qui avait sa traîne portée par Philippe-Julien Mancini, futur duc de Nevers, neveu et héritier du cardinal Mazarin.

L’évêque de Fréjus, Joseph Zongo Ondodet avait aussi participé a la cérémonie et c’est lui que l’on distingue entre la reine et Mademoiselle de Valois.

Après la messe, le roi, la reine, la reine mère et Monsieur dînèrent ensemble. Le 15 juin suivant, la famille royale et la Cour quittèrent Saint-Jean-de-Luz pour Bordeaux, puis regagnèrent Paris.

- En savoir plus sur Le traité des Pyrénées sur le site du ministère de la Culture

Dernière modification le 14/04/2015

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